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Après le négoce bordelais, Vinexpo ciblé par le CRAV ?

Jeudi 08 juin 2017 par Alexandre Abellan

Connue des exposants aussi bien espagnols que languedociens montant leurs échantillons de vin au salon Vinexpo, la gare de péage de Saint-Selve aura marqué l’échec du premier projet d’intrusion du CRAV à Bordeaux.Connue des exposants aussi bien espagnols que languedociens montant leurs échantillons de vin au salon Vinexpo, la gare de péage de Saint-Selve aura marqué l’échec du premier projet d’intrusion du CRAV à Bordeaux. - crédit photo : Création Vitisphere à partir de Google Maps
Il y a un mois, des vignerons languedociens ont voulu cibler des embouteilleurs girondins pour leurs importations de vins espagnols. Véritable échec, leur équipée laisse planer une menace sur le salon Vinexpo.

Clairement placée sous le signe de l’omerta, la tentative d’action du CRAV est l’une des histoires les mieux gardées de la discrète place de Bordeaux. Ainsi que du bouillonnant Languedoc, échec cuisant oblige. D’après des sources concordantes, dans la nuit 3 au 4 mai dernier une escouade de vignerons languedociens avait prévu de s’introduire chez de grands embouteilleurs bordelais*. Partis du Midi, selon les uns en voiture, selon d’autres en bus, ils ont été stoppés net à la gare de péage de Saint-Selve, sur l’A62. Interpellés, ils ont été reconduits par la gendarmerie dans leurs départements respectifs. Les services de la préfecture démontrant de nouveau leur capacité à anticiper les actions des vignerons languedociens, et les mettre en déroute. Comme cette fin mai, lors de la manifestation surprise du syndicat des vignerons l’Aude, bloquée au péage du Boulou.

CRAV party

La tentative d’action en Gironde n’était cependant pas organisée par des élus du vignoble, mais par le Comité régional d’action viticole., le CRAV. Qualifiés de « survivances anarchistes » par un négociant bordelais, ses membres ne souhaitaient pas rendre une visite de courtoisie aux embouteilleurs girondins. Mais probablement vider des cuves de vin ou incendier des locaux selon leur usage. Ce projet d'action s'inscrivait sans nul doute dans la lignée des dernières actions du CRAV, qui visent les importations de vrac espagnol par le négoce. Ces vins étant accusés de déséquilibrer le marché languedocien, en alimentant la grande distribution en marques jugées trompeuses.

"Espagne, pays invité d'honneur de Vinexpo"

Tuée dans l’œuf, cette tentative d’intrusion résonne encore à Bordeaux. Alimentant le silence autant que les craintes. À la manœuvre pour désamorcer l’action de mai, les pouvoirs publics préparent désormais la protection du salon Vinexpo, qui ouvre dans dix jours. Les craintes de débordements languedociens y sont pris au sérieux, l’Espagne est le pays invité d’honneur du prochain salon bordelais (18 au 21 juin). Ce qui n'a pas manqué d'émouvoir dans le Midi viticole.

Si la gestion de la sécurité de Vinexpo est assurée par la préfecture, qui en finalise en toute discrétion les modalités, les organisateurs du salon jugent pour leur part que toute action à leur encontre n’aurait pas de sens. L’évènement professionnel n’étant pas un salon du vrac mais bien orienté sur la commercialisation des vins conditionnés, comme martelé depuis plusieurs semaines. Répondant à sa stratégie de développement de l’offre de vins étrangers pour accroître son attractivité auprès des acheteurs, Vinexpo ne se voit tout simplement pas comme une cible. Une action du CRAV serait plus largement destructrice pour l’image de la filière française. La perturbation par des revendications languedociennes anti-importation d’un salon mettant en avant les vins français à l’export serait en effet des plus contre-productives.

Incertitudes

La perspective de rendez-vous des représentants du vignoble avec le nouveau ministre de l’Agriculture pourrait également faire retomber la pression. Même si aucune date n'est encore fixée, la rencontre est prévue après le second tour des législatives (se tenant le premier jour de Vinexpo). « À voir si cela peut en calmer certains, mais le CRAV ne semble pas briller par son raisonnement » grince un viticulteur girondin. « Ce n’est décidément pas la face la plus glorieuse de notre vignoble » soupire un syndicaliste héraultais.

Connus pour leur discrétion cagoulée, aucun membre du CRAV n'a pas pu être contacté par Vitisphere pour étayer cet article.

 

* : Si quelques noms connus circulent de manière insistante, ils n’ont pas été confirmés par les premiers intéressés.

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Chacun chez soit et les vins seront bien vendus Le 08 juin 2017 à 14:37:20
Au lieu de venir casser chez les metteurs en marché, qu'ils s'excitent dans leurs assemblées générals de coopérateurs pour demander des comptes à ceux qui ne les ont pas faits évoluer! A défaut de s'paercevoir qu'ils sont les premiers responsables...
lespiedansleplat Le 08 juin 2017 à 12:09:59
Il est en effet évident que ces personnes sont couvertes jusqu'à présent par certains politiques et élus car sur le terrain les viticulteurs savent très biens qui ils sont et la police doit le savoir aussi. Je lis aujourd'hui que certains membres du syndicat des vignerons Audois ont été entendus par la police mais sans aucune mise en examen, comme si c'était juste manière de calmer le jeu...par rapport aux critiques de plus en plus nombreuses sur l'impunité de ces gens, quelques jours avant les élections ou le salon. Ces gens qui "cassent"sont facilement manipulables et ne sont pas représentatifs d'un grand nombre de vignerons qui ont su évoluer, innover et devenir des vrais chefs d'entreprise.
RobertG. Le 08 juin 2017 à 08:49:39
pourquoi les gendarmes n'ont-ils pas arrêtés en flagrant délit ces agitateurs? c'était l'occasion d'un beau coup de filet sur ces révolutionnaires à la petite semaine. ils cassent l'image de tout le vignoble en cassant à tout va, stop à la complaisance des pouvoirs publics: vous les connaissez, vous les arrêtez, et on peut enfin discuter!
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