io et conventionnelle, la filière vin s'unit pour attaquer les pertes d'usage du cuivre dans la lutte contre le mildiou après les refus et restrictions d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) l'été dernier par l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES). Comment se positionnent les vins IGP dans cette procédure d'intervention volontaire pour l'ouverture d'une procédure en référé* ?
Gérard Bancillon : Toutes les organisations viticoles y vont ensemble. Nous sommes solidaires, mais chacun y allant à part pour garder un maximum de cuivre. Si le cuivre est vu par le grand public comme un produit bio, il est très largement utilisé par l'ensemble des vignerons conventionnels dès que la pression mildiou se relâche dans la saison, étant plus économique. Toute la profession utilise du cuivre. Mais nous avons en face de nous des gens qui influencent les règles sans se rendre compte des effets de leurs décisions. Garder un maximum de solutions de cuivre permet de ne pas dégrader notre compétitivité : nous devons avoir en tête la protection et la pérennité du producteur final. C'est plus globalement le sens des travaux menés par notre fédération selon la feuille de route actée en séminaire de novembre dernier. Nos adhérents nous demandent des économies et des gains concrets, nous travaillons sur la désalcoolisation, sur des simplifications, sur un socle commun de durabilité?
En vin IGP apparaît la demande de pouvoir désalcooliser à 100 %, jusqu'à 0°.alc, est-ce que vous portez ce projet ?
Au sein de l'Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO), nous avons travaillé sur les vins partiellement désalcoolisés, le low, et chaque Organisme de Défense et de Gestion (ODG) décide d'aller ou non descendre le degré alcoolique à 6,5 °. Personnellement, j'encourage à aller sur cette possibilité, comme sur les cépages résistants. Il y a actuellement une tension sur le 0 %, qui est impossible actuellement. On ne peut expérimenter que jusqu'à 0,5 %, mais les opérateurs ne sont pas intéressés : pour eux il faut 0 % ou rien pour répondre aux demandes des femmes enceintes ou des personnes ne consommant pas d'alcool pour des raisons religieuses.
Il y a une vraie volonté sur le 0 % qui améliore rapidement ses produits. Il y a encore trois ans je ne dégustais rien de bon en 0 %, mais il faut dire que les dégustateurs de vin ont un palais formaté et cherchent un profil qui se rapproche du vin. Lors du salon Wine Paris j'ai dégusté des trucs bien faits, propres et tendus. Le process évolue et il ne faut rien se fermer. Il n'y a qu'une chose qui n'est pas négociable : la frontière c'est qu'il ne doit rien avoir d'exogène dans un vin sans alcool. Tout doit y être issu de raisins endogènes. Une partie du marché est là, aujourd'hui et demain. Les opérateurs du sans alcool indiquent une volonté de venir en IGP, ils sont conscients que les consommateurs cherchent quelque chose de local et veulent en connaître la source.
Demandez-vous que l'IGP puisse inclure du vin sans alcool à 0°.alc ?
On ne peut pas porter la demande en tant que telle par rapport à la réglementation actuelle. Il faut travailler concomitamment avec Bruxelles (le premier verrou) et l'INAO, mais aussi les producteurs pour apporter aux consommateurs l'assurance d'un produit local et non industriel. Nous devons avancer dessus, c'est dans les périodes difficiles qu'il faut être sur tous les créneaux de consommation. Mais pas sous n'importe quelles conditions.
Le vin sans alcool devient l'un des sujets les plus clivants de la filière, rares sont ceux indifférents au sujet, nombreux sont ceux ayant des visions tranchées et radicales, pour la tradition comme pour l'innovation.
Parmi mes proches il y a des gardiens du temple. Mais il faut reconnaître qu'avec la crise du vin tout le monde ne restera pas en vie, administrativement s'entend, beaucoup vont lâcher. Il ne faut pas se fermer les portes, du moins tant que l'on respecte le cahier des chartes IGP et que le consommateur a la garantie que la production se fait sur le territoire dans des règles définies et avec des produits endogènes.
Le sujet du glycérol dans les vins sans alcool est justement source de tensions.
C'est pour ça qu'il est hors de question de faire n'importe quoi. Il faut veiller, mais il faut aussi simplifier. Sur la désalcoolisation partielle, on s'aperçoit que le recours à un prestataire sur le domaine impose au vigneron d'avoir le statut de distillateur : il faut absolument que les Douanes mettent des conditions plus favorables pour que les producteurs puissent s'y mettre. La désalcoolisation fait partie des gains probables, mais pas certains.
Une autre simplification que nous demandons est de ne plus avoir à déposer de demande d'enrichissement chaque année. Les vignerons considèrent que l'enrichissement est une pratique œnologique sur des cépages comme la syrah et le sauvignon qui sont récoltés en sous maturité pour avoir des profils thiolés et vifs. Les vignerons ne comprennent pas pourquoi il faut déposer une nouvelle demande d'enrichissement chaque année. C'est beaucoup de travail pour les vignerons et pour l'administration, alors que l'on reçoit parfois la réponse après les vendanges. Faciliter l'enrichissement lèverait des tensions.
Mais attention aux simplifications comme la libéralisation de l'étiquetage des cépages. Certains négociants veulent modifier la règle imposant qu'au-delà de trois cépages dans un assemblage on ne puisse pas étiqueter un cépage représentant moins de 15 % du volume. Il y a un vrai risque de dérive. Cela fait des années que notre confédération est contre ce changement. Cela permettrait de mettre "chardonnay" sur une bouteille qui n'en a pas plus de 15 %. Imaginons un assemblage de 95 % d'ugni blanc et de 5 % de chardonnay, étiqueter chardonnay et ugni blanc serait une vraie volonté de confusion auprès du consommateur. On se retrouverait avec des bouteilles qui détruiraient le marché. C'est un risque avéré.
Vous avez évoqué l'idée d'un socle durable commun pour les vins IGP.
On travaille avec l'INAO sur un socle commun de durabilité pour répondre aux demandes européennes d'inclure des engagements de développement durable dans les Indications Géographiques. La demande initiale de l'INAO était trop complexe et en décalage avec le contexte économique. Après nous avoir fait rentré dans des chartes environnementales qui ne sont pas valorisées, on ne peut pas ajouter de nouvelles contraintes. Nous allons mettre en avant les initiatives des territoires pour être durables : le fait que 100 % des raisins dans un vin IGP soient locaux est une preuve de durabilité. Il y a aussi les cépages résistants, l'économie générée sur le territoire, le travail sur la diversification comme les effervescents.
Le dossier des vins IGP effervescents reste pourtant douloureux depuis les revers en cascade devant le Conseil d'État ayant suivi les attaques des crémants?
Nous avons mis en place une cellule de travail pour continuer à y réfléchir. On voit que les effervescents décrochent un peu dans les chiffres, mais que les seuls qui performent ce sont les proseccos. Le but de nos IGP n'est pas de taper sur les marchés des crémants et champagnes, mais de taper sur les proseccos. On avance doucement pour avoir les produits les plus adaptés au marché et pour retrouver de la performance économique le plus rapidement possible. On voit sur nos territoires des gens affolés.
* : La Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées (CNAOC-Maison des Vignerons) précise à Vitisphere avoir « coordonné l'intervention des structures de l'Association Générale de la Production Viticole (AGPV). En lien avec l'avocat, nous avons récolté les signatures des structures pour se joindre à notre mémoire en intervention. »



