hose promise, chose due : le plan d’arrachage définitif des vignes françaises à 4 000 €/ha vient d’ouvrir sa téléprocédure ce vendredi 6 février 2026 à 10 heures, comme annoncé par le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer ce 14 janvier. Et comme attendu par la filière avant le Salon de l'Agriculture (ouvrant ce 21 février à Paris). Désormais financée à hauteur de 130 millions d’euros (via l’adoption du budget 2026 ce lundi 2 février, qui doit encore être promulgué après examen par le Conseil Constitutionnel), l'outil attend encore l’adoption par l’Union Européenne du règlement réautorisant l’outil de réduction primée du potentiel viticole (le paquet vin, dont l'entrée en vigueur devrait avoir lieu fin février ou début mars entend-on au Parlement européen et auprès de la Commission européenne) et "la validation par la Commission européenne du dispositif notifié par les autorités françaises" rappelle un communiqué de FranceAgriMer.
En l'état, la campagne a été ouverte au plus vite pour permettre aux candidats de se projeter rapidement sur les parcelles qui seront en fin de vigne ce millésime 2026. "Si cet accompagnement financier n’enlève rien à la souffrance des viticulteurs contraints de devoir arracher leurs vignes, elle offre néanmoins aux acteurs de la filière une opportunité de se restructurer et de rebondir économiquement" salue un communiqué tout en nuance de la FNSEA, "car face à la crise profonde que traverse la filière viticole, l’urgence est d’accompagner financièrement les viticulteurs confrontés à des impasses économiques ou dans l’incapacité de trouver un repreneur".
Éligibilité et priorité
Ouvert pour un mois, jusqu’au vendredi 6 mars midi, l’appel à manifestation d’intérêt est réservé aux exploitants viticoles ayant un Casier Viticole Informatisé (CVI), un SIRET actif et ayant déposé au moins une déclaration de récolte sur les trois derniers millésimes (les plantations illégales et friches sont de fait exclues). Qu’elles soient judiciaires ou amiables, les liquidations rendent inéligibles les exploitations en procédure. Pour répondre à la détresse des vignerons souhaitant quitter la filière faute de repreneur et de rentabilité, l’enveloppe sera fléchée prioritairement vers les demandes d’arrachage total du CVI. Ce qui représentait 20 % des 34 400 ha de vignes à arracher d’après le sondage FranceAgriMer réalisé fin 2025. Pour les demandes d’arrachage partiel, sont exclues les parcelles plantées il y a moins de 10 ans et les vignes de chardonnay.
Concrètement, les parcelles arrachées dans cette campagne perdront toute autorisation de replantation et les vignerons bénéficiaires ne pourront pas redemander d’autorisation de plantation sur les dix années suivantes : ce qui était déjà la règle de la campagne d’arrachage 2024, menée à bien par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, lors de sa prise de fonction en septembre 2024 (avec 120 millions d’euros de fonds nationaux, liés à la guerre en Ukraine, qui avait finalement été sous-consommé et avait concerné 25 500 ha arrachés sur l’année 2025).
Sanctions en cas de sous-réalisation
Inconnue, l’ampleur de la demande sur cette campagne 2026 alimente les craintes d’un raz-de-marée de demandes conduisant à un taux de réfaction pour les demandes (celles totales étant prioritaires sans condition, celles partielles venant ensuite). Mais attention aux candidats voulant gonfler leurs demandes de surfaces à arracher par rapport à leurs besoins réels afin de s’assurer un volant minimal d’acceptation si l’enveloppe ne suffisait pas et qu’un coefficient de réfaction était appliqué : en cas de non-respect de 80 % des surfaces engagées à l’arrachage, l’exploitant fautif perdrait l’intégralité des primes à l’arrachage, ainsi que le bénéfice pendant six ans des aides de l’Organisation Commune du Marché vitivinicole (OCM vin, soit les aides européennes à la restructuration, la promotion…).
Surprime charentaise
National, ce plan d’aide à l’arrachage déploie dans tous les vignobles les mêmes conditions d’accès et les mêmes montants de primes. Sur décision du comité permanent du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), une prime complémentaire de 6 000 €/ha est ouverte aux viticulteurs charentais à condition de bénéficier de l’aide nationale de 4 000 € sur des parcelles aux cépages AOC Cognac (ugni blanc, folle blanche, montils, sémillon et folignan). Ce qui permet de monter à 10 000 €/ha cette aide sur la base d’une Cotisation Volontaire Obligatoire (CVO) financée par le vignoble faute de compensation européenne aux taxes chinoises (en rétorsion au conflit commercial sur les voitures électriques).
Pour finaliser le plan d’aide à la filière vin annoncé, il reste encore pour la filière à déployer les mesures d’aide à la restructuration des caves coopératives (suite à l’audit mené en 2025 et devant encore aboutir concrètement ce début 2026), réviser la loi Egalim (pour définir interprofessionnellement des coûts de production et travailler sur les négociations commerciales n’allant pas en dessous des coûts de production)… Et débloquer des fonds européens d’aide à la distillation (Bruxelles étudiant la demande française portant sur 80 millions € des fonds de réserve de crise). Dans un communiqué, la FNSEA s'impatiente : "le Commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, doit se prononcer sans délai afin de débloquer les fonds attendus. Après plusieurs semaines de silence, il est inconcevable et inacceptable de laisser cette demande essentielle sans réponse, alors que le temps presse."




