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"Nous devons produire des vins qui font plaisir aux consommateurs, pas à nous vignerons" : place à la vraie innovation, et à la segmentation !
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Bernard Angelras
"Nous devons produire des vins qui font plaisir aux consommateurs, pas à nous vignerons" : place à la vraie innovation, et à la segmentation !

Défendant la notion de vin plaisir du consommateur et pas du producteur pour conquérir des marchés, le référent viticole des conférences de la souveraineté alimentaire souligne le consensus de la filière pour segmenter son offre en se positionnant moins sur les AOP/IGP et plus sur des marchés sous exploités. Une orientation stratégique demandant financements, productivité, rentabilité et contractualisation selon une vision partagée entre viticulture et négoce. Pour passer à une politique viticole dépassant l’arrachage et la distillation, "il y a urgence à agir, tout n’est pas perdu" souligne Bernard Angelras.
Par Alexandre Abellan Le 25 février 2026
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'La tendance n’est pas très bonne pour la viticulture aujourd’hui' reconnaît Bernard Angelras, 'mais si l’on peut réagir sur tous les leviers, on peut inverser la tendance : il suffit de mettre les moyens et de bien se coordonner'. - crédit photo : Alexandre Abellan
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hef de file pour la viticulture et la cidriculture des conférences de la souveraineté alimentaire lancées le 8 décembre 2025 par le ministère de l’Agriculture (via FranceAgriMer), Bernard Angelras, le président de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), reconnait qu’« au début, on se demande à quoi ça sert. Et puis on arrive à voir dans les synthèses entre les groupes de travail, le cabinet de la ministre et l’administration, qu’il y a des points communs qui ressortent selon les filières*. En dehors de la rentabilité, c’est la surtransposition de la réglementation qui est un fil conducteur : le consensus est de vouloir s’aligner sur les normes européennes » indique le vigneron des Costières de Nîmes (Gard) à l’occasion du point d’étape ce mardi 24 février par Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, à Paris (lors du salon de l’Agriculture).

Repartant des derniers plans d’action de la filière vin (CapVin en 2025stratégie d’adaptation climatique de 2021…), les travaux du groupe de travail viticole des conférences de la souveraineté alimentaire actent quatre axes explique Bernard Angelras : adapter l’offre à la demande (« avec l’arrachage et la distillation, mais on ne peut pas bâtir une politique seulement sur ça, il faut œuvrer pour la réinstallation des jeunes générations »), faire innover la filière vin (« tout le monde parle d’innovation, il faut en faire au vignoble avec le matériel végétal et l'atténuation des effets du changement climatique, dans les chais avec les profils produits et le no-low, mais aussi dans la commercialisation avec le packaging pour s’adresser aux jeunes consommateurs »), relancer la consommation (« on doit modifier le langage sur le vin qui s’est trop complexifié et qui oublie que les gens qui dégustent vin doivent se faire plaisir ») et soutenir l’exportation (« pour compenser la baisse de la consommation française il faut développer l’export » avec l'augmentation des aides à la promotion, un soutien de l'œnotourisme, l'obtention d'accords de libre-échange......).

Tout n’est pas perdu

Créant une base de développement, ces travaux nationaux témoignent que la viticulture « est à la croisée des chemins, comme l’ensemble des productions » note Bernard Angelras, pour qui ces réflexions doivent aboutir à « une nouvelle professionnalisation du métier, qui va changer. Il y a un avenir à saisir pour ceux qui veulent rester. Mais les choses ne sont pas si simples. Il faut évoluer dans les moments de difficulté, mais on n’a souvent pas de capacité à investir dans ces moments. D’où le travail nécessaire avec les banques. » Le financement étant le nerf de la guerre pour passer des constats partagés et caps fixés à des plans d’action et des résultats concrets. Un objectif étant la stabilisation voire le développement d’un nouveau vignoble pour le président de l’IFV : « la crise de la viticulture est profonde, avec une baisse de la consommation française importante. Si l’on se projette à 10 ans, comme c’est l’objectif des conférences de la souveraineté alimentaires, ce seraient 5 à 6 millions d’hectolitres de vins consommés qui vont disparaitre avec la génération des 60-70 ans. Il y a urgence à agir, tout n’est pas perdu. »

Segmentation et contractualisation

Nécessaire, le sursaut stratégique de la filière vin pour conquérir de nouveaux consommateurs est en bonne voie rapporte Bernard Angelras : « nous devons produire des vins qui font plaisir aux consommateurs, pas à nous vignerons » alors que « 95 % des vins français sont sous signe de qualité, AOP et IGP, les études montrent que les jeunes ont une connaissance des indications géographiques, mais que ça ne les excite pas le plus. Ils ne vont pas aller voir un cahier des charges pour réaliser un achat. » Pour le vigneron gardois c’est un cap qui a été franchi : « à travers les travaux sur la souveraineté, les responsables professionnels ont osé dire qu’il fallait remettre de la segmentation dans la production français pour répondre à des marchés que l’on ne fournit pas : vins d’apéritifs, vins mousseux, no-low… Sur les terroirs aptes à produire des rendements**, les négociants sont prêts à travailler aux côtés du vignoble sur la contractualisation dans le temps long, avec des prix qui vont avec. Il faut de la rentabilité, selon une notion développée de revenu à l’hectare pour le producteur plutôt que le prix à l’hectolitre du vin. C’est une autre façon d’aborder les choses. »

Serpent de mer des vins français depuis une génération de plans de filière, la segmentation de l’offre pour produire une entrée de gamme doit se concrétiser pour Bernard Angelras avec des vignobles dédiés : « ne pas réfléchir à ça, alors que baisse la consommation, serait amputer le vignoble d’un potentiel qui n’est pas exploité » indique le président de l’IFV, qui relève deux points clés : prévoir des coûts d’installation élevés pour ces vignobles productifs (ce qui fait de nouveaux appels à des soutiens financiers) et prévoir un cloisonnement des production (pour assurer la segmentation et pas des jeux de transvasement).

On peut inverser la tendance

Ressentant une ouverture stratégique, Bernard Angelras compte la retranscrire dans les grandes orientations des travaux sur la souveraineté agricole : « la tendance n’est pas très bonne pour la viticulture aujourd’hui, mais si l’on peut réagir sur tous les leviers, on peut inverser la tendance : il suffit de mettre les moyens et de bien se coordonner. » Se poursuivant, les travaux sur la souveraineté doivent se déployer en région*** avant de remonter dans une synthèse nationale et des plans d’action par filière dévoilés cet été.

 

* : La viticulture étant l’une des sept filières travaillées avec les grandes cultures, les fruits t légumes, les viandes blanches, les ruminants et chevaux, les productions végétales spécialisées et la pêche et l’aquaculture.

** : La productivité du vignoble reste un sujet clé d’avenir, alors que « les vignes ont vieilli, tous les bassins n’ont pas replanté et renouvelé », l’enjeu est de « pouvoir faire le rendement » prévient Bernard Angelras, alors que des phytos sont sur la sellette (le cuivre notamment, mais pas que), « la production viticole n’est pas armée pour faire sans phyto demain : il ne faut pas se raconter de salade ».

*** : Dans son discours d’inauguration du stand du ministère de l’Agriculture ce lundi 23 février, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard évoque une « seconde phase de ces conférences, la phase territoriale, d’où les projets concrets doivent sortir. Un temps d’action, où les ambitions doivent devenir investissements. Celle où les trajectoires doivent se compter en nombre de nouvelles exploitations, de nouveaux bâtiments, de nouveaux emplois. Partout sur le territoire, les préfets de région, les présidents de conseils régionaux, les chambres d’agriculture et l’ensemble des acteurs des filières auront la responsabilité de donner de la chair à cette ambition fixée au niveau national. Il ne s’agira plus seulement réfléchir, mais de bâtir. De donner de la visibilité aux agriculteurs qui veulent s’installer, investir, transmettre.  Car la reconquête de notre souveraineté alimentaire, ne se proclame pas. Elle se construit. Elle se construit exploitation par exploitation, filière par filière, territoire par territoire. » 

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