près la manif, l’affirmatif. Ayant mobilisé 120 vignerons de la Drôme, du Gard et du Vaucluse le 19 janvier d’après la préfecture d’Orange, les actions auprès de trois négoces et un bureau de courtage de la Fédération Départementale des Syndicats d'Exploitants Agricoles du Vaucluse (FDSEA 84) et des Jeunes Agriculteurs du Vaucluse (JA 84) ont mené à une large réunion de l’amont et de l’aval de la filière vin ce jeudi 29 janvier à Avignon, dans les locaux de la Chambre d’Agriculture du Vaucluse. Réunissant « les négociants les plus représentatifs de l’appellation Côtes du Rhône, les courtiers et les représentants de la grande distribution, l’Interprofession des vins du Rhône (Inter Rhône), les syndicats professionnels agricoles, le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône » (SGVCDR) et l’Union des Maisons de la Vallée du Rhône (UMVR), cette première « rencontre inédite » a permis de crever collectivement l’abcès sur le « prix d’achat des vins, des coûts de production et des prix des vins en magasin » grâce à « des témoignages poignants de viticulteurs touchés fortement par la crise depuis plusieurs campagnes » rapporte un communiqué des JA 84.
Pas de débat, « le constat est sans appel et partagé : les prix pratiqués actuellement ne permettent plus aux producteurs de vivre décemment et cette situation met le vignoble en danger » rapporte le syndicat agricole, regrettant que « pour autant, le prix d’une bouteille en Côtes du Rhône reste stable (ou en légère augmentation) dans les rayons des enseignes ! » D’après les statistiques interprofessionnelles, le prix de la bouteille de vin rouge AOC Côtes-du-Rhône est passée de 2,29 €/l en 2001 à 3,95 €/l en 2024 (+72 %), quand les cours du vin en vrac sont passés de 0,93 €/hectolitre en 2001 à 0,84 €/l en 2024 (-10 %).
En conséquence, « la profession demande que la construction des prix en avant et le partage équitable de la valeur permettent à des vignerons de faire plus que jouer leur survie, c’est-à-dire vivre dignement de leur métier » plaident les JA 84, évoquant « une lueur d’espoir » avec l’« engagement commun » du SGVCDR, de l’UMVR et d’Inter Rhône aux côtés de la grande distribution « pour bâtir des contrats afin d’étudier les demandes formulées et y apporter des réponses ».
À l’issue de la réunion, l’interprofession rhodanienne a validé une « note d’intention » communiquée ce vendredi 6 février aux parties prenantes et consultée par Vitisphere. Évoquant « un cadre commun de dialogue et de travail » adoptant « un esprit constructif, respectueux des réalités et des contraintes de chacun », ce document de travail d’Inter Rhône reprend l’alerte vigneronne de prix cassés faisant « peser, à court terme, un risque réel de disparition d’une partie du vignoble » et rapporte les positions de soutien de l’aval : d’abord du négoce, avec « leur engagement à soutenir le vignoble par des achats réalisés au meilleur niveau de prix possible dans le contexte actuel » et l’affirmation d’une « volonté de travailler à une amélioration du partage de la valeur au sein de la filière », ensuite des acheteurs de la grande distribution, déclarant « leur volonté de faire leur métier au mieux » sans « souhaiter la disparition de la filière viticole, tout en soulignant les contraintes propres à leur activité ».
Tirant « un consensus clair » de l’ensemble de ces échanges, la note d’Inter Rhône affirme « la nécessité de co-construire une filière viticole durable et économiquement rentable à tous les niveaux ; la volonté de s’appuyer sur les travaux menés ces derniers mois par Inter Rhône autour des Accords de Durabilité, validés au niveau européen [NDLR : des prix d’orientation en bio et HVE], comme référence et socle commun pour bâtir un modèle économique partagé ; l’engagement à poursuivre collectivement une réflexion structurée visant à améliorer le partage de la valeur sur l’ensemble de la chaîne, dans un cadre concerté et responsable. »
Note de bonnes intentions, ce bilan d’une première réunion doit encore se concrétiser pour les syndicats agricoles. Des réunions similaires à Bordeaux au printemps et à l’automne 2024 n’ayant pas abouti localement, les réflexions étant devenues nationales sur les outils de valorisation en rayon et d’évolution de la réglementation (notamment Egalim). Dans le Rhône, « c’est une première avancée dans le combat que mènent les FDSEA et les Jeunes Agriculteurs dans la défense de prix rémunérateurs pour les viticulteurs » indiquent les JA84, qui regrette « que ces annonces ne soient pas à la hauteur des attentes, qui sont immenses », mais annonce que « cet engagement de rencontre tripartite à venir déterminera nos prochaines actions ». Après la manif, de l’incitatif.




