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5 cépages Bouquet arrivent, enfin, dans le vignoble : commandes ouvertes pour 2027 ! Mais sous quels noms, Grenache Bouquet ?
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5 cépages Bouquet arrivent, enfin, dans le vignoble : commandes ouvertes pour 2027 ! Mais sous quels noms, Grenache Bouquet ?

Avis aux vignerons occitans en quête de cépages permettant de réduire les traitements phytos, d’adapter leurs vignes au changement climatique et de conserver des profils organoleptiques connus : cinq obtentions résistantes d’Alain Bouquet sont proposées à la commande pour se déployer dans le vignoble du Languedoc-Roussillon et permettre d’éprouver leurs promesses. En attendant de les baptiser en accord avec la science et le commerce…
Par Alexandre Abellan Le 08 février 2026
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5 cépages Bouquet arrivent, enfin, dans le vignoble : commandes ouvertes pour 2027 ! Mais sous quels noms, Grenache Bouquet ?
Aperçu d'une parcelle de G9 dans l'Aude. - crédit photo : SRDV
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oins de phytos, plus d’adaptation à la sécheresse, un goût de cépage méridional : ce sont les trois qualités que le Midi viticole espère retrouver dans les variétés de vignes résistantes Bouquet. Et qu’il va désormais pouvoir tester plus facilement. Ce début février, la fédération des interprofessions InterSud (vins de Pays d’Oc, du Languedoc et du Roussillon) ouvre la plateforme VitiBouquet permettant aux pépiniéristes de se positionner et à ses vignerons de commander des plants de cinq variétés obtenues par le défunt professeur Alain Bouquet en croisant des cépages emblématiques de Méditerranée (Vitis vinifera) avec des vignes sauvages résistantes au mildiou et à l’oïdium (Muscadinia rotundifolia).

Ces 5 variétés élues répondent aux noms de code 3159 (variété blanche issue de chasan et ayant une typicité de chardonnay), 3160 (variété noire descendant du fer servadou), 3176 et 3179 (raisins noirs, issus du grenache), 3196 ou G9 (raisins blancs, croisement de vigne pour raisin de table Italia). Soit les cinq cultivars dont l’inscription au catalogue national des plants de vigne a été validé ce 11 décembre par un avis positif de la section vigne du Comité Technique Permanent de la Sélection des plantes cultivées (CTPS vigne). Si ce dernier ne communique pas*, comme le ministère de l’Agriculture**, cette validation est déjà actée dans le vignoble occitan qui s’impatiente.

Distribution en 2027

« L’inscription au catalogue permet aux pépiniéristes de préparer la diffusion des plants et de pouvoir acheter des greffons en sélection standard pour obtenir des pieds greffés soudés pour la prochaine campagne. C’est la première étape qui va permettre la distribution l’année prochaine des cépages Bouquet » annonce le vigneron Jean-Benoît Cavalier, qui préside le pôle technique régional vigne et vin d'InterSud et connait bien l’impatience entourant depuis une dizaine d’années les cépages Bouquet, dans le vignoble comme dans le négoce, alors que les essais prennent de l’ampleur : 61 hectares en 2025, pour 62 vignerons et 111 parcelles indique InterSud.

Ces cépages Bouquet ont un gros intérêt

Dans le cadre de l’Observatoire régional du déploiement des cépages résistants (Oscar Oc), « on a plusieurs vignerons et parcelles qui permettent de suivre les cépages dans la vigne et dans les vins. Les vignes sont tolérantes au mildiou et oïdium, certaines au black rot, avec de grosses aptitudes à l’adaptation aux zones méditerranéennes, avec des arômes familiers aux cépages méditerranéens » liste Jean-Benoît Cavalier, le vigneron du Pic Saint-Loup (Hérault) résumant l’idée ancrée dans le Midi : « ces cépages Bouquet ont un gros intérêt pour nous ».

Pour les déployer et démocratiser en pratique, « nous travaillons à ce qu’il y ait du matériel disponible pour les vignerons sur les variétés en 2027 » souligne Marie Corbel, la directrice du pôle technique régional InterSud. Grâce aux financements de tests sanitaires et de pureté variétale par le Conseil Interprofessionnel du Vin du Languedoc (CIVL) et de la région Occitanie, des vignes mères de catégorie standard vont permettre de lancer la production de ce matériel végétal tant attendu. « La problématique que l’on va avoir, c’est qu’il y a une grosse demande des pépiniéristes, mais le matériel végétal va être limitant. D’où l’idée de recenser toutes les demandes » explique Marie Corbel, rappelant que ce déploiement s’inscrit dans l’accord de février 2023 entre la filière vin et l’obtenteur des variétés Bouquet, l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture et l'Environnement (INRAE). Concernant à l’époque 9 variétés Bouquet, la lettre d’intention a conduit à un classement temporaire avant d’aboutir à ce classement définitif de cinq obtentions. Ce qui doit désormais conduire à la publication d’un décret au Journal Officiel actant l’inscription au catalogue, puis au classement définitif en tant que variété de vigne à raisins de cuve.

Le problème est de savoir comment on les appelle

Une décision que doit arrêter la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, sur avis du CTPS et du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Son président, Jérôme Despey, annonce à Vitisphere que le sujet des variétés Bouquet va rapidement arriver à l’ordre du jour : du moins dès qu’il aura eu les conclusions des parties prenantes. Qu’il s’agisse de la filière, du CTPS et des comités vins AOP et IGP de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). Car en matière de cépages Bouquet, « il y a beaucoup de non-dits » prévient Jérôme Despey, qui reconnait que le vrai sujet sensible avec les obtentions d’Alain Bouquet concerne leurs noms. « Le problème est de savoir comment on les appelle » résume le viticulteur de Saint-Geniès-des-Mourgues (Hérault).

Grenache Bouquet, Servadou Bouquet…

Si le vignoble écoutait les conseils de ses commerciaux, il parlerait de Grenache Bouquet au lieu de 3176 et de Servadou Bouquet au lieu de 3160… Mais pour les ampélographes, ces obtentions sont d’abord des hybrides, issus de croisement de vignes sauvage, ce qui les empêchent de prétendre au qualificatif de cépage (réservé aux vignes 100 % Vitis vinifera) et les prévient encore plus de se rattacher au nom d’un ancêtre emblématique (comme le merlot ou le chardonnay). Une lecture scientifique qui suscite depuis des années des débats techniques et encore plus d’impatience professionnelle. En l’état, les pincettes dégoûtées des ampélographes sont facilement visibles sur ce sujet des dénominations. Comme on le voit dans la dernière note technique de l’observatoire national des cépages résistants (Oscar), copiloté par l’INRAE et l'Institut français de la Vigne (IFV), où une obtention italienne est nommée « UD-32.078 N (cabernet volos selon le catalogue européen) ».

Frontalement, « le point sensible, c’est comment on fait passer le message aux marchés : le sujet des noms fait débat » pose Joël Boueilh, le vice-président de l’Interprofession des Vins du Sud-Ouest (IVSO), pour qui « les puristes veulent un nom décalé par rapport aux parents ou cépages existants. Les commerciaux veulent un nom parlant. Le sujet n’est pas tranché, tout est sur la table, mais on ne doit pas refuser la nouveauté. Il va falloir arriver à dénouer tout ça. Je fais confiance au bon sens. » Et à la cohérence pour le viticulteur de Saint-Mont (Gers) : « les réponses aux questions sur les Bouquet feront la jurisprudence » pour les obtentions de vignes résistantes descendant et ressemblant aux cépages endémiques régionaux actuellement développés par l’INRAE pour les interprofessions AOC : « posons-nous la question de savoir comment nous souhaiterons appeler l’idéotype tannat et l’idéotype colombard. Il ne faudra pas d’autre politique qu’avec les Bouquet ».

Gueulantes au CTPS

Alors que l’on soupèse et débat en Farance, « pendant ce temps, les autres avancent. Les Italiens vont devenir les premiers référents mondiaux du vin avec leurs pépinières et leurs cépages résistants cabernet volos que j’ai trouvé en IGP Veneto » n’en revient pas Jacques Gravegeal, le président d’InterSud, pour qui il ne doit plus y avoir de tergiversations : « les Bouquet sont très bien. Je les appelle Grenache Bouquet, vraiment c’est du grenache, mais on bute sur la législation française qui est intransigeante sur le sujet. » Du moins avant l’implication au CTPS de Jacques Gravegeal, y siégeant pour les IGP, avec le soutien de trois représentants languedociens ayant également rejoint la section vigne : François-Régis Boussagol, le président de la section Hérault des Vignerons Indépendants de France, Fabien Castelbou, le président des Vignerons Coopérateurs d’Occitanie, et Jean-Benoît Cavalier pour les AOP. « Au CTPS, nous sommes les quatre mousquetaires qui donnons de la voix face à la suprématie de l’INRAE, qui a l’objectif d’inventer des hybrides pour vendre des obtentions. Ce n’est pas le dada de la production et de la distribution » grince Jacques Gravegeal.

Science friction

Le vigneron du Pic Saint-Loup (Hérault) assume de « bousculer les codes de l’organisme » et de secouer le statu quo avec une ferveur toute syndicale lors des réunions : « nous demandons aux scientifiques ce qu’ils font au CTPS, et nous les prévenons que s’il n’y a pas d’avancées, ils l’expliqueront aux vignerons qui viendront. Ils m’ont demandé si je les menaçais, je les préviens juste. Dans la filière nous sommes unis comme la chair et l’ongle pour défendre les Bouquet, c’est emblématique. » Perdant patience, Jacques Gravegeal appelle à des résultats rapides et des déblocages immédiats : « maintenant, il y en a marre. Je veux que la viticulture vive. On arrache, pour faire place à qui ? L’Italie plante et ses pépiniéristes se frisent la moustache. Le grenache Bouquet, c’est du grenache. Nous ne sommes pas là pour faire du faux merlot et du faux sauvignon, je veux que le consommateur sache que le grenache Bouquet est un grenache résistant, on ne va pas le cacher. »

Dans ce micmac sous tension, « le problème devient décisionnel. Dans le groupe de travail du CTPS vigne, personne n’est d’accord et tout le monde s’énerve » rapporte anonymement un pépiniériste. Pour débloquer et nommer les Bouquet, « InterSud remue le cocotier, mais en face l’INRAE et l’IFV ont pris la mauvaise habitude de décider seuls… » grince ce connaisseur du microcosme de l’obtention viticole française, notant que « les problématiques de marketing du vin se télescopent avec l’évolution du climat et la volonté de réduire les phytos, alors que les gardiens du temple ampélographiques disent qu’il ne faut pas faire n’importe quoi avec les noms de cépage. Et à côté, les Italiens attaquent nos variétés traditionnelles par leurs noms. Nous pépiniéristes, nous sommes des multiplicateurs de matériel végétal : on ne vend pas de vin, si l’on peut répondre une demande on s’en saisira et la filière verra comment l’étiqueter. La crise pousse au pragmatisme, mais il ne faut pas tout envoyer balader. »

Grille d’étude multicritères

« Il faut des noms utilisables commercialement » prévient Jean-Benoît Cavalier, pour qui « c’est un sujet important, qui complexifie la discussion ». Il est possible de trouver un juste milieu espère Marie Corbel : « le pôle technique InterSud propose une grille d’étude multicritères pour déterminer la proximité ampélographique, organoleptique et génétique d’une obtention. En fixant un seuil, cela permet de dire si une variété est légitime à pouvoir faire appel au nom d’un de ses parents en ajoutant un signe distinctif. Pour le 3179, on sait que la proximité avec le grenache est réelle. Avoir demain un grenache avec 80 % d’Indices de Fréquence des Traitements (IFT) en moins, ça serait bénéfique pour tout le monde. »

À commencer par les premiers concernés, les viticulteurs. « Les résultats sont très intéressants agronomiquement et organoleptiquement. C’est dommage que ça traîne » résume Gabriel Ruetsch, le responsable du service agronomie des Vignobles Foncalieu, qui suit 5 000 ha dans l’Aude et l’Hérault, dont 100 ha de vignes résistantes comportant 6 ha de variétés Bouquet. Les preuves de l’intérêt de ces obtentions s’accumulant au vignoble pour lui, il faut désormais « des noms un peu plus intéressants pour communiquer avec les consommateurs finaux ».

 

* : Comme « le CTPS est une commission administrative à caractère consultatif, avec obligation de confidentialité des échanges, selon son règlement intérieur » précise FranceAgriMer à Vitisphere, précisant que « seules les décisions réglementaires prises par le ministre en charge de l’Agriculture font foi. Et elles sont publiques ».

** : Le ministère de l’Agriculture indique à Vitisphere ne pas pouvoir se prononcer sur l’avancée d’un arrêté sur l’inscription de variétés après un avis du CTPS, « car nous devons respecter la confidentialité des débats ». Précisément, « l'inscription au catalogue fait l'objet d'un arrêté, publié au Journal Officiel de la République Française. Elle est prononcée pour une durée illimitée et permet la multiplication et la commercialisation du matériel végétal » indique-t-on rue de Varenne, où l’on précise qu’« en ce qui concerne l’inscription au classement, elle n’est pas automatique. L'obtenteur doit formellement déposer une demande auprès du CTPS, dont il doit obtenir l'avis, ainsi que celui du Conseil spécialisé vin de FranceAgrimer. Un arrêté distinct est donc nécessaire afin d’inscrire au classement les variétés figurant au catalogue. Cette seconde étape conditionne la possibilité de plantation en production. »

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