ous inaugurez le salon Millésime Bio, ancré historiquement dans le vignoble méditerranéen : est-ce important pour la région d’avoir de tels rendez-vous physiques en Occitanie ? Regrettez-vous que le salon Vinisud ne se tienne plus à Montpellier depuis 2018 (étant depuis 2019 intégré à Wine Paris) ?
Carole Delga : Millésime Bio est un rendez-vous stratégique pour l’Occitanie et le symbole d’une réussite collective : celle d’un modèle agricole qui réconcilie performance, respect de l’environnement et fierté des origines. C’est ici, à Montpellier, que s’est construit cet évènement, devenu le plus grand salon mondial des vins et boissons bio. Accueillir ce type d’événement, c’est affirmer notre rôle de première région viticole d’Europe et de premier vignoble bio de France. Ces salons sont des lieux d’affaires, de visibilité internationale et de construction collective de l’avenir de la filière.
Concernant Vinisud, c’est forcément une déception. Mais l’essentiel, pour la région, est de rester pleinement mobilisée pour soutenir les professionnels, valoriser leurs productions et maintenir en Occitanie des événements forts, utiles aux acteurs de la filière et ancrés dans les territoires, à l’image de Millésime Bio.
Que peut faire la région pour soutenir les vins bio qui font face aux multiples difficultés économiques : rendements en baisse à cause des aléas climatiques, coûts de production en hausse, absence de valorisation suffisantes sur les marchés… ?
La région agit sur plusieurs leviers : l’accompagnement des transitions, la modernisation des outils de production, la recherche de cépages plus résilients, ainsi que la structuration économique des débouchés et la promotion de nos vins. Depuis 2016, plus de 10 millions d’euros de la Région sont ainsi apportés chaque année aux acteurs viticoles. Et avec le contrat de filière, doté de 5 millions € supplémentaires, nous avons engagé 15 actions concrètes, dont la création d’un Observatoire régional des marchés. Cet outil permettra de mieux anticiper les évolutions de la consommation, d’orienter les productions vers des marchés porteurs et de renforcer la valeur ajoutée des vins, notamment bio. C’est une réponse très opérationnelle aux difficultés actuelles.
Le vignoble bio s’inquiète des réductions d’usage du cuivre décidées l’été 2025 par l’Agence National de la Sécurité Sanitaire (ANSES), qui peut mettre en péril sa protection contre le mildiou : appelez-vous à une révision de ces avis ?
Cette décision suscite de vives inquiétudes dans nos territoires. En viticulture bio, le cuivre est aujourd’hui la seule solution efficace pour protéger les vignes contre cette maladie dévastatrice. Imposer la réduction de son usage sans alternative met en péril la viabilité économique de nombreuses exploitations et fait peser une menace directe sur notre viticulture biologique régionale. Je demande donc une révision de cet avis. Nous ne pouvons pas désarmer nos viticulteurs en période de guerre économique avec des décisions réglementaires qui ignorent la réalité des marchés et des aléas climatiques. Il faut aussi rappeler que nos vignerons, déjà fragilisés par la concurrence internationale, ont massivement investi pour répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualité.
En Occitanie, nous avons fait le choix de soutenir la filière viticole, en investissant fortement en faveur de la viticulture biologique, de la recherche et de l’innovation. Mais cet engagement doit trouver un écho cohérent au niveau national. J’appelle l’État et l’ANSES à travailler avec les professionnels, les scientifiques et la filière viticole pour définir des règles compatibles avec la santé, l’environnement et la pérennité de nos vignobles. Notre agriculture mérite des choix qui la renforcent, pas qui la fragilisent.
Pour tout le vignoble, la nouvelle campagne d’arrachage va marquer une nouvelle réduction du potentiel de production, le vignoble occitan est-il condamné à se réduire crise après crise ?
Notre vignoble est particulièrement concerné par cette campagne, non pas parce que nous sommes la région la plus touchée par la crise économique, mais parce que les effets du changement climatique sont ici plus importants qu’ailleurs et rendent nos exploitations plus vulnérables. Toutefois je refuse le fatalisme et resterai très vigilante sur le sujet : l’Occitanie ne doit pas devenir la région qui arrache le plus, au bénéfice indirect d’autres territoires qui eux continueraient de vendre sans réduire leurs volumes. C’est une question de justice et d’équilibre territorial pour nos producteurs.
Le Conseil d’Etat a enterré la marque Sud de France sur les bouteilles en estimant que ce marketing territorial était illégal pour les vins occitans : quel est votre bilan de cette décision ? Quelle est la suite ?
Nous avons pris acte de la décision du Conseil d’État et la regrettons, car la marque régionale Sud de France a démontré depuis près de vingt ans toute son efficacité pour nos viticulteurs. Elle ne remet toutefois en cause ni l’identité de nos vins, ni la détermination de la région à les défendre. Nous avions anticipé cette éventualité et travaillé, avec les professionnels, à une solution innovante et juridiquement sécurisée. Les vignerons peuvent désormais apposer sur leurs bouteilles un pictogramme situant clairement l’Occitanie sur la carte de France, accompagné de la mention "Produit ici". En parallèle, la marque Sud de France – Occitanie est pleinement maintenue sur l’ensemble des supports de promotion, notamment à l’international.
La disparition d’une étiquette ne fait pas disparaître un savoir-faire. Chaque seconde, 51 bouteilles de vin d’Occitanie continuent d’être vendues dans le monde, et la région reste au rendez-vous pour accompagner et promouvoir la montée en puissance de la viticulture régionale, avec tous les défis que nous connaissons. Le travail du consortium des vignobles d’Occitanie, créé dans le cadre du contrat de filière régional, doit justement participer à renforcer une identité et une visibilité collective autour de nos forces : la qualité et la naturalité de nos vins.




