Même en ce 22 janvier, le vignoble ne sait plus à quel saint se vouer pour mettre un terme aux inquiétudes pesant sur l’usage du cuivre dans sa lutte antimildiou. Les mois passent et les craintes d’impasses faute d’alternative persistent depuis l’été 2025 à la suite des 22 refus et des 2 restrictions d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES). Si l’on entend auprès des firmes phytos que la quasi‑totalité de celles dont l’usage vigne a été retiré de leurs AMM engagent ou envisagent une procédure contentieuse, ces actions judiciaires restent pour l'instant discrétes, mais font écho à de précédentes affaires ayant marqué les esprits (en 2025, un jugement en référé du tribunal administratif de Lyon a ainsi repéché l'herbicide Pledge en viticulture). Ne souhaitant pas rester spectatrice, la Confédération Nationale des AOC viticoles (CNAOC-Maison des Vignerons) annonce ce 22 janvier être prête à se joindre à ces procédures judiciaires de firmes phytos voulant rendre aux vignerons français leurs solutions cupriques.
« Face à l'inaction persistante, la CNAOC envisage le contentieux » indique le communiqué, pointant que sur le sujet, « le dialogue s'enlise à quelques semaines du démarrage de la campagne viticole 2026 ». Lors du dernier salon Sitevi, fin novembre à Montpellier, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, répétait pourtant à ses interlocuteurs inquiets que « le sujet du moment est le cuivre » et évoquait l’invraisemblable impasse technique en cas de pluies de l’obligation de 7 jours entre deux traitements des cuivres réautorisés par l’ANSES (Champ Flo Ampli et Héliocuivre). Interrogée par Vitisphere, la ministre évoquait « des échanges avec l’ANSES pour identifier les voies et moyens permettant de revoir ces conditions de gestion du risque. À l’aune de ces discussions, l’ANSES pourrait examiner des demandes de modification des conditions d’emploi de l’AMM si les firmes en font la demande. Des échanges sont en cours en ce sens avec les 2 firmes concernées. » Mais lassés d’attendre sur l’air d’"Annie, ma sœur Annie, ne vois-tu rien venir", les vignerons font monter la pression sur le terrain.
ll n’y a pas phyto
« Nous échangeons, nous alertons, nous faisons des propositions, mais rien n’avance » soupire le viticulteur charentais Anthony Brun, le président de la commission durabilité de la CNAOC, qui note que « pendant ce temps, la campagne 2026 se prépare et les vignerons n’ont aucune visibilité. La France veut-elle encore d’une viticulture en France ? On peut en douter. » Car à date, il n’y a « aucune avancée concrète ni solution opérationnelle » regrette dans son communiqué la CNAOC-Maison des Vignerons qui « explore l’ensemble des pistes à sa disposition, notamment une intervention au contentieux contre les décisions rendues sur les AMM par l’ANSES ». Déjà fragilisée par le changement climatique, la crise économique et les tensions géopolitiques, la filière vin AOC ne veut pas de nouvelles impasses techniques : « les décisions de l’ANSES enferment les exploitations dans une impasse technique totale, sans aucune solution alternative crédible » alerte le vigneron alsacien Jérôme Bauer, le président de la CNAOC-Maison des vignerons, soulignant que ces sentences administratives « créent surtout une distorsion de concurrence inacceptable avec nos voisins européens ».
Comme « les produits à base de cuivre constituent le pilier de la protection de la vigne, en Agriculture Biologique (AB) comme en conventionnel », la CNAOC-Maison des Vignerons pointe que « leur remise en cause, du jour au lendemain, sans alternative crédible sur le marché et immédiatement mobilisable, fragilise directement la protection sanitaire du vignoble, la viabilité économique des exploitations et le respect des cahiers des charges des signes officiels de qualité (AOC et IGP) ».




