menu burger
Lire la vigne en epaper Magazine
Accueil / Gens du vin / Votre personnalité de l’année est le vigneron Jérôme Bauer, président d’appell’actions : "si on ne bouge pas, demain on est mort"
Votre personnalité de l’année est le vigneron Jérôme Bauer, président d’appell’actions : "si on ne bouge pas, demain on est mort"
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Top 20 du vin 2025
Votre personnalité de l’année est le vigneron Jérôme Bauer, président d’appell’actions : "si on ne bouge pas, demain on est mort"

Parmi les 20 gens du vin ayant marqué l’actualité de l’année écoulée et allant peser sur l’avenir de la filière, les lecteurs de Vitisphere viennent de désigner le vigneron alsacien Jérôme Bauer, le président de la CNAOC - Maison des Vignerons (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées). Grand entretien alors que l’année qui débute s’annonce décisive pour le vignoble français.
Par Alexandre Abellan Le 14 janvier 2026
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Votre personnalité de l’année est le vigneron Jérôme Bauer, président d’appell’actions :
« On ne peut plus s’interdire aucune réflexion. Dans le milieu des appellations il y a beaucoup de conservatisme, ce qui nous a protégé, mais qui pèse aujourd’hui d’une manière trop contraignante face aux évolutions sociétales » pointe le vigneron de Herrlisheim-près-Colmar (Haut-Rhin). - crédit photo : Maison des Vignerons - CNAOC
L

es lecteurs de Vitisphere viennent de vous élire personnalité de l’année 2025qui aura été particulièrement active pour la CNAOC : la prise en compte des tournières dans le calcul des surfaces en production, les avancées fiscales sur la transmission viticole, l’amende administrative pour les vignes en friche, la possibilité de fixer un prix de référence sur vin AOC avec le paquet vin (article 172 ter de l’OCM vin)… Quelle est votre priorité pour 2026 ?

Jérôme Bauer : Il n’y en a pas qu’une, mais plusieurs ! Les premières concernent la gestion de la crise dans laquelle on évolue en ce moment. Il faut vraiment trouver des outils pour accompagner nos vignerons. Je suis très inquiet, à chaque fois que l’on pense toucher le fond, on s’aperçoit que l’on n’y est pas encore. Alors que l’on a initié l’arrachage définitif, je suis inquiet de voir que nos collègues italiens et espagnols n’arrachent pas. Il faut que l’on s’attelle le plus vite possible à la relance de nos marchés européens et internationaux. Il faut mettre les moyen là-dessus et que l’on gagne en réactivité par rapport à l’évolution de nos cahiers des charges : le temps joue contre nous. Un autre point est le partage de valeur ajoutée. Des vins sont aujourd’hui vendus très peu chers au négoce, alors qu’ils restent valorisés dans les linéaires de la grande distribution. Je ne dis pas que le négoce se porte bien, mais alors que la production est en train de s’écrouler, il faut veiller au juste partage de la valeur, que la distribution ne se l’accapare pas.

Un autre gros sujet est le renouvellement des Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) du cuivre. Il n’est pas possible de nous interdire les produits cupriques alors que les agriculteurs sont en train de manifester, à raison, par rapport aux accords du Mercosur et de la compétition d’autres pays producteurs n’ayant pas les mêmes règles que nous. Tout le monde se gargarise et parle de souveraineté, mais on s’aperçoit que l’on ne joue pas dans la même division que nos concurrents. Nous sommes très satisfaits par le travail mené sur le paquet vin (la gestion des plantations, de nouveaux outils économiques…), maintenant on se battra pour que l’on mette dans la prochaine Politique Agricole Commune (PAC) des règles spécifiques que l’on préserve le budget. Ce sera le thème du congrès de la CNAOC en Champagne (mercredi 22 au vendredi 24 avril), qui sera un temps fort européen.

 

Vous avez évoqué la concrétisation du plan de sortie de crise de la filière nationale, notamment sur les volets d’arrachage, de distillation et de soutien aux trésoreriesce sont des sujets prioritaires face à la crise actuelle, mais empêchent-ils de passer à des stratégies de conquête de marché par la promotion et l’innovation ?

Le plan de crise est un gros sujet qui est traité de manière intelligente avec le négoce. Les relations entre l’amont et l’aval n’ont jamais été aussi bonnes : nous sommes calés pour ouvrir un chantier de réflexion sur la contractualisation pluriannuelle. Il faut une réflexion de filière et plus amont/aval. Pour autant, il faut concrétiser les choses quand on dit que les nouvelles aides pour FranceAgriMer mettront plus de fonds sur la relance et la promotion, qu’il va y avoir une enveloppe pour l’œnotourisme, qu’il va y avoir une bonification pour la promotion dans les pays tiers quand on chasse en meute… Il n’y a pas de raison de ne pas le faire quand on se rend compte qu’en Italie ils savent le faire.

Pour la relance des marchés, un sujet prioritaire est le guichet unique pour les droits d’accise qui restent un gros problème. Il m’est plus facile d’exporter deux palettes hors de l’Union Européenne que 12 bouteilles en Allemagne. Ce n’est plus possible que ce soit la croix et la bannière, administrative et douanière, alors que de plus en plus de consommateurs veulent pouvoir acheter en direct. Il faut régler ce problème. Quand j’entends que le commissaire européen va partir au Brésil ou en Inde pour des accords de libre-échange, auxquels nous sommes favorables, je rappelle qu’il faut aussi lever les contraintes en Europe.

 

Alors que les premiers vins AOC fêtent leurs 90 ans en 2026la CNAOC est la cheville ouvrière de la réflexion avec l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) sur la refonte et la simplification des cahiers des charges AOC. Le vignoble d’appellation peut-il en finir avec le syndrome du bon élève en faisant pour regagner en efficience, rentabilité et adaptation au changement climatique et à l’évolution des marchés ?

C’est exactement notre sujet : la simplification administrative et la simplification des procédures avec l’INAO. Sachant que la plupart des contraintes ont été souhaitées par des professionnels. Elles nous ont longtemps protégé, mais clairement si on ne bouge pas, demain on est mort. Il faut s’adapter au marché, à un moment il y a beaucoup de carcans que l’on doit faire sauter. Nous avons l’oreille attentive de la direction de l’INAO pour avancer rapidement sur ce terrain. Le chantier est ouvert depuis la fin d’année dernière, nous avons l’ambition de valider des propositions avant la fin de cette année en comité national des vin AOP. En parallèle des changements de l’INAO, nous réfléchissons en parallèle aux évolution de nos Organismes de Défense et de Gestion (ODG). Avec les vignes qui partent et les cotisations qui se réduisent, il faut aussi travailler à l’ODG de demain.

 

Le nerf de la guerre pour l’avenir viticole est l’obtention d’un prix rémunérateur. Ce qui passe par des textes européens (articles 172 ter et 210 biset français (Egalimdemandant un soutien du négoce pour leur mise en application revalorisant concrètement les cours. Êtes-vous confiant ? Le débat sur les Organisations de Producteurs (OPtémoigne déjà des difficultés à trouver une unanimité dans la filière de production…

Ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est une boîte à outils qui corresponde aux spécificités de chaque région dans son organisation et sa distribution. L’article 210 bis est acté et des mises en place ont lieu sur les vins bio et HVE dans le Languedoc (Pays d’Oc IGP) et en Côtes-du-Rhône (appellation régionale et Villages), on se rend compte qu’il y a des barrières à lever. Même si le négoce est prêt à signer des accords et à jouer le jeu de la valorisation, il faut que ce soit valorisé dans la distribution. Il y a un trou dans la raquette.

Pour réussir avec l’article 172 ter sur les orientations de prix des vins AOP et IGP, il faut embarquer le négoce. Dans beaucoup de régions il y a des réflexions et le négoce voit ça d’un œil plutôt bienveillant. Tant mieux quand Michel Chapoutier, le président de l’Union des Maisons du Vin (UMVIN) dit qu’il faut réfléchir en revenu par hectare pour les producteurs, c’est un changement d’esprit intéressant. Et là où le négoce ne voudra pas appliquer l’article 172 ter, on pourra l’appliquer par l’ODG, même si ça serait dommage de ne pas embarquer tout le monde.

Je l’ai dit il faut une boîte à outils complète. Les OP n’intéresseront pas beaucoup de régions, mais pour certaines, qui sont dans une massification du commerce, cela doit faire partie des outils disponibles. Les réserves aujourd’hui portées par les Vignerons Indépendants ne sont pas légitimes. Leurs craintes de favorisation des OP dans les aides et subventions n’existent pas dans les textes que l’on a décortiqués. Évidemment les vignerons indépendants doivent pouvoir bénéficier d’aides sur un pied d’égalité : il est hors de question de les mettre sur la touche. J’en suis moi-même un ! Il faut arriver à lever les craintes pour que l’OP fasse partie de la boîte à outils.

 

Il y a une autre grande tracasserie dans la filière qui n’aboutit pas et persiste : la surcharge administrative. En 2025 il y a eu les refontes de Gamma 2, de Vendanges… Avec des difficultés qui restent en travers de la gorge des vignerons. Est-ce que la donne administrative peut vraiment changer ou est-ce que cela restera toujours un boulet pour la viticulture ?

Gamma aura été une Bérézina cette année… J’ai sincèrement tendance à voir le verre à moitié plein. Nous avons obtenu des évolutions et simplifications, comme sur le Casier Viticole Informatisé (CVI) qui a abouti rapidement. Il n’y a pas de raison de ne pas réussir à aboutir sur le reste. Je suis optimiste sur l’issue, mais évidemment que le compte n’y est pas. Nous n’avons pas terminé les travaux avec les Douanes et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de répression des fraudes (DGCCRF).

 

Dans le vignoble d’Alsace, on sent que la filière n’est plus épargnée par les difficultés. On parle de gérer les volumes de production, voire d’arrachage de vignes non-valorisés. Est-ce une fin de cycle normale ou le signe d’une fragilisation inhabituelle ?

Ce n’est pas un cycle normal, comme nos collègues nous subissons la déconsommation. Nous avions la chance d’être portés un temps par l’appellation crémant. Nous avons beaucoup joué sur ls rendements, en baissant la production par cépages, mais nous arrivons au bout de ce que l’on peut faire en termes de potentiel de production. Soit on arrive à se réinventer et à s’adapter au marché, soit on va perdre des parts de marché. Il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’économie, même si le pouvoir achat diminue, il y a de plus en plus d’hygiénisme : les gens font attention ce qu’ils consomment. Il ne faut pas se fermer aux innovations. Je pense à la désalcoolisation.

Aujourd’hui, on a déjà débattu de la désalcoolisation au sein de la CNAOC. Pour des fédérations, il est hors de question de voir dans des linéaires des vins désalcoolisés avec des AOC à cause de leurs processus de production. Moi, j’en déguste et je vois leur évolution qualitative. Je pense que l’on peut mettre en place un cadre de désalcoolisation en AOC qui interdise tout apport de matière exogène. Sur la bulle, on n’est pas loin de la vérité. Et on aura toujours ce lien au terroir, comme les raisins en restent issus. Je trouve dommage de ne pas répondre à ce marché demain, de plus en plus gens consomment ces produits, qui présentent encore un petit marché, mais il y a un appel important à l’export. Il ne faut pas laisser la place à nos concurrents étrangers, comme l’Allemagne. On ne peut plus s’interdire aucune réflexion. Dans le milieu des appellations il y a beaucoup de conservatisme, ce qui nous a protégé, mais qui pèse aujourd’hui d’une manière trop contraignante face aux évolutions sociétales. Il faut être en capacité de se remettre en question. Sans faire n’importe quoi sur la typicité et l’origine.

 

La désalcoolisation est un sujet particulièrement clivant dans la filière vin, d’autant plus en cette période de Dry January…

Ce n’est pas une solution de dire qu’il faut arrêter de boire pendant un mois. C’est infantiliser le consommateur. Il faut le responsabiliser. Le Dry January reste un sujet très touchy, comme la loi Évin, face à laquelle de plus en plus de vignerons se soulèvent à nouveau. Je souhaite que l’on aborde le sujet avec prudence. Il ne faut pas s’interdire de remettre le nez dedans, mais comme il y a de plus en plus d’hygiénistes dans les parlements, il ne faut pas prendre le risque de prendre encore plus cher. On se rend compte que les pays voisins n’ont pas la loi Évin, mais suivent la même tendance de déconsommation. On ne peut pas se cacher derrière…

Vous n'êtes pas encore abonné ?

Accédez à l’intégralité des articles Vitisphere - La Vigne et suivez les actualités réglementaires et commerciales.
Profitez dès maintenant de notre offre : le premier mois pour seulement 1 € !

Je m'abonne pour 1€
Partage Twitter facebook linkedin
Soyez le premier à commenter
Le dépôt de commentaire est réservé aux titulaires d'un compte.
Rejoignez notre communauté en créant votre compte.
Vous avez un compte ? Connectez vous

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Vaucluse - CDI VIGNOBLES FAMILLE QUIOT
Marne - CDD Champagne Billecart-Salmon
La lettre de la Filière
Chaque vendredi, recevez gratuitement l'essentiel de l'actualité de la planète vin.
Inscrivez-vous
Votre email professionnel est utilisé par Vitisphere et les sociétés de son groupe NGPA pour vous adresser ses newsletters et les communications de ses partenaires commerciaux. Vous pouvez vous opposer à cette communication pour nos partenaires en cliquant ici . Consultez notre politique de confidentialité pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits. Notre service client est à votre disposition par mail serviceclients@ngpa.fr.
Gens du vin
© Vitisphere 2026 -- Tout droit réservé