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"Le vin de Bordeaux n’est plus en crise, il est à la veille de la banqueroute"
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Sans Établissement Public Foncier
"Le vin de Bordeaux n’est plus en crise, il est à la veille de la banqueroute"

Alors que le vignoble français attend le lancement d’un plan d’arrachage définitif de 130 millions €, en Gironde un projet d’Établissement Public Foncier avance rapidement et pourrait doter une filière en crise d’un outil de gestion inédit des terres par le portage financier et la restructuration agricole. Le point avec son concepteur, Dominique Techer, porte-parole de la Confédération Paysanne de Gironde.
Par Alexandre Abellan Le 19 décembre 2025
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« Cela nourrit une forme espoir, il y a de grandes attentes » pointe Dominique Techer. - crédit photo : DR
V

ous portez depuis des années l'idée d'un outil collectif gérant la déprise foncière liée à la crise viticole bordelaise. Désormais, les planètes se sont alignées et la préfecture s'en est saisie alors que le projet est unanimement soutenu par les représentants du vignoble. Mieux vaut tard que jamais ?

Dominique Techer : face à une situation extraordinaire, il faut des mesures extraordinaires. J'espère que chacun sortira de sa zone de confort. C'est, au bas mot, la moitié de l'économie viticole girondine qui doit se redéployer autrement. Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), m'a dit que c'était « un projet très original qui va faire école ». La dynamique est enclenchée et se veut consensuelle. Quand je dis en réunion que le vin de Bordeaux n'est plus en crise, il est à la veille de la banqueroute, personne ne me répond plus que je noircis le tableau comme il y a 3 ans. Tout le monde est en état de sidération, alors que le commerce est quasiment à l'arrêt.

Pour le vignoble de Bordeaux, c'est une opération d'envergure à la hauteur de la déroute actuelle. Les vignes n'ont plus de prix et ne trouvent pas preneurs. Les vignerons n'ont plus de finances et n'arrivent pas à vendre à prix correct. Les caves coopératives réduisent drastiquement les acomptes et ne savent pas où elles vont. Les banques ont le choix entre se manger pour rien les pertes des domaines liquidés ou soutenir le foncier pour repartir sur d'autres cultures. Mieux vaut anticiper en payant 100 plutôt qu'attendre la liquidation avec des provisions pour perte de 500?

Ce projet doit se donner les moyens de préserver les terres arables et redéfinir un projet alimentaire pour notre territoire. Je crains la transformation d'espaces agricoles en fermes photovoltaïques. Notre projet pourrait être hébergé au départ dans l'Établissement Public Foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) qui existe. Il n'y aurait pas besoin de créer immédiatement une entité nouvelle.

 

Le recours à l'Établissement Public Foncier de Nouvelle-Aquitaine* permet-il de mettre tout le monde autour de la table, financeurs comme institutions ?

Il faut comprendre qu'il n'y pas de sortie autrement. Il n'y a pas le choix ! Si les banques ne paient pas via l'Établissement Public Foncier, elles paieront les liquidations. Soit on anticipe les dépôts de bilan, soit on s'assoit sur les créances douteuses. Le problème est que le financement, c'est le nerf de la guerre. Et que tout le monde veut que ce soit l'autre qui paie? Il y a un manque d'audace et une volonté de rentrer de suite dans son argent pour des financeurs, alors qu'on est sur un projet au long cours. L'enjeu de cet Établissement Public Foncier est de déterminer les montants qui sont attractifs pour dégonfler les surfaces et donc l'offre de vins. Il faut le voir comme un rachat de dettes de domaines insolvables. Mais avec une grille agricole, avec la restructuration des productions, le réagencement du paysage et la prise en compte de la ressource en eau. L'EPFNA a 250 millions ? de fonds propres, il aurait la capacité d'agir très vite s'il y a une volonté politique.

 

Lors de la dernière assemblée générale du CIVB, les services de l'État évoquaient un travail « à marche forcée » pour aboutir à de premières conclusions fin janvier. Est-ce que l'outil pourrait se déployer dès le début 2026 ?

J'espère bien, je les secoue fortement pour ça ! Sérieusement, je suis optimiste : l'Établissement Public Foncier est bien emmanché. Je n'ai pas l'ombre d'un doute sur sa mise en fonction rapide. C'est pour ça que tout le monde dit oui : "there is no alternative". « Ça urge »  me disait récemment un banquier qui compte. Il faut rapidement un outil opérationnel avec des chiffres sur les prix pour que les gens puissent faire leurs calculs, faire leur choix d'entreprise? Et leur choix familial. On n'a pas encore de prix à communiquer. On ne va pas transformer le plomb en or : ça ne sera pas miraculeux, mais il faut que ça reste attractif.

 

On parle de 7 à 8 000 ha de vignes intéressées par l'arrachage définitif selon le dernier sondage FranceAgriMer. Faut-il aller plus loin pour vous ?

Ce sont des chiffres au doigt mouillé puisqu'il n'y a aucun dispositif opérationnel connu. Avec l'Établissement Public Foncier, il faudrait, à mon sens, plutôt viser 15 000 ha. Il faut un effet dépressif choc sur l'offre de vins de Bordeaux, sinon le marché ne se rétablira jamais avec les stocks existants. Si on couple toutes les mesures de distillation et d'arrachage à venir, cela pourra permettre d'apurer la situation. C'est une condition indispensable, mais pas suffisante, pour faire repartir les transactions sur des bases viables? On pourra alors parler sérieusement de dispositifs de régulation des prix et arrêter la destruction de valeur.

 

* : Si la préfecture et la Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural (SAFER) indiquent ne pas souhaiter commenter, Sylvain Brillet, le directeur général de l'EPFNA indique que sa structure « est tout à fait légitime à être associée au groupe de travail mis en place par le préfet de Gironde. Nous avons une longue habitude de coopération avec la SAFER en matière de stratégies foncières au service de l'aménagement du territoire. »

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Tous les commentaires (5)
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bill et boule Le 25 décembre 2025 à 02:18:58
De temps a autres apparaissent des solutions miracles sur la prblematique du foncier .Des metteurs en marche vous proposent de vendre puis de louer vos parcelles a des gfv soit disant bienveillants ...tandis que des avocats bordelais zeles vous envoient jouer les cobayes dans des portages fonciers plus ou moins alambiques melangeant safer et conseil regional. En foncier viticole comme partout ailleurs , l enfer est pave de bonnes intentions. Gare aux viticulteurs credules a qui on va promettre monts et merveilles et qui ultimement se retrouveront depouilles de leurs hectares de vignes et endettes vis a vis des partenaires d hier devenus les feroces creanciers d aujourd hui. L enthousiasme soudain des pouvoirs publics et leur propension a proposer regulierement la solution miracle sont sans limite , tout comme leur volonte de durer et de communiquer positivement . Encore faudrait il des resultats ...et pour le moment cours du foncier comme cours des vins en stock restent a la baisse et pas qu un peu. Les grands domaines s agrandissent a vil prix ...tandis que les acheteurs de vins bankables sont les maitres actuels de notre microcosme. Plus que jamais le petit viti doit developper une saine paranoia et tres bien s entourer cote comptable et juridique , des budgets aussi essentiels que les engrais en parcelles ou les barriques au chai.26 va secouer et il faut s y preparer !
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Denis Boireau Le 23 décembre 2025 à 14:07:37
Si tout le Bordelais avait fait du vin aussi bon que Dominique Techer ces dernieres decennies, on n'en serait pas la...
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bill et boule Le 22 décembre 2025 à 04:31:22
Cher Dominique , les banques , en se retournant contre les associes personnes physiques et leurs revenus et patrimoines , non seulement ne se font pas hara kiri mais tentebt d utiliser le seul siege ejectable disponible a ce jour .Hypotheques provisoires, sequestres notaries, saisie des autres remunerations voire des retraites , les banques locales semblent multiplier actuellement les actions judiciaires pour obtenir une decision executoire et se payer sur la bete et tenter de recuperer tout ou partie de leurs engagements .Par ce qu il est convenu d appeler les voies d execution , le terme est assez explicite. Donc si ces memes banques envisagent de mettre la meme energie a reinvestir dans la filiere debut 26 qu elles ont mis a s en degager depuis debut 2021 ... c est tant mieux !!!.Mais attendons pour voir car les 5 mandataires liquidateurs bordelais ,pour le moment , semblent constater un desengagement bancaire massif au detriment de la majorite d entre nous .Et l echec des pge bpi genevard 1 et 2 en dit long depuis 1 an . Esperons le miracle du 26 janvier ce serait effectivement une bonne nouvelle , en alternative a la litanie des arrachages subventionnes . Reste que les chiffres des procedures collectives du 4 eme trimestre ne seront pas bons dun et bradstreet altares nous le dira d ici 3 semaines . Et parlons plutot de lj que de faillites ou de banqueroutes , termes penalement connotes et injustement pejoratifs pour des confreres deja en detresse. Puisse debut 26 marquer la fin de cette funeste periode post covid 19 :*)
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Dominique Techer Le 20 décembre 2025 à 16:41:14
Cher Bill, vous vous demandez ce qui  « laisse à penser que les banques locales voire l état via la dgfip vont préférer son plan en alternative à la lj ( liquidation judiciaire ) généralisée. ». Premier point : les banques ont marqué clairement leur intérêt pour cette approche. C'est d'ailleurs ce qui a permis d'enclencher la réflexion collective. Le travail et l'élaboration du projet, son chiffrage, son financement sont en cours avec elles pour une finalisation le 26 janvier. Deuxième point : à ce stade, rien n'est donc validé. On ne peut pas exclure des pulsions suicidaires du monde de la banque. Mais si les banques choisissaient la « liquidation judiciaire généralisée », si elles décidaient de ne pas casser la spirale descendante des prix et des valeurs des actifs, alors, vu le nombre de procédures collectives en cours, on entrerait dans une terre inconnue où l'intégrité des succursales bancaires risquerait d'être fortement atteinte. Voilà pourquoi, cher Boule, je ne crois pas une seule seconde à un tel hara-kiri collectif. J'ai la faiblesse de penser qu'il reste encore des acteurs économiques rationnels.
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bill et boule Le 19 décembre 2025 à 13:12:47
Le raisonnement de Dominique techer a ses limites puisqu il laisse à penser que les banques locales voire l état via la dgfip vont préférer son plan en alternative à la lj generalisee.Ce n est pas tout à fait exact car les petits châteaux bordelais sont majoritairement en scea. Et par consequent pour ce type de structure la simple déclaration de créance vaut vaine poursuite ...donc feu vert pour taper directement les ex associés sur leurs revenus et actifs ...De la à penser que certaines banques font la grève du zèle ...quitte à laisser faire la lj ...il n y a qu un pas.Mme got députée du medoc à d ailleurs pose la question au gouvernement ... qui lui a répondu que en effet tel est le droit applicable... ambiance !!!
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