es viticulteurs et opérateurs de Cognac sont conviés « à une forte mobilisation pour manifester à la distillerie des Moisans, le 18 février à Sireuil » (Charente) annonce ce 12 février l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC). La dernière manifestation charentaise remontant à septembre 2024, cet appel à mobilisation est aussi inhabituel que la crise est brutalement violente pour le vignoble charentais. Ayant indiqué l’été dernier prévoir des « actions pour faire respecter les contrats des viticulteurs dénoncés illégalement par certains opérateurs », l’UGVC passe aux actes en ciblant la Distillerie Des Moisans, produisant notamment les cognacs Deau, Roland Bru, et Moisans.
Confirmant avoir réduit de 60 % la vingtaine de contrats passés avec des viticulteurs, Olivier Petit, le directeur général des distilleries Moisans (25 millions € de chiffre d’affaires avec des cognacs, pineaux des charentes et autres spiritueux), se montre particulièrement affecté par la manifestation à venir : « je ne sais pas pourquoi nous sommes visé, nous avons réduit nos contrats comme les autres. Nous ne sommes pas parfaits et j’aurais préféré tout honorer. Nous avons réduit les contrats, en fonction de nos capacités d’écoulement de bouteilles, je ne peux pas acheter ce que je ne peux pas vendre et payer. Nous faisons le maximum, le maximum du maximum honnêtement. Je leur expliquerai en toute bonne foi quand ils viendront. »
Et contrairement à ce que l’on entend dans la campagne charentaise, « nous n’achetons rien en libre. Les achats à bas prix : on en a fait zéro. Il y a 0 litre de vin acheté à l’extérieur, je suis prêt à ouvrir mes comptes, il n’y a pas une goutte de vin hors contrat. Nous ne sommes pas malhonnêtes, nous n’avons jamais fait d’achats spot à 400 € sur le marché libre, nous n’avons pas les ventes » martèle Olivier Petit. Reconnaissant des délais de paiement auprès de ses apporteurs, le négociant le répète : « je ne peux pas me permettre d’acheter des vins que je ne vendrai pas, ce n’est pas possible. Nous avons pris le maximum, je n’aurais rien dû prendre si l’on avait raisonné, mais nous ne voulons pas couper de contrats. Nous faisons le maximum pour respecter nos partenaires. »
« Je leur ai proposé du libre, ils n’en font pas » confirme un viticulteur travaillant avec les Moisans sur des Pineaux et indiquant ne pas avoir « à me plaindre d’eux, ils décalent des dates d’enlèvement et de paiement, comme tout le monde. Le tout c’est qu’ils paient au final, pas qu’ils prennent la came et ne paient pas. Pour ce qui me concerne : ils ont du mérite, à se bouger et à transpirer en ayant remonté leur boutique quand on voit l’historique des Moisans. On peut les aborder et les rencontrer. Ce n’est pas le cas d’autres opérateurs qui vous plantent en deux lettres recommandées et ne répondent jamais alors qu'ils annulent 100 % des contrats. »
Pour l'UGVC, « la distillerie des Moisans a fortement baissé ses engagements malgré les contrats signés, voire n’a pas payé les viticulteurs pour les vins enlevés » dénonce l'appel, qui prévoit un coup de sommation pour ne pas voir les arrêts de contrats d’achat se multiplier. « Si des viticulteurs sont directement concernés par des contrats avec cette maison, c’est toute la viticulture qui est en réalité menacée par ce genre de pratique » annonce le syndicat charentais, pour qui « nous ne pouvons pas laisser s’effondrer la contractualisation pour quelques opérateurs qui ne souhaitent plus respecter les contrats. Personne ne les a obligés à signer. »
« L’UGVC est dans son rôle d’aller dans la rue, mais on aurait dû y aller avant » grince un autre viticulteur charentais, pointant que « cette maison ne respecte pas la parole donnée, en n’allant pas jusqu’au bout de ses contrats, mais il y en a d’autres ». Pour ce fin connaisseur du microcosme charentais, les viticulteurs ayant succombé aux sirènes d’opérateurs affichant des prix très attractifs pendant la période faste du cognac (surenchérissant sur les contrats des grandes maisons il y a 5-6 ans) se retrouvent désormais le bec dans l’eau : « ils ne peuvent plus vendre, pour retrouver un contrat chez un autre négociant, c’est aujourd’hui impossible. Il va y avoir des drames familiaux. Et les maisons ne sont pas les seules responsables, des nouveaux-venus ont fait confiances à des courtiers et intermédiaires qui ont gonflé le marché pour leurs commissions. Maintenant, ce sont les viticulteurs qui trinquent. »
Avec cette première manifestation qui pourrait en annonce de suivantes, « on repart comme à la fin des années 1990 » et la crise historique du Cognac soupire un prestataire viticole, pointant que « d’autres maisons seront dénoncées pour leurs achats à prix cassés à 300-400 € l’hectolitre de pure » Commençant dans la rue, la mobilisation contre le non-respect des contrats pourrait se poursuivre devant les tribunaux. « On a ras-le-bol de tous ces fossoyeurs » conclut une viticultrice charentaise.




