J’espère que la filière ne va pas passer à côté » glisse Mehdi Besbes, le responsable marché vins et spiritueux de l’éco-organisme Adelphe, alors que s’ouvre une nouvelle étape pour le développement du réemploi des bouteilles de vin en verre : un appel à manifestation d’intérêts pour connaître les volumes des premières bouteilles standardisées demandés par les vignerons et négociants. Ouvert jusqu’au 27 février, le formulaire de candidature n’engage pas les entreprises y répondant, mais doit servir à sensibiliser et recruter le plus d’opérateurs intéressés, des grandes opérateurs du négoce ou de la coopération aux petit producteurs produisant 10 à 20 000 bouteilles note Mehdi Besbes.
Zone expérimentale
Inédit, cet appel à projet marque le lancement dans la filière vin des contenants en verre réutilisables R-Cœur, déclinés en formats bourguignon (teinte feuille morte) et bordelais (transparente ou verte) par Verallia avec un marquage des emballages réduit (logo et mention dans la piqûre et non sur l’épaule comme pour les autres contenants R-Cœur). Des bouteilles standards dont l’usage reste réservé à la zone d’expérimentation du réemploi par Adelphe : ReUse, lancée en février 2025 pour 18 mois dans le Nord-Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et Hauts-de-France) dans 400 magasins* (de 6 enseignes : Carrefour, Intermarché, Leclerc, Monoprix, Système U…).
Une contrainte technique reconnaît Mehdi Besbes, mais qui souligne qu’elle sera temporaire : « Adelphe va fabriquer, mettre à disposition, récupérer, laver et renvoyer les bouteilles. Le producteur doit contractualiser ces vins avec des distributeurs de la boucle Reuse, des magasins dans l’expérimentation, qui sera élargie à partir de 2027. Cette complexité technique de savoir à qui on expédie va s’estomper. » Alors que la différenciation de bouteilles standards réemployables va s’accentuer pour le responsable vins et spiritueux d’Adelphe : « on parle toujours d’un secteur vin qui n’innove pas, le réemploi des bouteilles de vin est une innovation qui va engager et, on l’espère, fidéliser les consommateurs aux marques. Un nouveau marché va se mettre en place. »
Alors que l’amorce du cycle de réemploi est le premier écueil pratique au retour généralisé de la consigne des bouteilles en verre, la question du surcoût de ces modèles n’a actuellement pas de réponse. « Nous n’avons pas de fourchette de prix à communiquer tant que l’on ne connait pas le gisement à produire » répond Mehdi Besbes, notant que sur d’autres secteurs les coûts restent compétitifs, notamment grâce aux subventions touchées par Adelphe. La loi du 10 février 2020 Anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) ayant fixé l’objectif de 10 % de contenants réemployés en 2027. Le terme réemployé étant important, impliquant que l’emballage est déjà dans la boucle de rotation, contrairement à la bouteille réemployable qui est neuve relève Mehdi Besbes.
Déclarant avoir développé les modèles R-Cœur pour faciliter le geste de retour des emballages, Adelphe précise via son responsable de marchés qu’il est possible d’utiliser des « contenants iconiques qui sont référencés par les réseaux de réemploi (comme France Consigne) dans les catalogues d’emballage comme étant potentiellement réemployables (de manière empirique) » comme les verriers ne l’indiquent pas officiellement (pour d’apparentes raisons de sécurité et d’assurance de l’intégrité du flacon).
* : Les points de vente sont équipés de machine de récupération ou d’un accueil en caisse centrale pour assurer le retour des emballages. Le client bénéficiant d’un bon d’achat ou d’un remboursement bancaire.




