’est le sujet qui enrage le vignoble français : la chute vertigineuse des prix de vente des bouteilles, totalement déconnectée des coûts de production qui flambent. C’est la solution qui engage le collectif de 70 caves (dont 80 % de coopératives) dans la norme ISO 26 000 (pour la Responsabilité Sociétale des Entreprises, RSE) : inciter sur l’étiquette le consommateur à débourser un peu plus pour valoriser correctement et durablement le travail réalisé à la vigne, dans les chais et les entreprises. Lancée officiellement ce lundi 9 février pendant le salon Wine Paris, la gamme collective et volontaire de vins "Engagés" se présente dans un communiqué comme un « repère du juste prix pour la Terre et les Hommes » car « les engagements RSE ne sont pas “gratuits” : ils nécessitent des investissements structurants, que le prix de la bouteille doit permettre de soutenir dans la durée ».
Se déployant sur une trentaine de premières références, la gamme repose sur un format d’étiquette commun : en capitales colorées la signature "Engagés", le logo "Vignerons Engagés", le slogan "un prix juste pour la Terre et les Hommes", la logo de la cave coopérative/particulière et l’indication géographique (AOP ou IGP). La contre-étiquette illustre l’engagement durable des coopératives pour leurs adhérents par le pourcentage de chiffre d’affaires de la cave redistribué à ses viticulteurs (« calculé selon la méthode : (rémunération des apports + primes) / chiffre d’affaires total de la cave ») et pour les chais particuliers avec un indicateur de circuit court et d’implication locale : le pourcentage des « fournisseurs implantés à moins de 200 km du domaine ».
S’inspirant de la démarche "C’est qui le patron", qui interpelle les consommateurs sur la valorisation du travail des agriculteurs pour des produits agroalimentaires, Vignerons Engagés ne va pas jusqu’à indiquer le montant gagné par le producteur sur la bouteille de la gamme "Engagés". « La construction du coût du vin est plus complexe que celles du lait » explique à Vitisphere Rémi Marlin, le président des Vignerons Engagés. Aujourd’hui, il est compliqué d’afficher ce prix alors que chaque cuvée est spécifique et que les négociations avec la grande distribution ne sont pas bouclées poursuit le directeur général des Vignerons de Buxy (Saône-et-Loire) : « on initie la démarche, on a voulu être agile et réactifs pour aller vite. Peut-être que l’on pourra affiner le message dans le temps avec d’autres indicateurs de durabilité, simples et faciles à calculer. »
Attente des consommateurs
Défendant une initiative collective inédite, Rémi Marlin souligne que « ce n’était pas forcément écrit dans l’ADN de l’association d’en arriver là », dans le lancement d’une gamme commune, mais l’idée « nous semble être une évidence après l’étude Opinion Way » présentée lors du salon Wine Paris 2025. Ce sondage de 1 167 consommateurs français de vin concluait notamment que « 63 % des consommateurs se disent prêts à payer 10 % de plus pour un vin engagé (jusqu’à 71 % chez les 18–34 ans), à condition que la qualité soit au rendez-vous ». Ces sondés entendant par vin produit durablement ces engagements : « la juste rémunération des producteurs à 41 %, la protection de la biodiversité à 41 %, le soutien au tissu économique local à 36 % et le bien-être des travailleurs de la vigne à 35 % ». Ce que veut traduire la gamme "Engagés" pour répondre « aux attentes des consommateurs d’aujourd’hui et de demain » résume Rémi Marlin.
Si le juste prix est « la problématique du moment » pour la filière vin, Rémi Marlin souligne que « plutôt que de commenter la crise, nous essayons de prendre l’initiative et nous passons à l’action ». Car « il faut retrouver la juste valeur d’un an de travail de la vigne. On trouve malheureusement des vins qui ne sont pas du tout au juste prix. Certaines bouteilles ont un prix moins cher qu’un expresso à Paris… » Concrètement, chaque membre des Vignerons Engagés sélectionne les cuvées qu’il veut mettre sous la marque collective, avec l’objectif de « placer son vin dans la fourchette haute de ses produits et de son appellation. Il ne doit pas être déconnecté de sa catégorie et afficher un prix juste, mais rappeler qu’une politique durable nécessite des investissement et des engagements de long terme » résume le président des Vignerons Engagés.
Pas de surlabel
Alors que les labels de commerce équitable fleurissent sur les cuvées (label FairTrade à Bordeaux pour les Vignobles Gabriel & Co et Mouton Cadet) et dans les projets syndicaux (l’AOC Bordeaux y réfléchit), les Vignerons Engagés n’ont pas souhaité ajouter du label au label. « On va rester dans notre cadre à nous » indique Rémi Marlin, pour qui « on a déjà la promesse sur la contre-étiquette, que chaque membre doit être capable de justifier. il ne faut pas toujours complexifier, il faut être agiles et rapides, pour montrer que la filière apporte une réponse rapide aux consommateur qui a une unité de besoin qui n’est pas identifiée sur le marché. C’est aussi le travail qui est mené sur le packaging. » Développement durable oblige, le packaging est éco-conçu : « bouteille allégée, absence de capsule comme il en existe la possibilité désormais, étiquette en papier recyclé ou biosourcé » précise le communiqué.




