igure appréciée du vignoble bordelais, Daniel Cathiard s’est éteint dans la nuit du 28 au 29 janvier à 81 ans. Formant un duo inséparable de skieurs internationaux avec son épouse, Florence Cathiard, il avait consolidé le réseau de magasins GoSport avant de les céder pour acquérir en 1990 le château Smith Haut Lafitte (80 hectares bio de grand cru classé de Graves en AOC Pessac-Léognan), puis en 2020 la propriété californienne Cathiard Vineyard (26 ha dans la Napa Valley). Leurs filles, Mathilde Thomas et Alice Tourbier, pilotent les activités ayant découlé de leur château bordelais : le groupe de cosmétiques Caudalie (pionnier sur l’usage des polyphénols du raisin rouge) et les hôtels les Sources (présents dans les Graves et à Cheverny, avec une ouverture en Bourgogne à Vougeot ce mois de février puis en Alsace au clos château d’Isenbourg l’an prochain).
Entre émotion et gratitude, Jacques Lurton, le président de l’AOC Pessac-Léognan, salue la mémoire d’un camarade devenu ami : « quand je suis arrivé en 2019 à Bordeaux, il m’a aidé à m’intégrer à l’appellation dont je ne connaissais pas grand-chose, alors qu’elle avait été créée par mon père (André Lurton). Il m’a beaucoup aidé, je le considère comme mon papa d’appellation. » Ouvert aux innovations et approches iconoclastes (de la biodynamie aux francs de pieds), Daniel Cathiard reste indissociable de son épouse, Florence Cathiard : « c’est un couple exceptionnel et novateur. Ils ont embrayé sur l’œnotourisme bien avant les autres. Leur succès n’aurait jamais pu exister sans ce couple fusionnel. Il était calme et posé, respectueux, poli, avenant et à l’écoute. Il tempérait la fougue de son épouse » se souvient Jacques Lurton, évoquant pour Bordeaux « un tremblement de terre » avec la disparition d’un personnalité « très moderne » qui avait réussi un exploit « se faire un nom à Bordeaux ».
Se désengageant progressivement de la gestion opérationnelle de leurs propriétés au profil de leurs filles, Daniel et Florence Cathiard venaient de rentrer un millésime 2025 d’une prometteuse qualité pour relancer les commercialisations actuellement difficiles dans la filière bordelaise, comme partout dans les autres vignobles mondiaux. Ce début janvier, Florence Cathiard indiquait à Vitisphere qu’à Bordeaux « on fait le dos rond » en espérant « vraiment qu’avec le magnifique millésime 2025 il y ait un réveil de tous ceux qui n’ont pas achetés de primeurs depuis deux ans. Et il y en a beaucoup. On va être encore accessibles en prix avec un très bon millésime. »
« On travaille plus qu’avant » ajoutait Florence Cathiard, notant qu’« on peut le faire comme nous avons la chance d’avoir des réserves. Ce n’est pas le cas de tout le monde, on s’en rend compte. On ne se paie pas cher avec mon mari. On aime la nature et le sport. On vit au milieu de ce que l’on aime, de ce qui est beau : ce n’est pas un métier, c’est une passion. » Les époux Cathiard ayant agrémenté leurs propriétés d’œuvres d’art, dont la première était en 1995 la statue d’un lièvre géant par Barry Flanagan (photo ci-dessous). Un cadre royal qui a servi d'écrin à la visite du roi Charles III en septembre 2023 à Bordeaux, dont le château Smith Haut Lafitte garde le souvenir avec un lot de vin actuellement en élevage.

Morning lièvre by Daniel Cathiard. Photo : château Smith Haut Lafitte.




