nvoyé ce 13 janvier à la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, un courrier des représentants de la filière Cognac hausse le ton pour obtenir compensation à l’enquête antidumping chinoise l’ayant visée et affectée en 2024 et 2025 : « suite à de nombreux courriers et messages restés sans suite depuis l’été dernier [et au report d’une rencontre au 3 février] nous vous écrivons pour vous faire part de l’incompréhension dans laquelle la gestion de notre situation par les pouvoirs publics plonge aujourd’hui notre filière » signent dix élus du vignoble et du négoce* dans la lettre consultée par Vitisphere.
Ayant enrayé la spirale des baisses à l'export avec un prix minimum l’été 2025 la réouverture du duty free en suivant, les opérateurs charentais n’ont pas retrouvé des couleurs sur leur premier marché export en valeur : « le Cognac est désormais frappé par une crise historique » alerte la missive, qui rappelle au gouvernement que ces difficultés font « suite aux décisions françaises et européennes sur les véhicules électriques chinois » et qu’alors « il nous avait été dit à Paris et à Bruxelles, que nous serions soutenus pour faire face à leurs impacts ».
Une annonce de soutien que Cognac veut concrétiser depuis des mois avec sa demande d’aide à l’arrachage de 3 500 hectares de vignes représentant la perte de marché en Chine liée aux droits de douanes temporaires (imposés de l’automne 2024 à l’été 2025). Visant plus de 10 000 €/ha de prime, Cognac demande une enveloppe de 40 millions € à la Commission européenne sur ses fonds de gestion de crise. Une demande légitime pour Bruxelles, comme en témoigne un courrier du cabinet de la présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen, répondant ce 5 janvier aux demandes de clarification du sénateur Daniel Laurent (Charente-Maritime, Les Républicains). « La Commission est favorable à l’exploration de toutes les voies possibles afin de mieux adapter le secteur au nouveau contexte incertain et faire face aux défis » indique cette missive européenne très allante (voir encadré), précisant que « la Direction générale de l’agriculture et du développement rural (DG AGRI) est actuellement en train d’échanger avec l’administration française sur de possibles mesures de soutien pour le secteur du vin ».
Car si les demandes charentaises n’avancent pas, le plan de sortie de crise viticole annoncé fin novembre 2025 par Annie Genevard doit aboutir ce 14 janvier par la finalisation des critères d’accès et l’ouverture du guichet du plan d’arrachage définitif de 130 millions € financé par la France. Un outil national que Cognac ne comptait pas solliciter, privilégiant un outil d’arrachage européen spécifiquement conçu en compensation des pertes de marché chinois. Mais si Bruxelles se dit ouvert à étudier un tel dispositif d’arrachage charentais, les représentants du Cognac dénoncent l’absence de soutien de l’exécutif français pour porter officiellement la demande devant les instances européennes. « La Commission n’a jamais reçu une telle demande par les autorités françaises et donc n’a pas pris aucun engagement spécifique notamment concernant l’arrachage » indiquait à Vitisphere Balazs Ujvari, porte-parole de la Commission européenne. Récemment, Annie Genevard indiquait à Vitisphere ne pas croire « que le cognac puisse un instant penser qu’il est oublié par le gouvernement » et entendre « que l’interprofession de Cognac demande à pouvoir bénéficier des mesures de réduction de potentiel et je le comprends. La répartition de l’effort doit être discutée avec la profession, dans l’équilibre des besoins de chaque bassin de production. » Le ministère ayant d'abord porté une demande de financement de l'arrachage sur les fonds de crise européen avant d'opter pour une demande d'aide à la distillation face aux réticences du commissaire européen à l'Agriculture, Christophe Hansen, pour soutenir la destruction de potentiel de production.
« Depuis six mois, non seulement nous n’arrivons pas à obtenir cet accompagnement, malgré nos demandes explicites et réitérées, mais nous ne recevons, en outre, aucune réponse à nos demandes de dialogue sur le sujet » regrette le courrier charentais envoyé à la ministre de l’Agriculture, soulignant que Cognac ne demande pas un euro à la France et gère en autonomie les effets de la déconsommation actuelle spiritueux : avec le Volume Complémentaire Cognac Individuel (le VCCI, permettant de réduire les surfaces par l’arrachage avec une hausse compensatrice des rendements) et un projet d’arrachage temporaire (qui serait financé par l’interprofession). Mais sur le volet des conséquence de l’enquête antidumping chinoise liée aux taxes européennes sur les véhicules électriques, « le sentiment s’installe désormais chez nous qu’une fois encore, dans ce dossier auquel nous n’aurions jamais dû être mêlés, nous sommes en passe d’être abandonnés. Nous ne pouvons en aucun cas l’accepter » préviennent les élus du Cognac.
« Notre attente légitime demeure donc que le gouvernement français nous accompagne de façon active à Bruxelles pour faire émerger, avec la Commission européenne, les mesures de soutien qui nous ont été promises » poursuit le courrier, pointant qu’à Cognac « nous nous imposons de n’interférer en rien avec les demandes de soutien portées au niveau national par les représentants de la filière vitivinicole française, que nous comprenons et dont nous sommes solidaires ». Faisant de ce soutien « une question de principe », les 10 signataires charentais préviennent « ceux qui se figurent que notre filière, du fait de ses atouts hypothétiques, pourrait plus que d’autres faire l’objet d’inattention, pourraient bientôt être surpris de voir confirmé le niveau de vulnérabilité dans lequel ce dossier nous a plongés. »
Alors que le paramétrage du plan national d’arrachage à 4 000 €/ha doit être arrêté ce 14 janvier, Cognac veut désormais des certitudes. « Si le gouvernement français écarte le travail spécifique Cognac / Chine que nous attendons et que la Commission européenne accepte, cela doit nous être confirmé sans attendre » indique la lettre à la ministre, pointant que « nous comprendrions donc que la seule issue qui nous est laissée en complément de nos actions propres, serait d’utiliser le plan d’arrachage national de 130 millions d’euros annoncé. Il faudrait alors que la garantie nous soit donnée que les modalités d’utilisation de cette enveloppe permettent aux viticulteurs Cognac, avec toutes leurs spécificités, d’en bénéficier dans des proportions permettant effectivement de compenser le dommage généré dans notre vignoble par le dossier chinois. »
* : Soit Florent Morillon et Christophe Véral, président et vice-président du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC), Anthony Brun, président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC), Éric Le Gall, le président du Syndicat des Maisons de Cognac (UMC), Aude Drounau, la présidente du Syndicat des Bouilleurs de Profession, Grégoire Lucas, président du Syndicat des Marchands en Gros, Christophe Forget et Patricia Gaborieau, président et vice-présidente de l’ODG Cognac et représentants au conseil spécialisé vin FranceAgriMer, Éric Billhouet, président de la Fédération des interprofessions du bassin viticole Charentes-Cognac et Mickaël Lys, président du Syndicat des Pépiniéristes viticoles de la région de Cognac.
« La persévérance des acteurs du secteur du cognac et leur dextérité pour aborder ces défis sont remarquables, et je salue leur approche proactive pour mettre en œuvre toutes les solutions à leur portée » indique le courrier de la Commission, dont l’auteur dit reconnaître pour l’avenir « l’importance de renforcer les efforts d’exportation, de limiter une exposition à certaines destinations et d’ouvrir des marchés importants grâce à de nouveaux accords commerciaux, en particulier avec les pays asiatiques. » Ce qui signifie concrètement de ne plus exposer des filières à des conflits commerciaux qui leur sont étrangers : « nous nous engageons à soutenir le secteur durant cette période complexe, en veillant à la cohérence avec les politiques commerciales globales de l’Union européenne et en cherchant à limiter les impacts défavorables pour la filière du cognac. »



