n plan d'action ministériel est lancé pour aider les femmes à s'impliquer dans le monde agricole : est-ce que le compte y est pour votre association ?
Isabelle Perraud : À cette annonce, un mot nous vient : enfin. Les femmes ont toujours fait partie du monde agricole. Elles ont toujours travaillé, transmis, porté des exploitations — souvent sans reconnaissance, avec des statuts précaires, dans une forme d’invisibilisation structurelle. Leur engagement ne date pas d’hier ; ce qui change, c’est le regard qu’on pose enfin sur elles.
Alors qu’une vague massive de départs à la retraite est attendue d’ici 2030, on redécouvre que les femmes pourraient contribuer à relever les défis du renouvellement des générations, de la vitalité des territoires et de la souveraineté alimentaire. Soudain, elles apparaissent comme une solution. Mais elles ont toujours été là.
Ce plan d’action ministériel est, en soi, une avancée importante. Les axes développés sont essentiels et vont dans le bon sens. Pourtant, un angle mort demeure : en trente pages, les violences sexistes et sexuelles que subissent les femmes du secteur ne sont toujours pas nommées. On parle d’égalité, sans jamais désigner clairement le sexisme et les violences. Or, tant que ces réalités ne seront pas explicitement reconnues, elles resteront insuffisamment traitées.
Comment sécuriser les femmes et leur assurer une juste place dans les métiers de la filière viticole ?
Pour mieux protéger les femmes, il faut d’abord avoir le courage de nommer les violences sexistes et sexuelles qu’elles subissent. Les taire, c’est les invisibiliser — et laisser croire qu’elles n’existent pas. Améliorer la représentation des femmes, encore largement sous-représentées dans les instances de gouvernance, est une condition essentielle pour que leurs paroles soient réellement prises en compte. Certaines réalités ne peuvent être pleinement comprises ni traitées sans celles qui les vivent. La mise en place de quotas apparaît ainsi comme un levier concret et nécessaire pour garantir une présence effective des femmes aux lieux de décision — et pour que leurs voix pèsent enfin à la hauteur des enjeux.
Les témoignages que vous recueillez évoluent-ils ou la situation ne change-t-elle pas, ni en bien ni en mal ?
Paye Ton Pinard recueille toujours de très nombreux témoignages : les violences sexistes et sexuelles restent profondément ancrées dans le milieu. Ce qui évolue, en revanche, c’est la parole. Les femmes racontent leurs expériences, échangent entre elles, s’organisent, militent — et cette dynamique change la donne.
Elles n’ont pas attendu une impulsion gouvernementale pour créer des espaces de soutien et de discussion. Partout en France, dans différentes régions viticoles, des collectifs et réseaux existent depuis longtemps : des femmes qui se rassemblent, mutualisent leurs forces et construisent, ensemble, des réponses concrètes.
Le programme européen Grapes of Change permet-il d'acter de nouveaux diagnostics et de mettre en place de nouveau outils ?
La création de l’Observatoire européen des violences sexistes et sexuelles constitue un chantier majeur pour Grapes of Change. Nous y travaillons depuis plusieurs mois afin de doter la filière, à l’échelle européenne, d’un véritable outil d’évaluation et d’analyse sur ces enjeux.
En parallèle, nous développons des dispositifs concrets : des formations et un serious game, mis gratuitement à disposition de l’ensemble des acteurs et actrices du secteur. L’objectif est clair : permettre à chacun et chacune d’acquérir les compétences nécessaires pour prévenir les violences, sensibiliser, structurer des actions efficaces et désigner des référents et référentes formés.


