n avait pu le voir se démener pour interpeller la présidente de région Occitanie, Carole Delga, lors de l’inauguration du salon Millésime Bio à Montpellier. Le président de l’AOC Costières de Nîmes, Cyril Marès, a même réussi à faire mieux quinze jours plus tard à Wine Paris en profitant de l’arrêt du président de la République, Emmanuel Macron, devant la cuvée « For Sure » pour s’adresser directement au chef de l'Etat sur le sujet de la ligne très haute tension qui va alimenter Fos-sur-Mer en traversant une partie de la Camargue et du vignoble des Costières de Nîmes.
Mais alors que Carole Delga l’avait assuré de son soutien sur ce dossier « tout en indiquant qu’il serait très difficile d’accéder au cabinet du premier ministre », rappelle Cyril Marès, l’interpellation directe du président de la République a semble-t-il levé un verrou au plus haut niveau de l’administration. « Nous faisons face à un blocage décisionnel au plus haut niveau administratif de la direction de l’énergie, alors que nous avons présenté des alternatives solides appuyées par des experts », pose celui qui représente les agriculteurs du Gard au sein d’un large collectif d’opposants (30 associations actives sur les deux rives du Rhone, réunies au sein du collectif THT 13-30). « Agriculteurs des Bouches-de-Rhône, du Gard, riverains, environnementalistes, nous sommes fédérés au sein d'un collectif où il n'y a pas une feuille de papier cigarette de divergence entre nous. Il y a un intérêt supérieur commun où tout le monde est contre », explique Cyril Marès.
En cause donc, le projet de ligne électrique 400 000 volts de RTE entre Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Jonquières Saint Vincent (Gard), lancé dans le cadre du plan d’investissement France 2030 pour la décarbonation de la zone industrielle et portuaire de Fos-sur-Mer. 65 kms de pylônes électriques de 60 mètres de haut pour 40 de large, installés parfois à l’entrée même de certaines propriétés viticoles. Alors qu’Emmanuel Macron s’est engagé à un rendez-vous, Cyril Marès rencontre cette semaine son conseiller agriculture, « mais vu que l’administration a déjà pris sa décision d’un tracé tout aérien, soi-disant de moindre impact et de moindre coût, seuls les politiques peuvent faire bouger cette immobilité administrative, qui est d’ailleurs vouée à l’échec vu le nombre de recours qui seront présentés », enchaîne Cyril Marès, dont le domaine viticole du Mas des Bressades n’est d’ailleurs pas concerné par ce tracé.
« Ce tracé pénalise des parties sensibles de toute la Camargue, dont le Sud-Est de notre appellation Costières de Nîmes, où beaucoup de domaines ont fortement développé l’œnotourisme », récapitule Cyril Marès. Expliquant que « seule l’administration parisienne reste au soutien de ce projet », Cyril Marès explique que « sa réalisation n’a juridiquement que très peu de chances d’aboutir, car tout est prêt pour la contestation et le collectif attaquera tous les permis. Même le coût moindre de ce tracé aérien évoqué par l’administration ne tient pas la route. C’est un immense gâchis et une perte de temps invrasiemblable ». Cyril Marès et son association indiquent en effet qu’il leur a été présenté « un coût total de 300 millions €, alors que la réalisation du seul terminal de Fos-sur-Mer est estimée à 280 millions €. En réalité, ce projet aérien coûtera plutôt 1,5 milliards € selon les experts que nous avons mandatés », rapporte le président de l’AOC Costières de Nîmes.
Prônant une alternative « dont la réalisation est validée par les expertises », le collectif que représente Cyril Marès plaide un enfouissement le long des digues du Rhône et un renforcement des lignes existantes. « Nous l’estimons à deux milliards, mais l’administration le surévalue, pendant qu’elle s’obstine à sous-évaluer le sien ! », abonde encore Cyril Marès. Pour l’heure, il regrette que la réponse de l’Elysée ne se limite qu’à la rencontre du conseiller agriculture du président de la République ce 3 mars. « Nous avons déjà rencontré beaucoup de conseillers, mais c’est au plus haut niveau politique que doit revenir cette décision, car ce sera à eux d’assumer les conséquences de ces réalisations ». Le président des Costières de Nîmes sait néanmoins que les élections municipales à venir sont pour l’heure au centre de l’agenda politique. Elles pourraient l’être aussi pour ce projet de ligne à très haute tension.



