l ne faut pas être grand clerc pour imaginer la charge administrative supplémentaire que représente la nouvelle réglementation européenne imposant depuis le millésime 2024 l’affichage des informations d’ingrédients et de nutrition sur les bouteilles de vin. « Ça prend beaucoup de temps. Cette réglementation est perçue comme une contrainte en plus » résume Barbara Iasiello, la cheffe de marché Vins et Spiritueux pour la France de l’organisation internationale de standardisation GS1 (comptant 10 000 adhérents dans la filière des vins et spiritueux), faisant de la pédagogie à l’occasion du salon de l’Agriculture (21 février-1er mars à Paris). « Selon la taille des structures, ce sujet réglementaire est assez prenant. Il faut réunir et communiquer des informations qui n’existaient pas et n’étaient pas partagées auparavant » explique-t-elle, soulignant que cette contrainte peut devenir une opportunité d’avoir un coup d’avance sur les prochaines évolutions des standards commerciaux internationaux.
Breveté depuis 1949, le code barre est un standard international utilisé dans 150 pays pour identifier des produits qui doit prochainement être remplacé par un QR Code augmenté : « l’ambition des distributeurs est d’exploiter ce symbole 2D dès la fin 2027 » indique Barbara Iasiello, relevant qu’il y aura forcément un moment où le code barre et le QR Code augmenté vont coexister, le temps de se déployer dans les points de vente. Scanné par le consommateur de vin, ce QR Code augmenté va toujours renvoyer vers la page des informations réglementaires (ingrédients et nutrition). Passé en caisse, ce QR Code augmenté encapsule les informations du code barre (notamment les 13 chiffres du GTIN, le Global Trade Item Number) qui permettent d’accéder au prix du produit (par appel de la base de données des caisses enregistreuses).
Après structuration des données collectées et formalisation de leur exploitation, ce support augmenté peut aussi contenir des codes internes sur le vin concerné et le lot relève Barbara Iasello, citant le cas de l’Union Agricole du Pays de Loire (UAPL, réunissant Loire Propriétés, les caves de la Loire, Dumnacus Vignerons et le négoce Albert Besombes). L’union de caves coopératives ayant travaillé la gestion informatique des informations, la génération automatique d’un nouveau QR Code et son impression sur les lignes de conditionnement pour ne pas réduire la cadence de conditionnement.
Travaillant avec les distributeurs et la filière (comme la CNAOC), GS1 souhaite que les producteurs décidant de dématérialiser leurs infos réglementaires puissent n’utiliser qu’un QR Code pour éviter les double scans et les ralentissement de passage en caisse. « S’il faut mettre un QR Code, autant qu’il soit polyvalent » résume Barbara Iasello, pour qui « il faut saisir l’opportunité d’avoir un seul symbole qui fasse plusieurs choses : le partage des informations réglementaires, le passage en caisse et de nouvelles façons de communiquer et d’engager le consommateur ».
Possible en France, la possibilité d’ajouter un onglet "en savoir plus" en bas de la page d’informations réglementaires nutrition/ingrédients permet de donner aux consommateurs d’autres éléments d’information sur le vin, sa production ou les modalités d’accueil par le producteur. Le règlement européen imposant que les informations réglementaires soient « partagées dans un environnement qui n’incite pas à l’achat du produit » rappelle Barbara Iasello, ce que la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) traduit par la possibilité d’inclure en bas de page un onglet "en savoir plus" du moment que le consommateur est averti qu’il quitte les informations réglementaires et qu’il le valide.
Symbole unique
Seul produit européen pouvant dématérialiser ses informations aux consommateurs, le vin va voir ce cadre évoluer dans les prochains mois, via le paquet vin. Alors que le règlement européen de la fin 2023 indique que le QR Code doit préciser dans la langue du pays la mention "ingrédient et nutrition", ce qui pose des problèmes de traduction dans les 27 états-membres, le paquet vin valide le principe d’un symbole unique pour que le consommateur identifie les infos réglementaires. En l’état, GS1 attend la publication des actes délégués pour faire évoluer son standard : « la Commission européenne va proposer un symbole standardisé, on en est à la consultation des états membres qui doivent accepter » indique Barbara Iasello.



