n retrait des affaires à 99 ans, Pierre Castel devient une figure tutélaire âprement revendiquée. Personnalité du vignoble bordelais (les vignobles et négoces de Castel-Vins depuis 1949) des bières africaines (Castel Afrique, incluant d’autres boissons gazeuses) et de l’agroalimentaire (Somdia), Pierre Castel est le bâtisseur du groupe Castel dont la gouvernance est actuellement rudement disputée par la famille d’actionnaires à son directeur général, Gregory Clerc (41 ans). En poste depuis trois ans, ce dernier défend son maintien en position malgré le vote de défiance des actionnaires familiaux dans la société de gestion des investissements du groupe Castel à Singapour (Investment Beverage Business Management IBBM), Gregory Clerc revendiquant le respect des volontés du fondateur dans la construction de son groupe.
Pour preuve le communiqué, daté du 10 février, des conseils d’administration de DF Holding et Cassiopée, « sociétés de tête du groupe Castel », qui dénoncent une « entreprise de déstabilisation médiatique » pour annoncer que « conformément aux volontés réitérées par son fondateur depuis des décennies, le groupe Castel est ultimement détenu par des trusts, de manière à assurer un contrôle professionnel et indépendant, garant de la bonne gouvernance du Groupe. Ainsi, le contrôle ultime du Groupe Castel n’appartient ni à des personnes physiques, ni à IBBM qui est une société de gestion. » Et « contrairement aux affirmations figurant dans la presse, la cession du Groupe Castel, radicalement contraire aux volontés historiques de Pierre Castel, a toujours été exclue et le demeure » indique ce communiqué.
Des références et réitérées à Pierre Castel qui ne passent plus pour sa famille. « Gregory Clerc a pris l’habitude, lors de ses fréquentes prises de parole publiques, de se référer à la volonté de mon père, Pierre Castel, fondateur du groupe éponyme. Par le présent communiqué, il lui est demandé de cesser de prêter à mon père des paroles ou une volonté qu’il n’a jamais exprimées » indique clairement une lettre de Romy Castel (51 ans), fille de Pierre Castel, qui circule dans la filière vin et que Vitisphere a pu consulter. Frontale, cette lettre critique l’accaparement de l’héritage spirituel de Pierre Castel : « au contraire, à travers les nombreuses apparitions médiatiques de Gregory Clerc et l’image qu’il véhiculait, mon père a progressivement regretté sa nomination en tant que directeur général du groupe. La captation du pouvoir et la dérive narcissique qui en ont découlé l’ont profondément inquiété » rapporte Romy Castel.
« Sans doute est-ce pour cela que Gregory Clerc n’est plus venu voir mon père depuis un an et demi. Sans doute est-ce aussi pour cela que Gregory Clerc ne se considère lui-même plus comme légitime pour s’exprimer au nom de Pierre Castel, ayant renoncé, en sa qualité d’avocat fiscaliste, à l’ensemble de ses mandats de représentation de Pierre Castel » grince Romy Castel, qui note qu’« aussi en sait-il bien moins que moi de ce qui affecte vraiment mon père aujourd’hui : une peine considérable, une colère de voir l’Å“uvre de sa vie malmenée sur la place publique et un sentiment de trahison. » De nature discrète, la famille Castel se trouve en effet inhabituellement exposée dans l’affaire qui l’oppose à Gregory Clerc.
Perte de contrôle
Son dernier développement est la décision provisoire ce 9 février de la haute cour de Singapour sur le vote de 70 % des actionnaires de la holding IBBM pour récuser ses dirigeants, Pierre Baer et Gregory Clerc. Contestée, la motion doit encore être analysée par la justice singapourienne dans les prochains mois, mais la haute cour acte que d’ici-là Pierre Baer et Gregory Clerc sont interdits d'« agir ou de prétendre agir » au nom d’IBBM jusqu’au jugement définitif rapporte le Financial Times ce 11 février. Contacté, Gregory Clerc indique qu’« en ce qui me concerne, je ne ferai aucun commentaire sur de quelconques procédures en cours à Singapour au sujet de la gouvernance d’IBBM, conformément aux règles en vigueur à Singapour ».




