e se retrouvant pas dans les méthodes de désalcoolisation des vins, mais entendant les injonctions du marché à proposer des boissons sans alcool, le vigneronne Noémie Tanneau (château Saint-Ferdinand à Lussac Saint-Émilion) s’essaie au jus de raisin bio avec la gamme "Mascarade", mais avec trois petits plus : des infusions, du verjus et de la gazéification. « Je me considère comme vigneronne » pose Noémie Tanneau, qui avait « l’idée d’apporter quelque chose de très simple, qui ait du goût, mais sans conservateur et avec peu de sucre par rapport aux jus de raisin habituels (entre 6 et 7 g/l au final). J’ai travaillé des infusions de plantes avec deux recettes : Vénus à base de menthe bergamote (qui apporte des notes citronnées), de menthe poivré et de thym citron. Luna avec callune, bruyère, cynorrhodon et aubépine. » Le tout assemblé avec du jus de raisin et du verjus, du jus de raisins n’étant pas mûrs. Le jus de merlot et le verjus sont achetés à un domaine du Bergeracois bio, un prestataire met les jus en bouteilles de 33 cl et les pasteurise (ces jus millésimés 2025 sont consommables jusqu’en 2028).
Choisissant un petit format individuel, Noémie Tanneau vise aussi bien les adultes que les enfants, pour remplacer les sodas et jus sucrés qu’elle voit dans son entourage. « Je n’ai jamais rencontré de buveur de vin sans alcool, mais je vois de plus en plus de personnes buvant moins d’alcool et faisant attention : il ne faut pas se bloquer commercialement en ne produisant que du vin » analyse-t-elle, notant que la création d’une boisson sans alcool est pour elle une alternative permettant de garder le goût du raisin tout en offrant une boisson la plus naturelle possible.
Ayant produit 2 400 bouteilles de chaque recette, la vigneronne teste son produit à petite échelle pour voir la réaction des acheteurs sur les salons Millésime Bio et Wine Paris : « s’il faut en faire plus, pourquoi pas trouver des parcelles en Bordeaux pour produire mes jus. Et pourquoi pas planter des plantes à infusion. Pour l’instant, je teste. C’est une production coûteuse, dans la prestation de mise en bouteille et de pasteurisation. Il y a une limite financière, mais ce n’est pas encore un investissement de dingue » indique la vigneronne de la rive droite. Se posant les questions de la diversification de sa production, comme tous les vignerons bordelais, Noémie Tanneau va planter ce printemps une parcelles de 14 cépages blancs en agroforesterie (cassis, groseilles, pommiers, cerisiers…). Elle estime avoir dix ans pour savoir quoi faire de ces futurs fruits. « Il n’y a de limite que notre créativité » conclut-elle.




