uvrant ses portes ce lundi 26 janvier pour trois jours d’échanges entre producteurs et metteurs en marché sur les 26 000 m² du parc des expositions de Montpellier (Hérault), le salon Millésime Bio se pose en « place forte et la vitrine de tous les vins biologiques » résume Julien Franclet, le président de l’Association Interprofessionnelle des Vins Biologiques d’Occitanie (SudVinBio), qui organise le salon (1 400 exposants certifiés bio et 10 000 références de vins, bières, cidres, spiritueux et no-low). Évènement commercial, Millésime Bio se veut aussi un rendez-vous de sensibilisation à la valorisation des vins bio pour assurer la pérennité de leur production alors que les marchés se tendent et pèsent sur les prix jusqu’à les faire tomber en dessous des coûts de production.
En la matière, l’Occitanie est « un laboratoire, l’interprofession des vins de Pays d’Oc est la première à avoir communiqué des accords de durabilité » souligne Julien Franclet, soit la publication mi-novembre 2025 des prix d’orientation pour IGP Pays d’Oc prenant en compte un prix d’équilibre pour la production (en fonction de rendements et en prenant en compte les marchés) sur six cépages (cinsault et grenache en rosé, chardonnay et sauvignon en blanc, cabernet sauvignon et merlot en rouge) et sous certification Agriculture Biologique (AB) et Haute Valeur Environnementale (HVE).
Depuis deux mois, ces prix d’orientation n’ont pas eu l’effet escompté sur les cours moyens en bio et HVE (même s’il n’y aurait pas assez de volumes pour chiffrer significativement le prix en bio). « Les prix sont clairement en deçà, on a encore du mal à voir un effet sur le terrain. C’est le bémol d’accords arrivés un peu tard, on le savait en lançant les premières réunions en octobre » indique Julien Franclet, qui compte mettre à profit le salon Millésime Bio pour sensibiliser « tous les maillons de la filière » aux enjeux de juste rémunération.
À commencer par les producteurs, qui doivent avoir « conscience que s’ils continuent à vendre leurs au prix du marché, ce n’est pas viable et tenable. Avec de la solidarité, si tout le monde décide de tenir des prix d’orientation, en faisant de la résistance aux prix du marché, on pourra maintenir une viticulture bio en Occitanie » imagine Julien Franclet, qui demande aux « metteurs en marché » d’avoir « conscience que si les prix restent aussi bas, demain ils n’auront plus de fournisseurs alors que les marchés se convertissent au bio ». Le vigneron gascon souligne qu’il ne faut pas oublier de s’adresser aux distributeurs : « on ne peut pas laisser les metteurs en marché au milieu du gué, entre la production et la distribution. C’est à nous SudVinBio de soutenir et développer un marché équitable avec un bouteille qui rémunère le producteur qui est derrière. »
Inciter au renouvellement des générations
Même s’ils n’ont pas encore d’effet visible, les accords de durabilité permettent déjà de sensibiliser les parties prenantes aux enjeux d’avenir de la production de vin bio prévient Julien Franclet : « on ne peut pas avoir du durabilité environnementale sans avoir de durabilité sociale. Si l’on veut que la nouvelle génération reprenne les domaines viticoles, on ne peut pas dire aux jeunes vignerons de travailler 60 heures par semaine sans se payer avec une main d’œuvre familiale gratuite que l’on ne prend jamais en compte... Il n’y a pas de raison que les viticulteurs bio ne puissent pas vivre de leur métier. Sinon les entreprises ne se transmettront pas et le vignoble bio pourrait diminuer. Ce n’est dans l’intérêt de personne. Il faut une prise de conscience de toute la filière. »
Car pour le président de SudVinBio, l’amont comme l’aval du vin bio a le devoir et la responsabilité d’expliquer « le prix d’orientation, qui n’est pas un prix plancher, mais un outil de responsabilisation. Il y a quelques années, les cours étaient bien plus hauts et les metteurs en marché auraient été satisfaits d’avoir des accords pour éviter des prix trop importants par rapport aux consommateurs. Pour développer la filière du vin bio, il faut un prix stable pour les producteurs et les metteurs en marché. Les prix volatils sont un problème pour tous. »



