’est au Stade Matmut Atlantique de Bordeaux que le Lallemand Tour a achevé sa tournée de conférences œnologiques ce vendredi 16 janvier 2026.
Jean‑Baptiste Ancelot, « explorateur de vin » et auteur de Wine Explorers (2019, éditions Omniscience), a profité de l’évènement pour rappeler l’urgence de se distinguer dans un marché saturé. « L’originalité n’est plus une option, c’est une nécessité », insiste‑t‑il, alors que la qualité globale n’a « jamais été aussi bonne », rendant la fidélisation plus difficile. Il cite en exemple le domaine belge Ruffus, près de Mons, dont les bulles issues de sols crayeux « sont vendues avant même d’avoir vendangé », preuve qu’un pari audacieux peut devenir un succès fulgurant.
Pour lui, l’originalité est aussi culturelle : « Pour certains, un vol en montgolfière sera inédit, pour d’autres un simple pique‑nique dans les vignes ».
Il évoque également le Hellfest, où 23 000 litres de Muscadet bien frais ont été bus en gobelets, démontrant que le vin peut rester « un moment de plaisir et de partage ». Et pour émerger, il martèle : « Un bon storytelling, c’est la clé de tout », invitant les domaines à s’inspirer des contenus efficaces, comme ceux de Maximilian Riedel. Ce PDG de la marque de verres fédère aujourd’hui 621 000 abonnés sur Instagram grâce à une communication efficace. Éduquer le consommateur reste essentiel, mais « pas avec des fiches techniques : en parlant son langage ».
L’œnologue Antonio Braga, ex‑directeur œnologie de Sogrape Vinhos au Portugal et désormais producteur dans le Douro, partage le même constat. « Nous sommes dans un marché très saturé dans lequel nous devons être originaux », affirme‑t‑il. Au Portugal, cette singularité s’appuie sur « 300 cépages autochtones », une diversité « qui revient au goût du jour ».
Pour lui, l’originalité doit s’adapter au lieu de vente : « Le positionnement n’est pas seulement le prix, mais également le lieu de vente du vin et son histoire ». Entre un supermarché et un restaurant, les attentes diffèrent, mais une règle demeure : « Il doit être compréhensible pour le consommateur ». D’où l’importance, ajoute‑t‑il, « d’écouter les dernières générations et de porter un nouveau regard sur le lieu ».
Pour illustrer son propos, Antonio Braga cite sa cuvée "Le chien qui aboie " un rouge issu du cépage Mourisco, longtemps délaissé. Vendangé tôt pour gagner en fraîcheur, fermenté en grappes entières avec une extraction douce puis élevé en barriques, ce vin à 12 % vol. s’écoule désormais à 15 000 bouteilles par an.
La lisibilité passe aussi par la mise en récit du processus, comme pour sa cuvée "Trifasico", en français "Triphasique" qui "rappelle à la fois l’énergie et les trois phases du processus de vinification", explique‑t‑il. Après une première fermentation en grappes entières de Mourisco, du Touriga Nacional et du Touriga Franca sont ajoutés pour une seconde fermentation, avant un élevage en barriques avec bâtonnage sur lies de vin blanc.
Un storytelling pensé pour attirer l’attention et marquer le consommateur.




