révenir plutôt que guérir. Signalé en 2025 dans 14 états américains et jugé capable de faire mourir un pied de vigne en une seule saison, le fulgore tacheté (Lycorma delicatula) n’a pas encore fait son apparition dans le vignoble européen, et tant mieux pour les producteurs du vieux continent. Aux Etats-Unis, cet insecte piqueur originaire du sud de la Chine et de Taïwan hiverne dans les forêts avoisinantes des vignobles et peut se nourrir de la sève de nombreuses plantes, dont la vigne. Selon Jean-Pierre Rossi et Jean-Claude Streito, chercheurs Inrae ayant mené une étude sur le fulgore tacheté parue dans la revue de l’IVES, « la présence en Europe d’un grand nombre de plantes hôtes et la similarité entre le climat européen et celui des régions asiatiques et américaines déjà colonisées rendent son établissement vraisemblable en cas d’introduction ».
Alors qu’il avait été introduit en Amérique du nord via l’importation de marchandises autour de 2014, Lycorma delicatula n’a pas encore été signalé en Europe. 103 espèces végétales sont déjà recensées comme hôte de cet insecte qui se nourrit de la sève élaborée par piqure des feuilles et tiges, avec une préférence à l’âge adulte pour l’ailante glanduleux, la vigne ou les arbres fruitiers. Par cette ponction de sève de la plante, les deux chercheurs rapportent « des pertes pouvant atteindre 90 % de la production de raisin » dans les vignobles où l’insecte est présent (régions du lac Érié et des Finger Lakes de l’état de New York), « accompagnées d’une dégradation significative de la qualité des fruits, malgré plusieurs applications d’insecticides » selon les études déjà menées aux Etats-Unis.
Alors que l’insecte n’a pas encore atteint le vignoble californien, où « des pertes de plusieurs milliards de dollars » seraient à déplorer en l’absence de mesures de prévention, Jean-Pierre Rossi et Jean-Claude Streito insistent dans leur publication sur « la sensibilisation des acteurs du monde agricole et la mise en place d’une surveillance précoce » d’un insecte qui trouverait en Europe un terrain aussi accueillant par la compatibilité des conditions climatiques que par le nombre d’espèces végétales hôtes disponibles, plus d’une cinquantaine, « dont son arbre de prédilection, l’ailante glanduleux ».
Le risque est donc de taille, d’autant plus qu’en cas d’implantation, le comportement ‘auto-stoppeur’ de l’espèce, « accélèrerait sa dispersion, les femelles déposant des masses discrètes d’œufs aussi bien sur des végétaux que sur des pierres ou des infrastructures humaines (conteneurs, wagons, palettes, etc.). Ces supports, une fois exportés, facilitent son transport sur de longues distances », préviennent les deux chercheurs qui comparent ces caractéristiques à celles de la punaise diabolique, « ravageur particulièrement difficile à contrôler, échappant souvent aux inspections phytosanitaires les plus rigoureuses ». La surveillance est donc de mise « car il est toujours plus efficace et bien moins coûteux de prévenir l’arrivée et l’établissement d’un ravageur que de tenter de l’éradiquer une fois installé », appuient les chercheurs. D’éventuelles observations de Lycorma delicatula sont à rapporter au moyen d’une application AGIIR gratuite et disponible sur téléphones ou sur Ephytia.




