Justice

Château de Reignac condamné

Mardi 04 juillet 2017 par Colette Goinère

Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, : « 70% des vins des crus classés n’existaient pas en 1855. Or, le classement n’a jamais été révisé »Yves Vatelot, propriétaire du Château Reignac, : « 70% des vins des crus classés n’existaient pas en 1855. Or, le classement n’a jamais été révisé »
Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné le 29 juin sa propriété, château de Reignac, pour pratiques commerciales trompeuses et publicité comparative illicite.

« J’ai été profondément touché. Cela a été très violent ». Yves Vatelot accuse le coup. Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné le 29 juin sa propriété, château de Reignac, 77 ha en AOC Bordeaux supérieur, pour pratiques commerciales trompeuses et publicité comparative illicite. C’est en 1990, que cet homme d’affaire achète cette propriété située à Saint-Loubès, au terroir superbe. En 2009, le Grand Jury Européen après une dégustation à l’aveugle, le classe devant Petrus et Lafite Rothschild. En 2014, Yves Vatelot s’inspire d’un slogan publicitaire et achète des encarts dans Le Figaro indiquant « Reignac, 1er grand cru classé » suivi d’un astérisque renvoyant à un démenti : « si c’était vrai peu se l’offriraient ».

Vers un appel du jugement ?

L’affaire n’en reste pas là. Quelques mois plus tard, la Direccte débarque dans la propriété et embarque des prospectus publicitaires du château faisant état du fait que Reignac a un terroir d’un premier grand cru classé, en s’appuyant sur les commentaires des journalistes et dégustateurs. Le hic : on ne badine pas avec la législation des grands crus classés. Le Conseil des vins de Saint-Emilion, l’Union des grands crus classés de Graves et le Conseil des grands crus classés de 1855 se constituent parties civiles. Yves Vatelot réfute la tromperie. Mais surtout il renvoie la balle dans le camp des crus classés : « 70% des vins des crus classés n’existaient pas en 1855. Or, le classement n’a jamais été révisé », souligne-t-il. En attendant, il écope de 15 000 € d’amende avec sursis, de 30 000 € pour sa société dont 20 000 € avec sursis et 4000 € de dommages et intérêts pour chacune des parties civiles. Yves Vatelot réfléchit à faire appel.

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Julien Le 11 juillet 2017 à 19:18:54
Chez moi, en Suisse, on cultive la vigne sur des échalas. Le soir, le vigneron contemple sa vigne avec amour, mais un détail le dérange: Un échalas est plus haut que les autres. Il va quérir sa masse et enfonce l'échalas jusqu'à bien plus bas que ses voisins. Il peut désormais contempler sa vigne, un échalas plus bas que les autres ne dérange pas, Monsieur Vatelot.
VINIFAN Le 07 juillet 2017 à 23:08:12
la condamnation est assortie de beaucoup de sursis : est-ce à dire que sur le fond, les juges trouvaient qu'il avait raison mais que sur la forme, ils se devaient de faire respecter les règles, même contestables... J'espère que cette classification désuète sera bientôt réexaminée sur des critère objectifs. nombre de grands crus (surtout de st Emilion) perdront leur appellation à juste titre: vu que certains ne valent pas la plupart des crus bourgeois. Cela clarifiera le marché pour nombre de clients qui n'accordent plus d'importance aux classements de 1855. Affaire à suivre... En attendant quel bon vin que ce "grand vin de Reignac" !
gallus vindex Le 07 juillet 2017 à 13:53:30
C'est l'évidence même que le classement de 1855 devrait être revisé. Les raisons: - pas mal de propriétés viticoles y figurant on changé de terroir; - ce classement, à l'époque basé sur les prix que les propriétés faisaient pour leur vins pendant un laps de temps relativement long, ne tient aucunement compte de la qualité des vins produits par ces propriétés actuellement; - des propriétés non incluses dans ce classements produisent des vins d'une qualité au moins équivalente de celle de la plupart des propriétés incluses; - en somme, les crus classés bénéficient d'une rente de situation et rien de plus.
Arthur Melon Le 05 juillet 2017 à 07:58:07
A Bordeaux, on se garde bien d'organiser des dégustations transversales à l'aveugle. Il faut entretenir le mythe, protéger une rente de situation. M. Vatelot a commis un crime de lèse-majesté impardonnable en s'attaquant au sacro-saint classement de 1855 (bientôt classé au patrimoine mondial... c'est peu dire).
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