Gel 2017

Les courtiers, thermomètre du coup de froid sur le vignoble français

Lundi 19 juin 2017 par Alexandre Abellan

« Cette année, il faudra concilier les marchés. Les courtiers assureront la liberté de choix en maîtrisant les équilibres » annonce Jérôme Prince ce 19 juin au parc des expositions de Bordeaux.« Cette année, il faudra concilier les marchés. Les courtiers assureront la liberté de choix en maîtrisant les équilibres » annonce Jérôme Prince ce 19 juin au parc des expositions de Bordeaux. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Presque deux mois après les gelées de printemps, les perspectives de pertes de récoltes s’affinent, ainsi que leurs impacts sur les cours, et donc les marchés.

« Beaucoup de régions viticoles ont été touchées cette année par le gel, encore plus que d’habitude le rôle du courtier est de concilier l’offre et la demande. Et d’offrir l’éventail le plus important de solutions à ses clients, amont et aval » pose Jérôme Prince, ce 19 juin à Vinexpo, lors du Congrès de la Fédération Nationale des Syndicats de Courtiers en Vins et Spiritueux qu’il préside*. Également à la tête du syndicat des courtiers bourguignons, Jérôme Prince note pourtant qu’« après sept ans où l’on avait pris l’habitude d’avoir de petites récoltes, on en espère en avoir une bonne en Bourgogne, qui a été globalement épargnée par le gel. À l’exception de Chablis… »

Pour la deuxième année consécutive, le vignoble de l’Yonne a en effet été fortement touché par le gel (de l’ordre de 20 % en 2017). Mais si « l’impact du gel 2016 ne s’est pas vu grâce aux Volumes Complémentaires Individuels, il n’y a plus de réserves et le marché s’annonce tendu » rapporte le courtier Fabien Remondet. Face à la hausse des prix, le négoce resterait cependant confiant, cherchant à remplacer le marché de prix qu’est l’Angleterre.

Décrochage des cours

Moins serein, le vignoble de la Vallée de la Loire s’inquiète de hausses des cours qui pourraient couper les vins du marché. En pays nantais, « il y a des difficultés à digérer la hausse après le gel de 2016. On a peu de stocks et les cours se raffermissent » rapporte le courtier Hervé Luneau « Les prix ont augmenté et les marchés vont se déplacer. Il faut être prudent » confirme Christine Touron-Lavigne, la présidente des courtiers ligériens. Soulignant l’hétérogénéité du gel sur les vignobles, elle ne souhaite pas s’avancer sur des pertes de récoltes, d’autant plus après la bonne surprise d’un millésime 2016 plus généreux que prévu.

« Les plus pessimistes craignent une perte de 50 % de la récolte, les plus optimistes, dont sont les courtiers, tablent sur une baisse de 30 à 35 % de la production » rapporte Xavier Coumau, le président des courtiers bordelais. Il nuance cependant la situation avec une hausse annoncée des disponibilités, que ce soit avec la mobilisation des VCI (de l’ordre de 370 000 hl) et la réintégration du Dépassement du Plafond Limite de Classement du millésime 2016, tout juste validée par l’INAO (de l’ordre de 50 à 100 000 hl). Quoi qu’il en soit, depuis les épisodes du gel les cours se raffermissent, de +1 % pour les bordeaux rouges à +17 % pour les Sauternes.

"Les courtiers languedociens vont vivre l’enfer"

À l’inverse, dans le Midi on ne cherche pas de volumes de substitution. Il semblerait presque que la faiblesse du gel soit une occasion manquée d’apurer les stocks importants à la propriété et dans les coopératives. « Malgré le gel, j’ai peur que l’on fasse une récolte de 12 millions hl, comme en 2016. Alors qu’à l’approche des vendanges, tout le monde cherche de la cuverie » alerte, sans langue de bois, le courtier Jean-Pierre Py, qui confesse n’avoir jamais vu une situation aussi tendue. « En sachant que les gens ne vendront pas, et ne seront pas payés, il va y avoir une grande explosion. Mais ça ne résoudra rien… » prophétise-t-il.

* : Se présentant à sa propre succession, Jérôme Prince a été réélu à l’unanimité.

Coulure et précocité pour les vignes épargnées

Si le gel a concentré l’attention durant ce tour des régions, il a également été question des vignes ayant échappé aux gelées. La plupart semblent précoces, mais la nouaison n’a pas toujours été à la hauteur des sorties prometteuses. Aussi touché par le gel (avec des pertes estimées à 20 000 hl en Coteaux Varois et 10 000 hl en Côte de Provence), le vignoble provençal s’inquiète actuellement du manque d’eau et de la coulure sur grenache rapporte Pierre-Jean Bertri (président des courtiers provençaux).

La perte de récolte par coulure s’annonce également conséquente en Vallée du Rhône. « Le gel nous a relativement épargnés (à l’exception du Ventoux, de zones du Lubéron, de la Clairette de Die…), mais la coulure a fait s’envoler une grosse partie des grenaches » constate Gilles Lambert, le président des courtiers rhodaniens.

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