menu burger
Lire la vigne en epaper Magazine
Accueil / Politique / Le prosecco trouble-fête de l'accord de libre-échange Europe-Australie pour les vins ?
Le prosecco trouble-fête de l'accord de libre-échange Europe-Australie pour les vins ?
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Down under
Le prosecco trouble-fête de l'accord de libre-échange Europe-Australie pour les vins ?

Après plusieurs rebondissements, les négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie seraient entrées dans leur phase décisive : une bonne nouvelle pour la filière vin ? Mais le différend persistant sur la reconnaissance et la protection de certaines désignations géographiques européennes pourraient en compromettre l’issue…
Par Sharon Nagel Le 06 mars 2026
article payant Article réservé aux abonnés Je m'abonne
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Le prosecco trouble-fête de l'accord de libre-échange Europe-Australie pour les vins ?
Les Australiens soutiennent que le nom « prosecco » est celui d’un cépage et non d’une indication géographique italienne - crédit photo : Adobe Stock (Irik)
A

lors que les incertitudes commerciales repartent de plus belle aux Etats-Unis, l’Union Européenne intensifie sa stratégie de diversification en multipliant les accords de libre-échange avec d’autres régions du monde. L’encre sur l’accord entre l’Union Européenne et l’Inde n’est pas encore sèche que le commissaire européen au commerce, Maro? ?efčovič, a repris les discussions avec son homologue australien Don Farrell afin de clore des négociations entamées il y a plusieurs années. « Nous sommes proches d’un accord », déclarait le ministre Farrell le 23 février, se disant optimiste quant à une issue positive. « Au cours des dernières semaines, nous avons progressé plus qu’en 25 ans. Ce que le Président Trump a fait pendant le weekend a donné un nouvel élan à nos efforts ».

L’accélération des discussions ne relève pas du hasard. Dans un contexte de bouleversements géopolitiques et économiques, Canberra et Bruxelles cherchent à sécuriser et à diversifier leurs débouchés. « L’ensemble des pays, y compris l’Australie et l’Union européenne, s’emploient à diversifier leurs relations commerciales et à structurer de nouveaux couloirs commerciaux stratégiques », analyse le Dr Prudence Gordon, directrice du centre australien pour le commerce international et l’investissement. Echaudée par ses différends récents avec Pékin, l’Australie entend notamment réduire sa dépendance au marché chinois et consolider ses partenariats alternatifs.

Des gains de compétitivité

Dans le secteur vitivinicole, l’accord commercial entre l’Union Européenne et l’Australie prévoit la suppression des droits de douanes résiduels  – actuellement fixés à 5 % – appliqués aux vins européens à l’entrée du marché australien. Ce taux peut sembler limité, mais sa disparition n’en demeure pas moins significative car elle réduit mécaniquement l’assiette sur laquelle sont ensuite calculées les taxes intérieures, améliorant ainsi la compétitive des produits européens. En sens inverse, les vins australiens importés dans l’Union Européenne bénéficieraient d’une libéralisation totale ; actuellement ils sont soumis à des droits de douane spécifiques basés sur le degré alcoolique. Là encore, les montants peuvent paraître modestes – de l’ordre de 15 cts par bouteille de vin titrant entre 13 et 15 % – mais leur élimination mettrait l’Australie sur un pied d’égalité tarifaire avec des pays fournisseurs comme le Chili qui bénéficie déjà d’un ALE avec l’Union européenne.

Au-delà des droits de douane, l’accord offrirait l’occasion de moderniser l’accord bilatéral sur le vin conclu en 2008. « Sur la base des dernières informations dont nous disposons, toute actualisation de l’accord vin entre l’UE et l’Australie ne devrait intervenir que dans le cadre de l’accord global, l’Australie ne semblant pas disposée à renégocier le texte de 2008 séparément », précise le Dr Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du Comité européen des entreprises vins. Une telle révision impliquerait notamment une harmonisation actualisée des pratiques œnologiques reconnues, un renforcement de la protection des indications géographiques et une simplification des procédures administratives et des certifications à l’importation, autant d’éléments susceptibles de réduire les coûts pour les entreprises.

Là où le bât blesse

Dans le domaine spécifique du vin, la principale pierre d’achoppement concerne la reconnaissance et la protection des Indications Géographiques européennes, notamment la clause de transition encadrant la suppression progressive de certaines dénominations utilisées en Australie, au premier rang desquelles le "prosecco" mais aussi "feta" ou "parmesan". Ces dernières années, l’Etat de Victoria en Australie méridionale a fortement développé une production de vins effervescents commercialisés sous le nom de "prosecco". La valeur globale de cette catégorie est actuellement estimée à 205 millions AUD (soit environ 122 millinos €). Si la quasi-totalité des volumes sont écoulés en Australie, les producteurs concernés souhaitent conserver, au moins temporairement, le droit d’utiliser cette dénomination sur leur marché domestique. « Le fait est que le prosecco est un nom de cépage, à l’image du chardonnay ou du cabernet-sauvignon » avait déclaré en 2022 Lee McLean, directeur d’Australian Grape & Wine, dans la presse australienne. Une interprétation que contestent, sans surprise, les autorités et opérateurs italiens.

Opposition des coopératives européennes

Les réserves ne se limitent pas à la question des indications géographiques. En Espagne, les coopératives agroalimentaires appellent la Commission européenne et le gouvernement national à ne pas accepter « de concessions disproportionnées à l’Australie sur la viande ovine, le bœuf et le vin ». Elles estiment que celles-ci pourraient « accélérer le démantèlement progressif de la production européenne dans ces secteurs, déjà confrontés à un déclin de leurs capacités de production ». Les coopératives espagnoles soulignent notamment que les exportateurs australiens font face à des restrictions sur certains grands marchés tiers – qu’il s’agisse de droits de douane ou de tensions géopolitiques – ce qui pourrait les inciter à rediriger leurs exportations vers l’Union européenne, « qui traverse une crise structurelle ».

A l’échelle communautaire, le Copa et la Cogeca expriment leur « profonde inquiétude face à la nouvelle tentative de conclure l’accord de libre-échange entre l’UE et l’Australie et tirent la sonnette d’alarme sur le fait que cet accord risque d’imposer une charge disproportionnée aux agriculteurs et aux coopératives agricoles européens dans des secteurs clés sensibles… Il convient également de rappeler que l’UE représente un marché de consommation d’environ 450 millions de personnes, contre environ 28 millions pour le marché intérieur australien ».

Un accord soutenu par le négoce

Toujours est-il que pour les exportateurs français, l’Australie demeure une destination stratégique. Classée au treizième rang des marchés à l’export des vins français, elle a évolué à contre-courant de la tendance générale en 2025, affichant des progressions de 9,3% en volume et de 20,2% en valeur, selon les données publiées par la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS). Ce retour à la croissance l’an dernier a été porté notamment par les expéditions de Champagne, confirmant la maturité du marché australien et sa montée en gamme. Dans ce contexte, la suppression des droits à l’importation renforcerait les marges sur des produits à forte valeur ajoutée, et contribuerait à compenser certaines pertes subies sur des marchés clés comme les Etats-Unis ou la Chine.

A telle enseigne, que le Comité Européen des Entreprises du Vin (CEEV) soutient la conclusion de cet accord et les efforts engagés par la Commission européenne. Le secrétaire général du CEEV, Ignacio Sánchez Recarte, prévient toutefois que « si les négociations ont accéléré et qu’un accord semble à portée de main, aucune date de conclusion n’a été fixée. Le processus paraît désormais se situer au niveau de la prise de décision politique ». Au terme de longues années de négociations, la conclusion de l’accord semble se préciser. Reste à savoir si les tensions géopolitiques ailleurs dans le monde suffiront à dépasser les différentes lignes rouges sectorielles qui freinent encore l’accord.

Vous n'êtes pas encore abonné ?

Accédez à l’intégralité des articles Vitisphere - La Vigne et suivez les actualités réglementaires et commerciales.
Profitez dès maintenant de notre offre : le premier mois pour seulement 1 € !

Je m'abonne pour 1€
Partage Twitter facebook linkedin
Soyez le premier à commenter
Le dépôt de commentaire est réservé aux titulaires d'un compte.
Rejoignez notre communauté en créant votre compte.
Vous avez un compte ? Connectez vous

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Charente / Charente-Maritime / Corrèze ... - CDI CIE VINICOLE BARON EDMOND DE ROTHSCHILD
Indre-et-Loire - CDI Domaine de la Chapelle
Haut-Rhin - Stage EARL PAUL SCHNEIDER
Maine-et-Loire - CDD SCEV Guiberteau
Hérault - CDD Les Grands Chais de France
La lettre de la Filière
Chaque vendredi, recevez gratuitement l'essentiel de l'actualité de la planète vin.
Inscrivez-vous
Votre email professionnel est utilisé par Vitisphere et les sociétés de son groupe NGPA pour vous adresser ses newsletters et les communications de ses partenaires commerciaux. Vous pouvez vous opposer à cette communication pour nos partenaires en cliquant ici . Consultez notre politique de confidentialité pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits. Notre service client est à votre disposition par mail serviceclients@ngpa.fr.
Politique
© Vitisphere 2026 -- Tout droit réservé