l a le moral au plus bas : « Nerveusement, je suis à bout » confie Olivier Fleury, le propriétaire des vignobles éponyme, 72 hectares, spécialisés dans les liquoreux et les moelleux. Conséquence des dernières tempêtes et inondations : la route Langon Cadillac n’est accessible que par tronçons. Impossible d’accéder au château, situé à Sainte-Croix-du-Mont pour le camion censé enlever quelques 12 000 cols. Conséquence : un trou de trésorerie de l’ordre de 50 000 €. « Nous ne serons payés que lorsque tout le vin aura quitté la propriété » lâche le vigneron. Idem pour la petite camionnette de la Poste qui ne peut faire sa tournée. Résultat : un nombre de chèques se balade dans la nature. De même Olivier Fleury se devait d’envoyer des échantillons pour des importateurs aux Etats Unis. Impossible.
Les 9 salariés qui étaient en chômage technique depuis le 16 février, commencent à réintégrer l’entreprise, depuis ce lundi 23 février. Olivier Fleury, lui, a passé la troisième semaine de février, dans la propriété. « J’étais enfermé tout seul dans le château, avec des coupures d’eau et d’électricité. Mon activité est à l’arrêt et personne ne nous vient en aide » laisse-t-il tomber. Ce lundi 23 février, Il reste encore 10 ha de vignes sous l’eau. Il faudra procéder au nettoyage des parcelles. Pour l’heure elles sont jonchées de détritus, voire de membres de sangliers en putréfactions.
A Barsac, Marie-Pierre Lacoste, propriétaire du château La Clotte-Cazalis (20 ha dont 8,5 ha plantés en vigne AOC Barsac et en bio depuis 2015), ne cède pas à la panique, suite aux crues de ces derniers jours, même si 90 % de son vignoble a été inondé. 30 % des vignes sont encore immergées : « l’impact sur les vignes ne m’inquiète pas outre mesure, car à cette période, la vigne est en repos végétatif » indique-t-elle. Idem pour ses sols tous enherbés. « L’herbe tient le sol. Il n’y a pas d’arrachement de surface. Les éléments minéraux et la structure des sols ne sont pas dégradés ».
Le plus problématique ? D’une part le retard provoqué par les crues sur les travaux, cela fait plus d’une semaine que cette vigneronne et un salarié ne peuvent plus procéder aux travaux de taille. D’autre part, le chantier de nettoyage des parcelles : « Il devrait être lourd. Nous allons y passer beaucoup de temps. C’est du travail en plus. » Une de ses parcelles de vignes, d’un hectare, situé au bord du Ciron, est encore inaccessible, noyée sous trois mètres d’eau. Une partie de la digue ayant cédé. C’est pour ses fruitiers, une centaine plantée en 2017 dans les vignes, que Marie Pierre Lacoste s’inquiète. La floraison risque de ne pas se faire correctement.
Aux Vignobles Gonfrier, à Lestiac-sur-Garonne, sur les 850 ha ce sont 100 ha sur les palus en AOC Bordeaux qui ont été inondés. « On est habitués, car ce sont des palus inondables. Du coup nous mettons des portes greffes assez peu sensibles aux excès d’eau » indique Paul Gonfrier, responsable technique. Sur les parcelles de Baurech, l’eau a commencé à s’évacuer depuis le 20 février dernier. « Il faudra deux semaines avec du soleil pour que toute l’eau parte » indique-t-il.
Ce dernier n’a pas fait le bilan des éventuels dégâts sur les sols. Nombre de bouts de bois pourraient être coincés dans les rangs de vigne. Ce qui est sûr c’est que du travail supplémentaire se profile. « Avec ces inondations, les sols argileux manquent d’oxygène. Il faudra les aérer dès que le soleil sera présent, dans les prochaines semaines. Mais la situation n’est pas catastrophique. Nous sommes résilients » confie-t-il. Sa vraie inquiétude ? Avec de gros coefficients de marées annoncés en mars, des montagnes enneigées, les tempêtes pourraient revenir.
Toiture arrachée
A Mourens, les vignes de Jean Christophe Yung à la tête du domaine de Mondain, 60 ha en AOC Bordeaux et Entre Deux Mers, ont été épargnées par les inondations. Cependant, la forte tempête Nils, du 11 février dernier, a fait des dégâts sur les bâtiments. Une partie de la toiture du hangar agricole a été arrachée, soit cinquante mètres carrés qui se sont envolés. Et un arbre est tombé sur le chai à barrique. Là aussi vingt mètres carrés de toiture ont été endommagés. Mais le pire est ailleurs pour Jean Christophe Yung : « l’inondation, c’est une goutte d’eau par rapport aux problématiques de la filière » estime-t-il. Et de pointer le doigt sur l’inflation de contrôles, de charges toujours plus lourdes. Un stress supplémentaire.

Un terroir inondé au château La Clotte-Cazalis.



