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La distillerie ne paye pas 20 livreurs, les viticulteurs débarquent à 200
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Grogne charentaise
La distillerie ne paye pas 20 livreurs, les viticulteurs débarquent à 200

La profession s’est rassemblée mercredi devant la distillerie des Moisans en Charente, pour le respect des contrats et réclamer plusieurs centaines de milliers d’euros de vins livrés depuis novembre mais toujours pas payés. La direction s’est engagée à régler le tout d’ici à la fin avril.
Par Benoît Caurette Le 19 février 2026
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La distillerie ne paye pas 20 livreurs, les viticulteurs débarquent à 200
Olivier Petit, directeur général de la distillerie, fait part de difficultés de trésorerie et assure « faire le maximum ». Il est venu s’exprimer brièvement en fin de manifestation. - crédit photo : Benoït Caurette
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ne dizaine de tracteurs au bout des vignes, quelque 200 viticulteurs en colère et un large soutien des syndicats agricoles des deux charentes*. Sur la grille restée fermée, une banderole : « contrats signés, contrats respectés. » Ambiance calme mais déterminée, ce mercredi matin, aux portes de la distillerie des Moisans, à Sireuil (Charente). Voici deux ans que l’Union Générale des Viticulteurs du cognac (UGVC) n’avait pas organisé de rassemblement public. « Mais ce qui se passe ici est grave, justifie son président Anthony Brun. Des commandes pas payées, des contrats revus unilatéralement à la baisse sont des atteintes aux principes fondamentaux de notre profession. »

En juin dernier, une vingtaine de vignerons ont reçu un courrier de la distillerie leur annonçant que leurs contrats de livraison de vins seraient revus à la baisse de 60 %. L’entreprise emboitant le pas des négociants pris dans la crise de la filière. « Nous comprenons que cette mesure s’impose, mais il y a la manière d’y venir, nous avons des contrats, il ne suffit pas de les dénoncer de façon unilatérale, c’est illégal. Une discussion préalable s’imposait » martèle Julien Massé, secrétaire général de l’UGVC. Surtout, en parallèle, « des marchandises ont été enlevées mais n’ont pas été payées depuis novembre », dénonce Guillaume Duluc, référent du groupe de suivi mis en place par le syndicat pour combattre les entorses contractuelles tendant à fleurir ici et là (lire l’encadré).

Premiers virements pendant la manif

Plombée par des difficultés de trésorerie (- 2,5 M€ de résultat net en 2024, derniers chiffres publiés), la distillerie reconnaît les faits, « après nous avoir baladés un moment » tempèrent les viticulteurs concernés. « Malgré les recommandés, les mails, les coups de fil, nous n’avions pas de réponse, le directeur est devenu injoignable » râle Rémi Guindet, installé depuis 2023 à Gemozac (Charente-Maritime), en contrat avec la distillerie depuis ce temps, « sur l’ensemble du vignoble, en toute confiance, pensant que le directeur était garant de [ses] emprunts. »

B. Caurette

Les impayés globaux sont estimés à plusieurs centaines de milliers d’euros, fragilisant lourdement les trésoreries des livreurs. Un vigneron attend à lui seul 120 000 €. Jérémy Marchais, qui a repris l’exploitation familiale de Saint-Bonnet-sur-Gironde (Charente-Maritime) il y a cinq ans a engagé ses 8 ha dédiés au cognac auprès de la distillerie jusqu’en 2027. « Sur mes 22 ha de vignes, ce sont ceux-là qui me font vivre. » Or Moisans lui doit 40 000 €. « Sachant qu’avec la baisse des contrats, j’avais déjà une perte de 60 000 € » calcule-t-il, inquiet pour la pérennité de son exploitation. « Je suis peu endetté, mais s’ils ne me payent pas du tout ça va être intenable et je vais devoir retourner dans les travaux publics. » Le viticulteur rapporte lui aussi les « promesses » du dirigeant, les lettres recommandées, le silence. « J’ai fini par lui écrire que si je ne percevais rien sous huitaine, j’agirais en justice, et je viens de recevoir une partie de la somme. » L’annonce de la mobilisation ayant semble-t-il débloqué quelques fonds, un autre viticulteur affirmant avoir perçu ce mercredi 40 000 €. Flavien Petit, vigneron à Sainte-Lheurine (Charente-Maritime), s’inquiète : « Au regard des difficultés de la distillerie, qui dit qu’il n’y aura pas un plan social dans six mois ? Si tel est le cas, on sera payés dans dix ans ! »

Rencontrer chacun pour trouver des solutions en ce qui concerne la baisse des contrats

Reçue pendant une heure par le staff de Moisans, une délégation a obtenu quelques promesses, que le directeur Olivier Petit est venu exposer lui-même aux manifestants. « Tout le monde sera réglé d’ici à fin avril et nous sommes prêts à rencontrer chacun pour trouver des solutions en ce qui concerne la baisse des contrats » jure-t-il. Les versements se feront par tiers mensuel, le premier d’ici à la fin février. « Sur les discussions, proposez-nous des dates concrètes, quand est-ce que vous allez venir chercher mon vin, comment je fais pour vivre en attendant ? » interpelle Olivier Fourcade, viticulteur aux portes de Chevanceaux (Charente-Maritime).

Trois premières réunions individuelles d’une heure ont été posées en toute fin de l’échange, avant que le cortège ne se disperse, bien disposé à revenir si nécessaire. « On a à l’œil tous les opérateurs qui ont des pratiques douteuses » assure Julien Massé, conforté par la forte mobilisation de la profession. Et le syndicat d’enfoncer le clou dans un communiqué diffusé peu après : « L’UGVC se réserve le droit de poursuivre toute action syndicale nécessaire tant que les engagements contractuels ne seront pas respectés. »

*Coordination rurale, FNSEA, Jeunes agriculteurs, confédération paysanne

 

 

Dénonciation crispante

Un bras de fer juridique se prépare entre l’UGVC et la maison de cognac Sazerac de Segonzac (Charente). Le syndicat entend venir au soutien de 90 viticulteurs concernés par la volonté de dénonciation d’un contrat tripartite (distillateurs, maison de cognac et vignerons) par le groupe américain propriétaire, bien que les livraisons de cette année seront payées. Selon l’UGVC, Sazerac n’est pas légalement fondé pour cette révision. Un tiers des viticulteurs concernés sont déjà fortement mobilisés.

Tags : Cognac
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