oopérateur dans le Gard, Laurent Furestier espérait depuis la fin des vendanges 2025 l’ouverture de l’arrachage définitif. Mais, comme tout le monde, il a dû patienter jusqu’au 6 février pour avoir la confirmation que la mesure était lancée. Entre temps, dans le doute, il a commencé les travaux d’hiver sur son vignoble de 25 ha alors qu’il veut l’arracher entièrement. « On est restés longtemps dans l'expectative de l'annonce définitive. J'ai appelé FranceAgriMer tous les 15 jours. Mais personne ne pouvait me renseigner », assure-t-il.
Ne sachant pas si le plan allait être mis en place, Laurent Furestier a prétaillé, labouré, passé l'intercep dans toutes ses vignes. Entre, l'utilisation de son tracteur, de ses machines et sa force de travail, il estime les frais à 6 500 € environ. Une dépense que son exploitation, qui enregistre depuis 4 ans des résultats négatifs, aurait pu s'éviter si l’arrachage avait été ouvert dès l'automne.
A Saint-Sernin, dans le Lot-et-Garonne, Guy Pauvert, a lui aussi dû avancer. Propriétaire du domaine Amblard, il veut arracher 36 de ses 94 ha de vigne. A l’annonce du plan, il avait fini de tailler 6 ha de ces 36 ha. « Ce sont des vignes que j'aurais gardées si le plan d'arrachage n'était pas sorti, explique-t-il. Tandis que j’aurais arraché quoi qu'il arrive les trente autres hectares, en utilisant l'arrachage temporaire. »
Mais ce vigneron qui prévoit de prendre sa retraite et de tout arracher dans 3 à 4 ans, relativise ces frais. « La majorité du travail a été réalisée par des salariés permanents », indique-t-il. De plus, il dit que ce délai lui a été bénéfique. « Si le plan était sorti en novembre, j'aurais mis moins de vignes à l'arrachage. Mais depuis, j'ai vu que le marché n'était pas là », déclare Guy Pauvert qui a fait sa demande dès le 6 février, lui aussi.
Comme tous les demandeurs, il devra patienter jusque mi-mars pour savoir quelle surface il pourra arracher avec la prime. Cela n'inquiète pas Guy Pauvert qui prévient : « Je n'ai commandé des phytos que pour 60 hectares ». Désormais, il ne touche plus aux 36 ha qu’il veut arracher pour les transformer en jachère et demande des devis à des prestataires de services pour arracher : « On attend la réponse de FranceAgriMer pour leur donner le feu vert ».
Ce qui le tracasse, c’est de connaître la date limite de fin d’arrachage qui n'a pas encore été fixée. Guy Pauvert a appris que des discussions sont en cours autour de deux dates, le 31 juillet ou le 31 décembre. Pour lui, il semble impossible de tout arracher avant le 31 juillet.
« Avec mon équipe, on peut arracher un ou deux hectares, mais pas 36, dit-il. Nous sommes donc tributaires des entrepreneurs qui sont très demandés avec cette crise alors qu’ils ont déjà pris du retard sur les autres chantiers avec cette pluviométrie qui n’en finit pas. Et nous, nous ne pouvons rien faire dans nos vignes détrempées ». Guy Pauvert plaide donc pour une limite fixée à la fin de l'année, avec l'autorisation de « dévitaliser les vignes en juin, avant les traitements obligatoires contre la cicadelle ».
Dans le Gard, Laurent Furestier ne peut pas se permettre d'attendre. « Les devis que j'ai fait faire sont très élevés. Pour diminuer les frais, je dois tout dépalisser seul. Ainsi, je m’en sortirai pour 750 à 1000 €/ha contre le double autrement », explique ce coopérateur qui souhaite mettre ses terres à disposition d'un jeune agriculteur une fois les vignes arrachées.
« Sur 13 ha, j'ai près de 11000 piquets en fer à retirer soit 55 t. Sur les 12 ha restants, il y a 10 000 piquets galvanisés, soit 27,5 t. Sans compter les 7,75 t de fil palissage pour l'ensemble de l'exploitation, ni les amarres que c’est l’enfer à enlever manuellement. J’espère qu’on me prêtera une machine pour dévisser celles en vis », dit-il. Alors autant commencer « tout de suite », lance le vigneron qui compte tout arracher, avant mi-mai, même s'il n'obtient l’aide que pour une partie de ses vignes, pour éviter de contaminer des parcelles alentour et pour en finir avec la viticulture.
Pour Marie-Laure Plumejeaud, en revanche, l’ouverture du guichet d’arrachage définitif est arrivée vraiment trop tard. Pour cette coopératrice de la cave de Crouseilles, à Aydie dans les Pyrénées-Atlantiques (20 ha), il était inenvisageable de laisser de côté des vignes dans l'attente d’un hypothétique plan. Hors de question pour elle de prendre du retard dans les travaux d’hiver. Avec son associé, elle a donc décidé en novembre de faire une demande d'arrachage temporaire pour 2,5 ha. Eux non plus n'ont pas perdu de temps : « On a dépalissé, récupéré les piquets. Elles attendent plus qu'à être arrachées ».
Contrairement au précédant programme d’arrachage, aucune date de fin de travaux n’a été définie pour le programme actuel ouvert le 6 février. En cause, le retard pris par l’ouverture de cette mesure. Il est si important qu’il paraît très difficile voire impossible d’arracher les 32 500 ha qui peuvent l’être avec l’enveloppe disponible, avant la fin de cette campagne. En Gironde, où les arrachages démarreront avec d’autant plus de retard que les sols sont détrempés, Jean-Samuel Eynard, le président de la chambre d’agriculture demande dès maintenant un report de la date à la prochaine campagne afin que les vignerons sachent à quoi s’en tenir.


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