’il y a bien une règle qui leur paraît primordiale, c’est celle-ci : « Il faut arrêter de raccourcir les ceps, clament Jessica Lécuyer Dupey et Davy Chodjaï, formateurs, chacun de leur côté, et associés au sein de Grapemaker, entreprise de prestation en Gironde. « La vigne est une liane qui ne cherche qu’à s’allonger. Ce qu’il faut, c’est contenir cet allongement. »

Pour ces deux autodidactes, à force de vouloir ramener les bras et baguettes proches du tronc, on fragilise les ceps et on réduit leur vitalité. « Pour raccourcir, il faut couper du vieux bois, expose Davy Chodjaï. Cela revient à demander au cep d’abandonner tout ce qu’il a construit. Donc il perd en productivité. De plus, si on coupe un bois de plus de trois ans, il se forme une nécrose qui va jusqu’au bas du pied. »
À la longue, ces nécroses compriment et fragilisent les bois sur lesquels le pied repart quand elles ne le fragilisent pas tout entier.
Autre principe : « Il faut standardiser la taille, assure Jessica Lécuyer Dupey. Il faut que tous les pieds se ressemblent car lorsque les pieds sont différents, on perd du temps à réfléchir à la manière de les tailler. »
Appliquées au guyot simple, ces règles donnent des pieds surprenants, qui semblent formés par un vent contraire, leur baguette étant repliée vers l’arrière. Nos deux experts les construisent avec une baguette et un courson de deux yeux francs pris du même côté du tronc, la baguette étant pliée du côté opposé au courson. L’hiver suivant, entre les deux bois sortis de l’ancien courson, ils prennent celui qui a poussé dans le sens du rang pour faire le nouveau courson et plient l’autre pour en faire la baguette. Surtout, tous les ceps subissent ce traitement !
« Lorsqu’on suit ces règles, le bras s’allonge du côté où on laisse le cot et, généralement, d’un œil franc chaque année, justifie Jessica Lécuyer Dupey. Et comme on plie la baguette dans le sens opposé à l’allongement du cep, on ne le dégarnit pas. On conserve un rideau de feuillage régulier, sans trou ni entassements. On a moins de pourriture, moins de mildiou et une maturité plus homogène. »
Que faire lorsqu’il n’y a qu’un seul sarment sur un cot ? « Le plier en le cassant un peu au-dessus du deuxième œil franc et en supprimant les deux yeux suivants, ce qui forcera les deux premiers à sortir. On aura alors de quoi repartir normalement l’année suivante », répond Jessica Lécuyer Dupey, en précisant que cela n’arrive que par accident si l’on respecte leurs consignes.
« Les yeux fantômes, ça n’existe pas, assure-t-elle. Si des bourgeons ne sortent pas, c’est parce qu’on a surchargé les pieds. » Comme tous les tailleurs, elle recommande d’adapter la charge des lattes à la vigueur des ceps. Mais à la différence de beaucoup d’autres qui décident de cette charge au coup par coup selon leur expérience, elle s’en tient à une autre règle simple : laisser un œil de plus que le nombre de belles pousses fructifères sorties l’année précédente, et ce après avoir éborgné la latte de tous les yeux orientés vers le bas.
Au printemps, après le débourrement, tous deux préconisent un épamprage en règle, là aussi. « On enlève tout ce qui pousse sur le vieux bois et tous les doubles bourgeons, détaille Davy Chodjaï. On valide la charge qu’on a laissée en hiver. Pour nous, c’est aussi important que la taille. Et l’hiver suivant, on gagne du temps à la taille. »
Pour appuyer ses dires, il cite une comparaison rapide qu’il a faite sur deux rangs taillés en guyot simple selon leur méthode, l’un épampré et l’autre non. « Pour épamprer le rang, il m’a fallu 10 minutes, puis 25 minutes pour le tailler l’hiver suivant quand il m’a fallu 44 minutes pour tailler le rang non épampré. Ce qui fait 9 minutes de plus, sans compter le temps passé à épamprer le tronc. » Soit 25 % de temps de travail supplémentaire, au bout du compte, si l’on s’en tient à ses évaluations. « Sans compter que les pieds épamprés sont plus aérés et plus faciles à relever », ajoute Jessica Lécuyer Dupey. Seule difficulté à les en croire : se contraindre à appliquer rigoureusement ces principes.
Mathieu Bonté, directeur technique du Château Bonalgue, 40 ha à Pomerol détaille « On prend la latte et le cot toujours du même côté. C’est une taille hypersimple, hyperintuitive une fois que les ceps sont formés. Pierre, Paul, Jacques : c’est la même règle pour tout le monde et ça marche. On arrive devant un cep, on supprime la latte de l’année d’avant. Sur l’ancien cot, on choisit la baguette qui est dans le sens du rang pour faire le nouveau et on plie l’autre baguette dans le sens opposé. À l’ébourgeonnage, on laisse deux rameaux sur le cot et un par bourgeon sur la latte. Il n’y a pas à réfléchir. Ce sont des consignes simples que tout le monde peut comprendre. » « En tout, on taille 10 ha ainsi. On a commencé il y a quatre ans avec des parcelles en place. Depuis, on taille toutes nos nouvelles parcelles ainsi. Avec cette méthode, 85 à 90 % des pieds sont semblables. Les pieds ne montent plus vers le haut. Ils se décalent vers la gauche. Il n’y a pas d’entassement de végétation ni de fenêtre. »


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