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La carte des vignes en France mute : -15 % à Bordeaux, -9 % en Languedoc, +74 % en Normandie, +78 % en Bretagne...
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Arrachages et plantations en 3 ans
La carte des vignes en France mute : -15 % à Bordeaux, -9 % en Languedoc, +74 % en Normandie, +78 % en Bretagne...

Comment évolue la géographique viticole française ? Elle se métamophorse, suivant des transformations contrastées, entre crises, soubresauts et mutations, le point avec une tribune à François Legouy, agrégé de géographie et professeur émérite de l’université de Paris 8, qui prévoit "la continuation des arrachages dans le Sud-Ouest, en Languedoc, dans le vignoble de Cognac, et la probable progression dans tout le Nord-Ouest de la France".
Par Professeur François Legouy Le 22 février 2026
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La carte des vignes en France mute : -15 % à Bordeaux, -9 % en Languedoc, +74 % en Normandie, +78 % en Bretagne...
Sur cette carte, 'le rouge et l'orange mettent l'accent sur les plus fortes progressions mais avec des surfaces très faibles en 2023. Il insiste en particulier sur le Nord-Ouest qui a beaucoup progressé. Le vert insiste au contraire sur les pertes les plus importantes' indique François Legouy. - crédit photo : DR
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a carte de la France viticole en 2023 est une photographie du vignoble métropolitain après une forte réduction des superficies depuis la fin du XIXe siècle. L’essentiel du vignoble apparaît dans les teintes rouges et les parties considérées comme périphériques et même marginales dans les jaunes-verts. Les zones les plus conséquentes sont donc situées sur les pourtours méditerranéens, dans le Bordelais et ses périphéries charentaises et de la Dordogne, la Bourgogne, la Champagne, le Val de Loire et l’Alsace. La carte met donc en évidence le rôle historique du milieu méditerranéen, celui de la protection climatique vis-à-vis des vents dominants humides par les reliefs de cuestas, les versants faillés orientés nord-Sud et enfin celui des grandes vallées fluviales dont le rôle dans l’exportation des vins de crus a toujours été un facteur important (Dion, 1959). Cette carte comparée à celle des espaces viticoles français en 1958 montre à quel point le vignoble français a fortement régressé, notamment dans ses vignobles les plus périphériques.

En réalité, le vignoble français a évolué par un effet de ciseaux, avec le recul des vignes produisant des vins de consommation courante à base de cépages hybrides et la montée en puissance qualitative depuis les années 1930 et surtout 1950 des vins en appellation d’origine contrôlée.

Si la baisse a été stabilisée en 2010 avec une petite remontée jusqu’en 2021, désormais elle a repris de plus belle après de nombreux arrachages ces deux dernières années, face à un contexte très défavorable pour la vente dans le marché intérieur, la consommation nationale et internationale et donc les exportations.

Entre 2023 et 2025, les surfaces viticoles françaises ont chuté de 6 %, ce qui est énorme. A l’échelle nationale la dégringolade des AOP (-37 482 ha, soit 6,3 %) est supérieure à celle de l’ensemble des surfaces viticoles. Dans ces régions viticoles, la chute est donc majoritairement imputable aux appellations d’origine qui perdent plusieurs milliers d’hectares de vignes. C’est le cas en Gironde (-15 %) et dans l’Hérault (-7,3 %) par exemple.

Par contre, comme pour conjurer le mauvais sort, on assiste à un phénomène de renouveau viticole dans tout le Nord-Ouest français, véritable limite climatique et longtemps réputé trop frais et humide pour la viticulture. La Bretagne, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie et même la Lorraine connaissent depuis une quinzaine d’années une croissance, et ce, pour deux raisons : incontestablement le réchauffement global, mais aussi le besoin de nouveauté, d’originalité, de produits de terroirs locaux. La totalité des superficies en vignes de la France du Nord-Ouest est identique aux pertes des AOP entre 2023 et 2025. Pour l'avenir, on peut prévoir la continuation des arrachages dans le Sud-Ouest, en Languedoc, dans le vignoble de Cognac, et la probable progression dans tout le Nord-Ouest de la France.

Le modèle français des vins en appellations d’origine d’abord contrôlée puis protégée à l’échelle de l’Union Européenne a trouvé son apogée au cours des années 1980 et 1990. Depuis le début du XXIe siècle, ce modèle est à bout de souffle en raison de la concurrence des pays du Nouveau Monde et de la forte déconsommation de vin, mondiale en général et française en particulier. Si le marché des vins effervescents est toujours porteur, comme le montre l’importance relative des exportations de vins français effervescents, champagne et crémants (37 % en 2024), celui des vins tranquilles est davantage à la peine, notamment sur les vins rouges qui ne représentent plus que 45 % des exportations de vins.

Une consommation, déconsommations

La vitiviniculture a toujours évolué sous la contrainte sous l’effet de crise majeure. Il en fut ainsi pour la création des AOC et de l’Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO) dans la première moitié du XXe siècle. Actuellement la crise vitivinicole est multiforme et couve depuis près d’un quart de siècle et les vignerons français attendent des mutations majeures pour sortir de l’ornière dans laquelle ils sont plongés. Pour comprendre cette baisse de déconsommation, beaucoup a été écrit. Le vin-aliment, c’est fini et il est devenu essentiellement le vin de la détente, de la fête, des fins de semaine entre amis, des soirées après le travail ; les modes de consommation ont changé surtout chez les jeunes pour qui le vin parle moins que d’autres boissons ; il faudrait penser à des boissons à base de vins qui ne soient pas uniquement que du vin, comme le vin désalcoolisé mélangé ou non à des sodas, à des bulles...

Soit. Mais si le vin est un produit de consommation comme les autres boissons, il est aussi un produit culturel. Il joue sur les deux tableaux. Comme produit de consommation, il connaît la courbe des autres produits de consommation : passé un sommet, l’attraction décline, l’effet marketing ne fonctionne plus, la courbe de consommation baisse et si rien n’est fait, si le produit n’est pas relancé par de la pub et/ou une forme d’innovation, le produit décline pour atteindre un plateau bas dont il est difficile de remonter. Comme produit culturel, le vin suit de près la conjoncture géopolitique et économique internationale. L’ambiance générale est défavorable depuis plusieurs années : après la crise covid, la société mondiale a dû encaisser la guerre en Ukraine, la réélection de Donald Trump aux Etats-Unis, de ses coups de sang dans son pays d’élection et à l’international, en trois mots l’instabilité géopolitique mondiale.

L'exposition à l'export

Et last but not least, la conjoncture économique n’est pas au beau fixe et s’est même détériorée depuis 2009, plus fortement en 2020. A chaque fois que le contexte économique subit les soubresauts de phases de crises, les exportations de vins reculent systématiquement (voir encadré). Ces contextes ne portent pas à la fête et ne favorisent pas la consommation de vin, malgré le renouveau viticole constaté dans le Nord-Ouest français qui reste pour l’instant marginal, et qui est loin de compenser les pertes en surfaces viticoles dans le Sud de la France. Les effets de ces crises avec succession de paliers et de baisse marquée démontrent le caractère mondialisé de l’économie du vin très sensible à la conjoncture. Le vin présente un double caractère de produit agro-alimentaire culturel, non nécessaire et de luxe. Il est l’un des premiers produits à régresser en cas de crise.

En 2024 les exportations de vins et spiritueux représentent 21 % des exportations totales de produits agro-alimentaires. Les vins de Champagne, Bordeaux et de Bourgogne représentent les 2/3 des exportations de vins. Leur rôle économique comme créateur d’emplois et de développement territorial est donc fondamental. Au sein même de la balance commerciale des produits agro-alimentaires, les vins et les spiritueux sont en première position (13,7 milliards d'euros) devant les céréales (5,5 milliards €), les animaux vivants (2,2 milliards €) et les produits laitiers (2,1 milliards €). La balance commerciale des vins et spiritueux permet de compenser la faiblesse de la balance commerciale de produits agro-alimentaire (3,6 milliards €, seulement) qui serait négative sans leur précieux concours.

Si l’année 2025 est si mauvaise pour les produits agro-alimentaires (-3,4 milliards € de balance commerciale), elle s’explique par une détérioration de la balance commerciale des industries agro-alimentaires (-9,4 milliards €) qui est structurellement en déficit depuis plus de 30 ans et à un moins bon score de certains produits agricoles bruts comme les produits laitiers, les céréales, les farines… Mais, contrairement à ce qui a été dit et surtout craint, pas particulièrement à cause des vins et des spiritueux (+12,8 milliards €), malgré un contexte très difficile aux Etats-Unis et en Chine, toujours concurrentiel à l’international et une baisse sur un an de la balance commerciale de 1 milliard des vins et des alcools.

La récurrence des crises économiques et géopolitiques et leurs conséquences sur les exportations de vins dans le monde
  • 1974 : guerre du Kippour et premier choc pétrolier
  • 1979 : guerre israëlo-arable, second choc pétrolier avec inflation et récession
  • 1987 : Krach d’octobre du marché obligataire puis des actions à Wall-Street
  • 1993 : Crise du système monétaire européen
  • 2000 : éclatement de la bulle internet avec des répercussions en 2001 et 2002
  • 2008 : Crise des subprimes aux Etats-Unis
  • 2015 : Krach boursier en Chine, avec des répercussions boursières aux Etats-Unis
  • 2020-2021 : crise de la Covid
  • 2022-2023 : guerre en Ukraine, suivie par une forte inflation
  • 2024, réélection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis
  • 2024-2025, renforcement des taxes sur l’importation des spiritueux français en Chine
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