l fait encore nuit ce 27 janvier, lorsque les portes de l’atelier de l’agence Faupin de Chassagne-Montrachet (Côte-d'Or) s’ouvrent. À l’intérieur, un Bobard 809 attend de passer entre les mains du meilleur apprenti de France. Il est 7 h 30, Louis Gillot, 19 ans, est déjà concentré sur ses missions du jour.
Meilleur Apprenti de France (MAF), médaille d’or nationale, le jeune mécanicien en bac pro commence sa journée avec, devant lui, une fiche qui résume le travail à faire. « La veille, on lui explique ce que le client attend, indique Emmanuel Mignot, le responsable de l’agence. Cette fiche apporte rigueur et méthode. »
Objectif de la matinée : installer des descentes pour engrais liquide sur les coutres des sous-soleuses montées sur les lève-traces du Bobard 809. Au-delà du montage mécanique, l’enjeu est aussi technique. Le client souhaite appliquer précisément 200 l/ha, un litrage peu courant pour ce type de montage.
Aux côtés de Louis Gillot, Guillaume Rico, mécanicien itinérant. Il observe, échange, conseille. Sur le choix des pastilles, il tranche rapidement : « 12, ce n’est pas bon. Il faut des pastilles de 10. »
Le Bobard 809 est équipé d’un pulvé avec une rampe à six descentes que Louis Gillot va transformer en épandeur à engrais. Seul, il démonte les deux descentes centrales : les quatre autres resteront en place et seront repliées lors de l’épandage.
Louis Gillot prépare ensuite le nouveau circuit. Il pose un filtre antigoutte équipé de la pastille sur les deux tuyaux qui apporteront l’engrais dans les coutres. « Avec la pression, le liquide passe. Dès que la pression tombe, l’écoulement s’arrête », montre-t-il.
Pour les couper à la bonne longueur, Louis abaisse les lève-traces et positionne les sous-soleuses en situation de travail. Il laisse pendre les tuyaux à l’extérieur de la rampe, entre le futur point de raccordement aux électrovannes et la canule, les fait passer dans un collier RGU pour éviter qu’ils ne s’accrochent – une adaptation 100 % made in Louis Gillot ! – puis ajoute une dizaine de centimètres afin de conserver du mou lorsque l’outil sera en terre.
Depuis son arrivée dans l’atelier, Louis a appris à composer avec une autre contrainte. Victime d’un grave accident, il conserve des séquelles à une jambe. « Je ne peux pas me mettre à genoux et je travaille rarement allongé sous les machines », explique-t-il. Pas de quoi l’arrêter. « J’utilise un petit siège pour m’installer sous les enjambeurs et, si besoin, j’appelle un collègue pour m’aider à me relever. »
Une fois les deux descentes en place, Louis appelle Benoît Laurent, un technicien expérimenté de l’agence, pour un premier contrôle visuel. Ce dernier valide l’installation. L’apprenti peut alors raccorder les tuyaux aux électrovannes du pulvé, en remplacement des descentes qu’il a démontées. Le circuit est complet.
Place alors au réglage du débit. Le client veut appliquer 200 l/ha à 5 km/h. Un calcul rapide lui indique qu’il faut débiter 1,66 l/min aux buses pour obtenir ce résultat. Il consulte alors le tableau des débits fourni par le fabricant des pastilles : elles devront délivrer 1,3 l/min à 3 bars. À 4 bars, la pression serait trop élevée d’après l’expérience des mécanos de l’atelier.
En cabine, Louis programme donc 1,3 l/min pour une pression de référence à 3 bars et la vitesse d’avancement. Puis il sort le tracteur sur la plateforme extérieure pour tester le débit réel. Les cuves sont remplies d’eau. Il place des récipients gradués sous les tuyaux puis enclenche la distribution. Premier essai : 1,80 l/min. Beaucoup trop élevé.
Louis Gillot réfléchit et propose une correction : « Programmer une valeur de référence inférieure à 1,30 l/min ? » Erreur. Guillaume Rico rappelle un principe clé de la régulation électronique : la valeur entrée dans la console n’est pas le débit réel. Pour corriger un débit réel trop élevé, il faut augmenter cette valeur de référence afin que le système ajuste la pression à la baisse. Louis ajuste et relance un test, mais le débit reste trop important. Il reprend alors calmement les paramètres et identifie l’erreur : la vitesse d’avancement n’avait pas été correctement intégrée.
Une fois les 5 km/h renseignés, il esquisse un sourire et souffle : « Ça devrait mieux marcher. » Nouvel essai. Le débit réel descend autour de 1,60 l/min. Louis programme 1,29 l/min sur la console et mesure 1,61 l/min dans ses éprouvettes. Un test à 1,28 l/min fait remonter le débit à 1,78 l/min. C’est trop. Emmanuel Mignot tranche : la machine sera réglée à 1,29 l/min : « En conditions réelles, le système s’équilibrera. Avec des pastilles, il est très difficile d’être précis au centième. »
Le réglage validé, le Bobard 809 et sa descente d’engrais liquide sont désormais conformes à la demande du client. Louis nettoie et range ses outils. Reste à reprendre le jeu au niveau des lève-traces, ce qu’il fera dans l’après-midi.
Tout au long de la matinée, le jeune mécanicien impressionne par sa méthode, sa patience et sa capacité d’adaptation. À l’atelier, l’entraide est une évidence. Ici, pas de discours sur « les jeunes qui ne veulent plus bosser ». Louis Gillot se projette déjà dans son futur métier. « Sûrement mécanicien itinérant comme Guillaume », se plaît-il à imaginer.
Vincent Feurtey, responsable marketing & communication chez Faupin insiste « Il faut aider, encadrer et expliquer. On ne laisse pas un apprenti se débrouiller seul avec quelque chose qu’il ne connaît pas et l’amener à faire une erreur dont il devrait, bizarrement, se souvenir comme d’une leçon. Ici, par exemple, Louis a révisé une tête de récolte d’un Bobard 827. Il ne l’avait jamais fait, mais il a été encadré du début à la fin par l’un de nos techniciens aguerris. »


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