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"Cépages résistants, ce n'est pas vendeur" Pour commercialiser les vins qui en sont issus, mieux vaut parler de leur goût et d'écologie

Pour vendre les cépages résistants aux consommateurs mieux vaut parler d’écologie, de respect de l’environnement et de leur goût que de leur comportement au champ. La preuve avec les vignerons mordus de ces variétés rencontrés au salon Vinea fin janvier.
Par Florence Guilhem Le 13 février 2026
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Marie-Laure et Olivier Femenias et leur fils, installés à Fontjoncouse (Aude) proposent trois cuvées de cépages résistants. « On fait goûter plutôt que d’expliquer et ça marche », observe-t-elle. Sur tous les salons, leur souvignier gris se vend mieux que leur chardonnay, à prix équivalent (13,25 €) - crédit photo : Florence Guilhem
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our sa 3e édition, Vinea, le Salon dédié aux cépages résistants, a réuni 22 vignerons le 25 janvier 2026 au caveau du domaine La Clausade, à Mauguio (Hérault). Parmi eux, Mickaël Raynal, du Domaine de Revel à Vaïssac (Tarn-et-Garonne) s’est engagé dans cette voie dès son installation, en plantant du muscaris, du souvignier gris et du solaris, avant d’élargir son encépagement avec de l’artaban, du vidoc et du cabernet cortis.

Aujourd’hui sur ses 12 cuvées, 3 sont en monocépage - muscaris, souvignier gris et solaris - et 9 associent 85 % d’un cépage résistant et 15 % d’un cépage oublié. « Au départ, j’ai gardé des cépages classiques pour que les consommateurs puissent se raccrocher à quelque chose de connu et qu’ils acceptent de goûter mes vins. Il fallait beaucoup expliquer les cépages résistants. C’est moins le cas à présent. Ils commencent à être plus connus, mais il reste encore un gros travail de pédagogie », reconnaît-il.

Sur ses étiquettes, volontairement sobres pour la plupart, il préfère parler de cépages rares ou atypiques plutôt que résistants. Il vend ses cuvées entre 9 et 19 € et les rares cuvées classiques qu’il produit entre 12 et 29 €.

Un marketing qui mise sur l’absence de traitements

Pour Arthur Houvet, associé au Domaine Sequentis, à Arthenac (Charente-Maritime) qui ne fait que des cépages résistants, le terme lui-même reste un frein. « Cépage résistant, ce n’est pas vendeur. Ça fait un peu techno, certains pensent même qu’il s’agit d’OGM. On communique plutôt sur ce qu’ils sont - une alliance entre des cépages anciens et actuels choisis pour leurs qualités organoleptiques - et sur le fait qu’on peut produire des vins avec très peu de traitements, voire sans », explique-t-il. Arthur Houvet vend trois cuvées, Miroir, un rouge assemblage de monarch et de vidoc, Reflet, un 100 % floréal, et Tandem 2023, un souvignier gris + floréal. Ses étiquettes sont épurées et illustrées d’insectes pour suggérer le respect de la nature. Les prix restent accessibles : entre 9,90 et 12,80 €.

Même approche environnementale pour Marie-Laure et Olivier Femenias, installés à Fontjoncouse (Aude) depuis 2018. Le message « Regardons l’avenir, cultivons sans pesticides » figure au bas des étiquettes de leurs trois cuvées de cépages résistants, deux blancs et un rouge.  « Comme c’était une évidence pour nous d’afficher ce message, on a créé une gamme spéciale pour ces vins baptisée “Obvius” », dit la vigneronne. Leur vente se fait principalement en direct et dans les salons grand public. « On fait goûter plutôt que d’expliquer et ça marche », observe-t-elle. Sur tous les salons, leur souvignier gris se vend mieux que leur chardonnay, à prix équivalent (13,25 €).

La dégustation, le meilleur ambassadeur

Pour Fabien Gaïde aussi, « la dégustation reste le meilleur ambassadeur ». À la tête du Domaine Julien de l’Embisque (AB), à Bollène (Vaucluse), ce vigneron s’est lancé progressivement dans les cépages résistants en 2020. Il a commencé avec des cuvées mêlant muscat et cépages résistants - Muscat Floral (muscat, floréal et voltis), Harmonie Ô bulles (artaban, vidoc et muscat) – avant de sortir en 2024 des cuvées composées uniquement de cépages résistants telles que Vitis Fortis (floréal et voltis) et Le Petit X° (artaban et vidoc), X étant ici le nombre 10 en romain.

« En choisissant X°, on était plus dans l’idée de souligner la légèreté de ce vin de 10° que les cépages résistants, avec une étiquette qui parle aux jeunes », précise-t-il. Le domaine ne fait pas de communication entre ces cuvées et ses autres vins. De même s’agissant des prix, entre 10 et 14 €. « On présente d’abord le nom de la cuvée, on parle ensuite des cépages, et ça marche », explique Fabien Gaïde. Ses deux nouvelles cuvées commencent à bien se vendre

Une rupture graphique

L’environnement, c’est aussi le cheval de bataille de Pierre Veyron, à la tête du Château Cajus depuis 1998, à Saint-Germain-du-Puch (Gironde). Ce vigneron assume une rupture graphique pour ses deux cuvées 100 % chambourcin, Zéro, accompagné de la mention “Zéro sulfite, zéro traitement, zéro pesticide”, et Le Résistant, terme voulant signifier ici que le domaine résiste à la facilité pour défendre l’environnement. Ce positionnement séduit dans les salons grand public et les magasins bio dans toute la France, « sauf dans ma région où je suis encore mal implanté », regrette-t-il. Leur commercialisation démarre lentement. Aussi après avoir fixé un prix à 12,50 €, Pierre Veyron l’a baissé à 10,50 €. 

Pas de percée auprès des professionnels

Si les cépages résistants n’ont pas encore touché un public plus large, la responsabilité en revient à la résistance des professionnels du CHR et du négoce français, selon les vignerons présents au salon Vinea. Quant à la grande distribution, « ce n’est même pas la peine d’aller frapper à sa porte », relève Mickaël Raynal. Olivier Sebe, à la tête du Domaine La Clausade depuis 2018, en bio et biodynamie, à Mauguio (Hérault), et qui a dédié 14 de ses 16 ha aux cépages résistants, ajoute : « La commercialisation de ces vins est toujours compliquée, car les professionnels de l’aval ne veulent pas les goûter. Pourtant, avec leur profil léger et facile à boire, leur expression aromatique et leur fraîcheur, ils correspondent à l’évolution des goûts. Ce sont les vins du futur ». Si le marché français reste frileux, les débouchés à l’export, notamment en Allemagne, en Belgique, en Angleterre, au Canada, à Singapour et au Japon sont bien réels, en particulier pour les vins blancs.

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