éunis au musée d’art décoratif, ils ne sont pas venus faire de la figuration : 60 grands crus classés en 1855 du Médoc et de Sauternes ont fait salle comble ce dimanche 8 février au musée des Arts décoratifs du Louvre, la veille de l’ouverture du salon Wine Paris, avec une liste fermée depuis des jours à 600 inscrits. « C’est un vrai succès » constate Philippe Castéja, le président du conseil des grands crus classés en 1855, expliquant l’idée d’une dégustation en complémentarité de Wine Paris, « sans s’immiscer dans le salon », et de la place de Bordeaux, les propriétés sensibilisant les dégustateurs professionnels aux grands crus qu’ils pourront retrouver auprès des négociants présents sur le salon (9-11 février à la porte de Versailles).
Avec un visitorat français, de cavistes et sommeliers, et des professionnels étrangers, de toutes nationalités, « nous montrons que le classement de 1855 est toujours la locomotive qui fait avancer les vins de Bordeaux » se félicite Philippe Castéja. Notant qu’avec une demande qui frémit à nouveau pour les crus du Médoc et de Sauternes, « il ne faut pas grand-chose pour que ça redevienne positif ». D’autant plus que l’on a du mal à imaginer les chose prendre un tour plus négatif. « C’est l’éternelle question de savoir si l’on a touché le fond de la piscine » reconnait le président du conseil de 1855.
Sous un chaud soleil hivernal, ce tour de chauffe mettait en avant les millésimes prêts à boire (pas de millésime plus jeune que 2020 pour les trois vins maximums présentés par propriété). Une mise en avant des vins disponibles alors que les stocks pèsent dans les propriétés et dans les négoces, et que les primeurs du millésime 2025 arrivent ce printemps. Une présentation et un lancement commercial qui n’inquiètent pas Philippe Castéjà : « des primeurs sur un grand millésime de qualité, sans trop d’alcool et avec pas mal de fruits, sur un volume peu important, ça va marcher. A moins d’une catastrophe extérieure. »
Dans la lignée des exceptionnels millésimes 5, le 2025 risque-t-il de connaître le même accueil mitigé que le superbe 2022 qui est passé à côté de son marché en affichant des hausses de prix incomprises ? Pas pour Philippe Castéjà : sur le 2022 « on était sur un millésime important en volumes. 2025 est très réduit en production, dans les grandes AOC on est à 30 hl/ha d’une très belle qualité. » Si la production est réduite, il n’y a pas de pénurie à prévoir ou craindre : « on ne va pas manquer de vin, c’est ridicule de dire que l’on ne peut pas répondre à toute la demande » balaie l’ancien président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB, de 1992 à 1994 puis de 1996 à 1998).
« Les professionnels de la distribution devront avoir du millésime 2025 » martèle le propriétaire de grands crus classés et de négoces bordelais. Mais l’enjeu des achats n’est pas primeur que la couverture de l’approvisionnement en volume, s’y logé également la promesse que le prix de commercialisation augmentera, ou du moins ne baissera. « Le prix d’ouverture doit être attractif. Dans un grand millésime comme 2025, le prix en primeur est une chose, c’est avoir l’approvisionnement pour les marchés qui en est une autre pour les distributeurs » estime Philippe Castéja, qui s’appuie sur un optimisme né à la récolte des raisins et renforcés lorsqu’il a vu le résultat en cuve : « il n’est pas possible que les primeurs 2025 ne marchent pas ». Reste pour le marché l’attente d’un signal sur les prix : « le signal prix a été donné avec le 2024. Ce sera d’autant plus compliqué de baisser plus en 2025 que le diviseur de volume n’est pas au rendez-vous avec la faible récolte » prévient Philippe Castéja.




