Libres", c'est le mot d'ordre des vins sous IGP Pays d'Oc sur leurs stands à Wine Paris, c'est la devise des paroles de Jacques Gravegeal, le président-fondateur du syndicat viticole, pour fixer leur fixer un avenir désirable. « Aujourd’hui, les éléments pour aller chercher de jeunes consommateurs pour Pays d’Oc sont le sans alcool et les cépages Bouquet » pose-t-il, affirmant des propositions fermement basées sur l’expérience et non de simples tendances. « J’ai dégusté des vins 0 degrés d’alcool Pays d’Oc. Je dis bien des vins Pays d’Oc sans alcool. Heureusement que j’étais assis, j’étais deux culs. Il y a deux ans, les vins sans alcool étaient dégueulasses. Maintenant, des producteurs y sont arrivés en dépensant des millions d’euros. Leurs vins sans alcool sont de mieux en mieux » partage le vigneron du Pic Saint-Loup (Hérault), soufflant les noms de Castel et des Grands Chais de France (GCF).
En ajoutant au vin sans alcool les réductions de 80 à 90 % des traitements phytos des variétés de vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium (« 2 traitements, il faut le dire, c'est mieux que 8 à 10 »), c’est le jackpot pour Jacques Gravegeal : « du vin sans alcool et des cépages résistants sans traitement, c’est une réponse à la tendance sociale du sans sucre, sans sel… Et vous avez du sans alcool et du sans traitement. Ce sont de nouveaux espaces commerciaux qu’il faut saisir aujourd’hui. » Les cahiers des charges IGP n’étant qu’une partie de l’équation pour concrétiser ces pistes, la dénomination même des vignes résistantes étant une source de tensions entre monde scientifique et attentes économiques.
Fervent défenseur des obtentions d’Alain Bouquet, Jacques Gravegeal se dit « arc-bouté » sur leur dénomination commerciale : « les Bouquet sont très bien. Je les appelle Grenache Bouquet, car vraiment c’est du grenache, mais on bute sur la législation française qui est intransigeante sur le sujet. » Les gardiens du temple ampélographique refusant que des vignes obtenus par croisements interspécifiques puissent se revendiquer du nom de leur parent Vitis vinifera, qui plus est prestigieux. Une vision déconnectée des réalités, notamment concurrentielles, pour Jacques Gravegeal : « pendant ce temps, les autres avancent. Les Italiens vont devenir les premiers référents mondiaux du vin avec leurs pépinières et leurs cépages résistants cabernet volos que j’ai trouvé en IGP Veneto » s’exclame le président de la première IGP de France.
Craignant que les débats français sur le noms des obtentions Bouquet ne soient qu’une entrave nationale laissant le champ libre aux initiatives italiennes, comme les variétés résistantes merlot khorus ou savignon kretos. « C’est un peuple de commerçants qui a très bien compris le marché. Ils ont suivi le basculement de la consommation de bulles, les volumes de prosecco dépasse les champagnes, les cavas… Alors qu’en France, on est passé trois fois devant le Conseil d’État parce que les crémants nous interdisent de faire des bulles IGP pour préserver leur pré carré… » soupire Jacques Gravegeal, qui imagine une astérisque marquant la résistance aux noms de cépages emblématiques. Qui ne sont pour lui pas internationaux, mais français. Et libres, même dans la dénomination de leurs descendants ?




