C’est un marasme sans nom, un carnage pour toute la filière. L’arrachage des vignes est colossal. Pour cette année, je ne vois pas de signaux de redressement, je m’attends à nombre de procédures de liquidation tant la crise est profonde » constate sans appel Philippe Hébrard, le directeur général de la cave coopérative de Rauzan (2 950 hectares pour 230 coopérateurs produisant 110 000 hectolitres en 2025). Depuis 2008, ce dernier observe que 40 % des surfaces ont été perdues dans les AOC régionales de Bordeaux. La coop de Rauzan, elle, a perdu 7 % en potentiel de production sur cette même période.
Une situation qui a engendré des réajustements : réduction de consommation des intrants, renégociation des tarifs des fournisseurs, suspension des investissements depuis 2021, réduction de la masse salariale. Ainsi trois salariés partis à la retraite en 2025 ne sont pas remplacés. Idem pour les quatre qui vont quitter l’entreprise d’ici 2027. Il restera trente-quatre 34 permanents contre 41 en 2024.
Pour autant pas question de baisser les bras. En 2025, dix nouveaux coopérateurs ont intégré la cave. Des pourparlers sont menés avec des sociétés étrangères agro-alimentaires désireuses de devenir adhérentes de la coop. De même, la coop mise sur des marchés AOC valorisés, tels que les moelleux qui progressent en part de marchés, avec un cours du tonneau qui grimpe (1 400 €/tonneau) ou encore les bulles avec des crémants qui plaisent. Reste un vaste chantier à l’échelle de Bordeaux : « On n’est pas assez agressifs, pas assez virulents et trop mous. Il faut redorer l’image des Bordeaux, cultiver notre image de grands vins » martèle Philippe Hébrard. Ce dernier se plait à rappeler que "Noste Terra", Entre-Deux-Mers rouge, à 15 € prix consommateur, fait un tabac. En juin 2025, 6 000 cols sont sortis, partis comme des petits pains en deux mois. Du coup, il a fallu refaire une mise !
A Gaillan en Médoc, Laurent Vaché, directeur général de la coop Uni-Médoc ( 740 ha, 100 coopérateurs, 30 000 hl) le reconnait : « la résilience des viticulteurs s’assèche. On est au bout. Faire le dos rond n’est plus possible. Il n’y a pas de retournement de cycle à attendre. Nous sommes dans la phase qui fait mal avec des dépôts de bilan, des arrêts, des liquidations. Mais nous devons avoir la volonté farouche de nous créer un avenir, lequel passe par notre capacité à trouver de nouveaux consommateurs. Il y a des zones en Asie du Sud Est et en Amérique du Sud à exploiter en nous tournant vers les classes moyennes émergeantes, notre cœur de cible. Il n’y aura plus d’Eldorado comme on l’imaginait en Chine » explique-t-il. Tout en jouant le local.
Des partenariats ont été passés en direct avec trois enseignes de la grande distribution. Face à des moyens financiers « affaiblis », la coop a fermé deux sites de vinification. Histoire de réduire les coûts. Ne restent que le site de Prignac et de Bégadan. Pour autant, pas de repli sur soi mais le souci de garder de la visibilité. Ainsi la coop est présente dans les grands salons, tel que Wine Paris, Prowein, Prowein Tokyo. « Nous devons chercher de l’additionnel au niveau des marchés et au niveau des hectares ». En 2025, un coopérateur est venu rejoindre les adhérents d’Uni-Médoc.
« Tout le monde est fragilisé. Des sites vont disparaitre. On ne reviendra pas en arrière » indique de son côté Philippe Cazaux, directeur général de Bordeaux Families, à Sauveterre-de-Guyenne. La coop qui réunit 300 coopérateurs sur 5 000 ha à Sauveterre-de-Guyenne, est dotée de cinq sites de vinification. Pour le moment. « En fonction de la récolte, on s’adaptera » souligne-t-il. Son maitre mot ? Savoir s’adapter aux évolutions du marché. « C’est quand tout va bien, qu’il faut songer à changer, même si ce n’est pas évident. C’est un état d’esprit. » Et de citer les voies de diversification empruntées : celle du crémant dès 2016 (15 000 hl la première année contre 40 000 hl en 2025) et celle des vins sans alcool, avec une unité de désalcoolisation inaugurée en janvier 2024.Col



