Les vignes non cultivées et les repousses de porte-greffes présentes sur les talus et les bords des cours d’eau ainsi que dans les parcelles mal arrachées peuvent être des réservoirs du phytoplasme de la flavescence dorée et des zones refuges pour son vecteur, la cicadelle Scaphoideus titanus. Les éliminer est donc essentiel, et même obligatoire. « Depuis juin 2025, le non-arrachage de parcelles à l’abandon dans les zones à risque est passible d’une amende de 5e classe pouvant aller jusqu’à 1 500 € », rappelle Lysiane Grivel, chargée de mission vigne à la Fredon Occitanie. Jérôme Blésa, viticulteur et responsable compte client Adama région Sud, précise que ces vignes ensauvagées constituent un risque de propagation dans un rayon de 500 m, soit « la distance que peuvent parcourir les cicadelles adultes ».
« Le matériel utilisé lors des travaux en vert peut propager les larves de cicadelles d’une parcelle à l’autre par l’intermédiaire du feuillage resté coincé dans les engins. Au sein d’une même exploitation, on a pu constater des symptômes de flavescence dorée dans des parcelles très éloignées les unes des autres », alerte Lysiane Grivel. D’après elle, il faut penser à retirer les débris végétaux des écimeuses, rogneuses ou autres entre chaque parcelle. Et si l’on fait appel à un prestataire, « il faut le sensibiliser pour qu’il fasse cet effort ».
Romain Tourdias, conseiller à la chambre d’agriculture de Gironde, abonde. « C’est en raison de ce risque de propagation par le matériel que, lorsqu’une parcelle est contaminée, on prospecte l’année suivante l’ensemble de l’exploitation. » Jérôme Blésa précise, lui, que « l’engin ne transporte que les cicadelles, via les feuilles, mais pas le pathogène lui-même ».
Les mesures de lutte obligatoire sont définies chaque année par arrêté préfectoral et portent sur des zones délimitées. « Le nombre de traitements à appliquer, de zéro à trois, est communiqué en début d’année, rappelle Romain Tourdias. Ensuite, les dates d’intervention sont données au printemps. » Le premier traitement est positionné un mois après la détection des premières éclosions.
En matière de produits, « il reste les pyréthrinoïdes, tous robustes en conventionnel ». En bio, il y a Pyrévert et Lumiere. On trouve aussi « quelques produits à base d’huile d’orange douce, plutôt à utiliser en association », souligne Romain Tourdias. À noter que ceux-ci, bien que disposant d’une AMM toutes cicadelles, ont une efficacité insuffisante contre S. titanus. Ils ne peuvent donc pas être employés pour les traitements obligatoires. « Mais ils peuvent être appliqués en complément des traitements obligatoires dans les zones fortement touchées, de préférence un peu avant le premier traitement obligatoire pour toucher les premiers stades larvaires », souligne Lysiane Grivel. Jérôme Blésa met en avant Klartan Smart, Mavrik Smart et Talita Smart (tau-fluvalinate), un pyréthrinoïde signé Adama. « Il est intéressant par son efficacité, mais aussi par son faible impact sur les auxiliaires et les pollinisateurs. En plus, il a un effet contre la cicadelle verte. » Il ne peut être appliqué que deux fois par saison. Ainsi, le viticulteur le recommande « en deuxième et troisième interventions, moments où les auxiliaires sont les plus présents. Il s’utilise à 0,2 l/ha contre la cicadelle de la flavescence dorée, et à 0,3 l/ha si l’on vise aussi la cicadelle verte ».
De l’avis de tous nos experts, la qualité de la pulvérisation est primordiale pour assurer une bonne efficacité des insecticides. Celle-ci passe par « un épamprage soigné en début de saison, explique Romain Tourdias. Comme les larves se situent d’abord sur cette végétation basse, cela permet de réduire la pression en éliminant une partie d’entre elles, tout en obligeant celles qui restent à remonter dans le feuillage, où elles seront alors atteintes par le traitement ». Côté matériel, l’idéal est « un face-par-face, avec un panachage des buses, avec plus de débit en bas de la végétation, là où on trouve le plus de larves ». Lysiane Grivel abonde et recommande aux vignerons qui n’auraient pas pu épamprer au préalable, d’adapter, lors du premier traitement, la direction des buses vers le bas des souches. Jérôme Blésa préconise, quant à lui, de travailler avec des volumes par hectare plus élevés : par exemple 200 l/ha quand d’ordinaire on utilise 100 l/ha. « On peut aller jusqu’à doubler les quantités d’eau. On est plutôt sur des produits de contact, il faut donc augmenter la surface de contact. »
Pilier de la lutte contre la flavescence dorée, les prospections collectives se déroulent différemment selon les régions. Reste qu’elles sont planifiées à l’échelle de l’ensemble du vignoble – que ce soit dans le Bordelais, en Bourgogne ou dans le Languedoc – par les Fredon, FDGDon et GDon avec la participation des professionnels. « C’est très intéressant d’y participer, expose Jérôme Blésa, d’un point de vue sanitaire bien sûr, mais aussi parce qu’en fonction des résultats, il est possible d’aménager la lutte en réduisant le nombre de traitements obligatoires, voire en les supprimant. »
Ces chasses aux symptômes s’effectuent en fin de saison, entre la maturation des baies et la chute des feuilles, et nécessitent une formation préalable. Pour ne manquer aucun pied suspect, Jérôme Blésa conseille aussi « d’être le plus nombreux possible et de passer a minima tous les quatre rangs dans les vignes en gobelet et tous les deux rangs dans les vignes palissées ».
Ces prospections collectives peuvent être complétées par un suivi individuel. Si vous détectez un pied symptomatique, il faut le déclarer au GDon, à la Fredon locale ou au Sral-Draaf. Il s’agit d’une obligation. En vue d’optimiser les prospections et de faciliter la déclaration des ceps suspects, plusieurs vignobles ont développé des applications spécifiques : Vigifl@v en Occitanie, Vigie Bourgogne…
Dès qu’un pied est symptomatique, il faut l’arracher. « Et s’il y a plus de 20 % de pieds touchés, c’est l’ensemble de la parcelle qu’il faut arracher. Depuis 2021, le taux se calcule sur trois années consécutives. C’est-à-dire que s’il y a eu 10 % de pieds symptomatiques l’année précédente et de nouveau 10 % l’année en cours, la parcelle doit être arrachée », précise Lysiane Grivel. Romain Tourdias rappelle qu’il est nécessaire d’« arracher le cep et tout son système racinaire, pas juste le couper. Sinon le pied reste un réservoir potentiel de phytoplasmes. Les repousses de porte-greffes, qui peuvent être contaminées mais qui n’expriment pas de symptômes, doivent aussi être éliminées ». Lysiane Grivel précise qu’il est possible de couper le cep à condition de le dévitaliser pour éviter les repousses de porte-greffes. « Il faut se dire : quand j’arrache un pied, j’en sauve sept », ajoute Jérôme Blésa.
La période idéale pour effectuer ces arrachages a lieu avant les vendanges, « afin d’éviter la propagation via la machine à vendanger ». Il est aussi possible d’agir en deux temps. « Dès la découverte d’une souche atteinte, on supprime le feuillage afin d’éviter que d’autres cicadelles qui auraient survécu aux traitements se nourrissent sur ce pied et contaminent par la suite d’autres ceps. Le mieux est de sortir ce feuillage de la parcelle et de le brûler. Puis, dès que l’on dispose du matériel nécessaire, on retire le reste de la souche. » Lysiane Grivel note que les vignerons arrachent plutôt durant l’hiver, l’opération devant être terminée avant la reprise de la végétation, soit entre le début et la fin mars selon les régions.


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