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Huit conseils pour faire face aux fortes pressions du mildiou dans les vignes
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Maladie
Huit conseils pour faire face aux fortes pressions du mildiou dans les vignes

Face aux fortes pressions de mildiou, les conseillers recommandent de ne pas prendre de risque en début de campagne, d’assurer une pulvérisation efficace, de recourir à des produits robustes en adaptant leur renouvellement au lessivage et à la pousse. 
Par Christelle Stef Le 09 février 2026
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Huit conseils pour faire face aux fortes pressions du mildiou dans les vignes
Attaque de mildiou sur feuilles - crédit photo : Christelle Stef
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Pas de risque pour le premier traitement 

« Dans nos conditions climatiques, la règle est d’intervenir si les trois conditions suivantes sont réunies, explique Thierry Massol, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Tarn : dès que les œufs de mildiou sont mûrs, la vigne réceptive (2 à 3 feuilles étalées) et qu’une pluie contaminatrice est annoncée (au moins 5 mm avec une température d’au moins 11 °C). On ne prend pas de risque. L’objectif est d’assurer la récolte. » Le technicien recommande notamment la plus grande vigilance dans les parcelles plantées avec des cépages très sensibles : mauzac, loin de l’œil en blanc et merlot, gamay en rouge. « Dans ces parcelles, la protection peut démarrer dès 2 à 3 feuilles étalées si les conditions sont réunies, l’objectif étant de limiter les contaminations élites pour ne pas avoir trop de contaminations secondaires par la suite. » Pour déterminer le bon moment, il recommande de se fier aux modèles – ceux utilisés par les BSV pour établir leurs prévisions ou DeciTrait – ainsi qu’aux applications météo.

Même recommandation de Michael Duriaux, responsable technique vigne Bayer Cropsciences. « Le positionnement du premier traitement est crucial. Il ne faut pas le négliger. S’il est effectué trop tardivement, le vigneron va courir après la maladie durant toute la saison et sera en difficulté. Le triptyque œufs mûrs, vigne réceptive et pluie contaminatrice annoncée conditionne ce premier traitement. Il ne faut pas attendre la sortie des premières taches et intervenir avant la première pluie contaminatrice déterminée par l’OAD Movida Grape Vision que nous proposons. »

Dans le Mâconnais, Florent Bidaut, de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, rappelle que dans sa région, la règle générale est de laisser passer la première contamination et de positionner le premier traitement entre la sortie de tache avérée issue de cette première contamination et la prochaine pluie annoncée dans le but d’éviter les repiquages. Mais ponctuellement, il recommande de traiter plus tôt dans les secteurs à forts risques, sujets à des contaminations assez fortes en saison. « Là, on ne prend pas le risque de laisser passer cette contamination primaire qui peut s’avérer massive et l’on anticipe la protection surtout si la vigne est déjà à un stade avancé avec 4 à 5 feuilles et des inflorescences déjà visibles. » Le conseiller précise aussi que les viticulteurs doivent se tenir prêts plus tôt qu’avant. « Classiquement, le risque mildiou débutait début mai. Mais 2024 et 2025 nous ont montré que les œufs pouvaient arriver à maturité 2 à 4 semaines plus tôt, alors que la vigne débourre plus précocement. Celle-ci est donc réceptive plus tôt et davantage exposée car elle se développe plus vite. »

2 Des contacts pour démarrer…

Classiquement, les vignerons effectuent le premier traitement avec 200 g de cuivre qu’ils associent à du soufre en cas de risque de black-rot (à renouveler à chaque pluie de 20 mm). Mais selon Thierry Massol, compte tenu des fortes pressions et des retraits de produits, un nombre croissant d’entre eux ont désormais recours au folpel ; soit seul, soit en mélange avec du fosétyl pour bénéficier de la systémie. « Souvent, ils démarrent avec du Mikal, une valeur sure, qu’ils appliquent avec des panneaux récupérateurs pour bien localiser et économiser le produit », observe-t-il. Certes, le folpel est classé CMR 2, mais « dans notre contexte Sud-Ouest avec les fortes pressions que l’on a, je ne vois pas comment faire sans, insiste le conseiller. Il reste une matière active référente, si elle est retirée, je ne vois pas comment les viticulteurs pourraient s’en sortir sur les cépages sensibles. »

Dans le Mâconnais, les viticulteurs qui travaillent en conventionnel démarrent généralement avec un mélange cuivre + phosphonates. « Cette stratégie est toujours valable dans la plupart des situations, estime Florent Bidaut. Mais suite aux années compliquées que l’on a vécues comme ce fut encore le cas en 2025, il n’est pas impossible que dans les zones très sensibles à la maladie, on aille sur des stratégies plus sécuritaires, avec du folpel dès le T1 associé soit à du fosétyl ou du méfénoxam. »

De son côté, Michael Duriaux cite le Pangolin DG, un produit de sa gamme à base de fosétyl-Al et de cuivre. « Il est intéressant en début de programme car il est non CMR et non sujet à des risques de résistance. Et il n’a pas été revu par l’Anses. Il reste donc utilisable aux conditions actuelles. »

3… et les plus robustes pour continuer

À la floraison et autour de la floraison sont les périodes où la vigne est la plus sensible à la maladie. « La floraison est la période la plus critique, explique Florent Bidaut. C’est là où il faut faire le plus attention s’il pleut beaucoup. Et le risque démarre dès qu’il y a des grappes visibles. » Durant cette période, le conseiller recommande de recourir à toutes les armes dont dispose le vigneron en haut de gamme : le Zorvec – « qui est devenu un pivot chez nous mais on reste sur une seule application » –, le Profiler, l’Enervin Active, mais aussi les associations à base de mandipropamid (Ampexio/Revoluxio) – « qui prennent de plus en plus de poids dans les programmes en raison de leur souplesse d’emploi vis-à-vis des mélanges ». Dans le Tarn, Thierry Massol précise que « l’application de Mikal jusqu’à la fleur est une stratégie qui reste fiable. Après, le viticulteur peut alterner avec de la zoxamide, notamment le Pajo ou Idaho (zoxamide + cymoxanil) ou Ampexio (zoxamide + mandipropamid) qui fonctionne bien et qui n’a pas de problème de résistances ». Lors de la période de forte sensibilité de la vigne, il cite également Profiler et Futura.

Sur cette même période de forte sensibilité, Michael Duriaux met aussi en avant le Mikal Flash et le Profiler. « Mikal n’est pas sujet aux résistances. Profiler l’est. Mais dans le cadre d’un programme adapté, il garde son intérêt et son efficacité grâce à son mode d’action unique sur le marché. En cas de suspicion de résistance, mieux vaut l’appliquer avant fleur à partir du stade grappe visible en situation non épidémique, quand le mildiou est maîtrisé, pour éviter d’exacerber les résistances. S’il n’y a pas de suspicion de résistance, il peut être positionné à la fleur. Une seule application est autorisée. »

En cas de forte pression, le responsable technique vigne préconise le Valiant Flash (fosétyl + folpel + cymoxanil), qui peut rattraper une contamination dans un délai allant jusqu’à 25 % du temps d’incubation du mildiou – mais pas au-delà.

4 Anticiper les renouvellements

Les conseillers sont unanimes : lorsque la pression est forte, il faut impérativement resserrer les cadences des traitements et anticiper les renouvellements. « Le pire scénario, estime Thierry Massol, c’est quand une forte pluie survient le 12e ou le 13e jour après un traitement avec un produit systémique. Dans ces situations, si une pluie est annoncée, il faut absolument anticiper le renouvellement du traitement à 10 jours, surtout pour les cépages sensibles. » Florent Bidaut est du même avis. « Concernant les renouvellements, il faut oublier les recommandations des firmes qui figurent sur les étiquettes. Car elles ont été établies sur des millésimes où la pousse est moyenne. Mais là, nous avons de plus en plus affaire à des à-coups de pousse avec des moments où elle est très active et d’autres où elle est ralentie. Ces dynamiques influent sur la rémanence des produits, que ce soit pour les contacts, les pénétrants ou les systémiques. L’an passé par exemple, entre le 28 avril et le 5 mai, la vigne est passée de 3 à 7 feuilles. Or, la plupart des vignerons avaient traité le 28 avril mais les 3 et 4 mai il y a eu des pluies : la moitié de la végétation n’était pas protégée. Y compris avec les systémiques car le produit s’est dilué dans la plante. Pour renouveler les traitements, il faut non seulement prendre en compte le lessivage mais aussi la pousse, y compris avec les produits systémiques. »

 

5 Se méfier des fortes rosées

« Les années avec fortes pressions de mildiou, les rosées qui maintiennent le feuillage humide jusqu’à des heures avancées de la journée sont parfois pires qu’une simple pluie, notamment pour engendrer des repiquages sur grappes (comme on a pu le voir sur le merlot) », explique Thierry Massol. Florent Bidaut l’a aussi constaté en 2025 : des parcelles ont été fortement attaquées alors que les vignerons avaient positionné les traitements au bon moment, avant les pluies et avec un appareil bien réglé. Dans ces situations, il soupçonne l’impact des rosées. « Les vignerons évitent de traiter en pleine chaleur et interviennent tôt le matin. Mais il faut que le feuillage soit sec pour que le produit reste en place. De plus, la rosée entretient la sporulation. Dans les parcelles sensibles à la maladie dans lesquelles il y a de fortes rosées, même s’il n’y a pas de pluies annoncées, il faut quand même renouveler les traitements. »

6 Gérer les résistances

Afin de limiter l’apparition des résistances, « la règle de base est d’alterner les matières actives, rappelle Florent Bidaut, en utilisant toute la palette disponible pour éviter les pressions de sélection, et d’intervenir en préventif ». Et en cas d’attaque et de symptômes très présents, « d’éviter les familles de produits pour lesquelles la résistance est très installée ».

7 Soigner la pulvé

Lorsque la pression est forte, la réussite des traitements passe par une qualité de pulvérisation optimale. Et sur ce point, rien de tel que le face par face, surtout si l’on est en bio et que l’on a recours uniquement aux produits de contacts. « Mais tous les viticulteurs ne sont pas équipés de descente dans le rang, rappelle Thierry Massol. Dans ce cas, avec les voûtes pneumatiques, au lieu de passer tous les quatre rangs, il faut passer tous les deux rangs pour essayer de faire du face par face et rentrer le plus possible dans la végétation, et ce pour la période qui va de 5 à 6 feuilles étalées à nouaison-fermeture de la grappe. » Si ce n’est pas possible, le conseiller recommande de composer des îlots avec les parcelles les plus sensibles au mildiou, dans lesquelles le vigneron renouvellera la protection en priorité en cas de pluie annoncée et auxquelles il réservera le face par face.

Florent Bidaut confirme que le face par face avec des descentes dans le rang est la configuration qui permet d’assurer la meilleure couverture, mais tous les viticulteurs n’en sont pas équipés, pour des raisons économiques ou de maniabilité. Peu importe le matériel dont ils disposent, indique l’expert, « il faut s’assurer que celui-ci soit correctement réglé, qu’il couvre bien toute la hauteur de feuillage et assure une répartition régulière et homogène de la bouillie. »

Lorsque les conditions sont extrêmes et que les traitements sont réalisés dans la précipitation, Thierry Massol estime que l’emploi d’adjuvants peut constituer un plus en permettant aux produits de mieux atteindre leur cible. « Certains viticulteurs changent également les buses et les volumes d’eau en fonction du taux d’humidité. Par exemple, s’ils traitent en fin de matinée quand il commence à faire chaud, ils changent les buses pour produire des gouttes plus grosses et montent à des volumes de 160 à 180 l au lieu de 110 à 120 l. »

Outre la qualité de pulvé, Michael Duriaux insiste sur la nécessité de bien respecter les doses préconisées. « Les circonstances économiques peuvent pousser un vigneron à réduire les doses mais cela peut mettre en péril la protection et provoquer des dommages sur la vigne. »

8 Une couverture sans faille jusqu’à véraison

Il faut assurer une couverture sans faille au moins jusqu’à la fermeture de la grappe, d’après Florent Bidaut. « Ensuite, le risque diminue. Mais il ne faut pas hésiter à poursuivre la protection du feuillage si de nouvelles pluies surviennent, afin de garantir la maturité et une bonne mise en réserve. » Même conseil de la part de Michael Duriaux, qui précise que pour ces derniers traitements, le cuivre reste le produit le plus adapté.

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