“Chaque année 25% des chantiers sont annulés à cause de la qualité des greffons” déplore Marc Birebent, directeur de Worldwide Vineyards. ”Les vignerons doivent choisir des bois sains, ramassés dans des parcelles saines, indemnes de maladies cryptogamiques. Dans le cas des variétés qui débourrent précocément, comme le chardonnay, le pinot noir, ou la syrah, ils doivent prélever les bois dans des parcelles tardives pour éviter de se retrouver avec des bourgeons en cours de débourrement ou déshydratés au moment du surgreffage.”
Le conditionnement et la conservation des greffons avant surgreffage sont primordiaux. Dans la Loire, Guillaume Careil, à la tête des pépinières Viaud, propose depuis 5 ans de stocker les sarments destinés au surgreffage dans une chambre froide. “Les vignerons nous apportent les sarments en vrac. On les met en fagots, puis on conditionne les fagots par deux ou trois dans un sac microperforé pour que l'air et l’humidité circulent bien. Ça évite qu’ils moisissent ou se dessèchent. Ensuite nous les conservons sur des palettes dans une chambre froide à 2,5 °C dont le sol est arrosé deux fois par semaine”. Un protocole exigeant garant d’une qualité de greffon optimal le jour J.
Chez Vitigreffe, les greffeurs sont argentins et boliviens. Chez worldwide vineyards, ils sont mexicains. “La pratique du surgreffage chez les sud-américains est historique”, explique Marc Birebent. “Habitués à greffer sur pied en Californie, ils ont l'expérience et la dextérité nécessaire au surgreffage”. Et ce n’est pas Antoine Barthelme, propriétaire du domaine Albert Mann, à Wettolsheim dans le Haut-Rhin qui dira le contraire. En 2020, en plein Covid, il s’est retrouvé à devoir surgreffer lui-même une parcelle de pinot gris faute de main-d’œuvre étrangère. “Marc Birebent nous a formé à la technique avec mon père. On a mis 30 heures pour surgreffer 500 pieds et n’avons obtenu que 80% de reprise. Le surgreffage nécessite de l'expérience, c'est inédiable. Il restait encore 35 ares à faire, on a préféré repousser le surgreffage à l’année suivante”, relate le vigneron.
“Contre la sécheresse avec un arrosage régulier. Au moins 20 l/cep de mai à juillet selon les températures estivales”, recommande François Chaudière, le fondateur de l’Epibiote à Servian dans l’Hérault.
“Contre le mildiou en les traitant toutes les semaines selon la pluviométrie, comme on le ferait pour le reste du domaine”, ajoute Olivier Yobregat, ingénieur agronome à l’IFV.
“Sans oublier les mauvaises herbes”, rappelle Jérôme Ragueneau, le co-fondateur de Vitigreffe. “Mais attention. Pas de désherbant chimique avant l’aoûtement complet de la greffe, et pas d’interceps au risque de faire des dégâts. Mieux vaut y aller à la main”, préconise-t-il.
Les greffons se doivent aussi d’être protégés contre les lapins et les chevreuils, friands des jeunes pousses. David Fourtout, propriétaire du château Les Mondeys à Conne-de-Laborde en Dordogne en a fait la mauvaise expérience “ La première année j’ai eu beaucoup de dégâts. J’ai dû retailler tous les greffons l’hiver suivant pour avoir des pieds bien droits. Au second surgreffage, j’ai anticipé et installé des avertisseurs sonores tout autour de la parcelle surgreffée pour faire fuire chevreuils et sangliers.” Heureusement pour le vigneron, les voisins habitent loin.


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