ttention sujet électrique. Le ministère de l’Agriculture met une forte pression sur les fabricants de pompes à vendange mobiles après les graves accidents survenus ces dernières années. Non seulement, il leur demande d’améliorer la sécurité des machines neuves, mais en plus il exige qu’ils se préoccupent de celles qu’ils ont vendues si elles sont dépourvues d’équipements de sécurité, en alertant leurs utilisateurs des risques qu’ils encourent. Amos et PMH refusent de s’exprimer à ce sujet. Socma fait preuve de la plus grande la réserve. Seul Bucher Vaslin veut bien exposer la situation.
« Tout a commencé en 2023, raconte Pascal Espiau, directeur technique de Bucher Vaslin. Après le Sitevi, tous les fabricants ont reçu un courrier du ministère de l’Agriculture nous demandant d’appliquer la directive machines de 2006 à nos pompes à vendanges et de nous assurer que c’était le cas sur le terrain », explique-t-il.
Concrètement, cette directive impose a minima la présence d’un arrêt d’urgence et d’un dispositif empêchant tout contact avec la vis d’Archimède lorsqu’elle est en fonctionnement. Dans ce but, les fabricants équipent leurs pompes de grilles de sécurité depuis plus de vingt ans. Mais comme elles gênent le passage de la vendange, bien des utilisateurs préfèrent s’en passer.
Par le passé, ces grilles étaient bien souvent en option. Du moins sur certaines pompes. « Des clients n’en voulaient pas, assure Pascal Espiau. Il arrivait même que des concessionnaires ne les proposent pas pour rester compétitifs face aux pompes italiennes, 30 à 40 % moins chers… mais avec des grilles dont la taille des mailles n’apportait qu’une faible protection».
De plus, dans les faits, ceux qui ont acheté des pompes mobiles équipées de grilles les ont bien souvent retirées car elles gênent le passage de la vendange entière ou du marc — alors même que ces pompes sont censées accepter tous les types de vendange. Dans le Rhône, un vigneron qui souhaite rester anonyme confie : « J’ai acheté la pompe à marc il y a plus de 15 ans. Je ne devrais pas le dire, mais j’enlève régulièrement le grille de protection car sinon, la vendange entière ne passe pas ». Un cas loin d’être isolé.
Bucher Vaslin l’assure, ces pompes peuvent être mise aux normes. Prix d’une grille pour une pompe PMV de cette marque : « environ 700€ HT » indique Pascal Espiau. Ce dernier encourage les utilisateurs à se rapprocher de sa société pour se mettre en conformité. «Nous réalisons des études au cas par cas pour accompagner les clients qui n’ont pas acheté la grille, l’ont découpée ou qui ont neutralisé les dispositifs de sécurité censés empêcher la pompe de fonctionner en l’absence de ces protections.»
Depuis que l’administration s’est penchée sur le sujet, les pompes neuves doivent répondre à des exigences plus élevées que celles de la directive machine et qui figurent désormais dans une norme Afnor (voir encadré). Ce changement a un coût. Mathieu Vigot, responsable de cave à la maison Louis Latour à Beaune, en a fait les frais. En 2024, il installe une nouvelle cuverie à Savigny-les-Beaune. En avril, il valide un devis de son fournisseur pour une pompe à rotor hélicoïdal Socma, destinée à décuver de la vendange égrappée. Montant annoncé : 14 250 € HT.
« Trois mois plus tard alors que nous attendions de recevoir cette pompe, Socma nous a contactés pour nous demander 2 500€ HT supplémentaires afin d’ajouter une grille vibrante indémontable et un clapet anti-intrusion en sortie de pompe », raconte-il. Des ajouts faits en réponse aux exigences de l’administration. « Ils nous les ont facturés au prix coûtant mais on n’a pas vraiment apprécié… » ajoute-il.
Côté utilisation en revanche, Mathieu Vigot en est satisfait après deux millésimes. « La grille ne peut pas être retirée et la vendange égrappée comme le marc passent sans difficulté. On décuve en toute sécurité ». Il concède toutefois que cela n’a pas toujours été le cas : « En 2010, nous avions acheté une pompe sans grille. Finalement j’en ai fait mettre une, car j’avais peur d’un accident avec le personnel saisonnier.»
A Tain l’Hermitage, Jean-François Farinet, œnologue et directeur technique de la cave chez Maison & Domaines Les Alexandrins est dans l’expectative. « Je suis en train de changer de matériel et j’aimerais savoir ce qui a changé sur les pompes et chez qui acheter du matériel de dernière génération. Or, je n’ai reçu aucune information à ce sujet de la part de mon fournisseur », indique-t-il le 21 janvier.
Sa cave est équipée d’une pompe à marc mobile dont la grille ne lui pose aucun problème pour décuver. En revanche, cet œnologue aguerri a eu affaire à des pompes bien moins pratiques. Mais d’après lui, il n’a jamais transigé avec la sécurité.
« J’impose des consignes de sécurité strictes à mes équipes : une personne est uniquement affectée au bouton d’arrêt d’urgence, pour arrêter la pompe en cas de problème, même si la grille est présente. Je ne travaille pas en autonomie avec ce type de pompe. J’ai toujours fonctionné comme ça. On sait que c’est dangereux : c’est la seule opération pour laquelle j’affecte une personne à plein temps à la sécurité » déclare-t-il.
Parue en juillet 2025, la norme NFEN17923 encadre désormais la sécurité des pompes mobiles destinées au transfert de la vendange fraîche, entière ou égrappée, et du marc. Cette norme impose la présence d’un grille vibrante indémontable, d’un clapet anti-intrusion à la sortie de la pompe et d’un bouton d’arrêt d’urgence au plus près de l’utilisateur.« L’objectif est de protéger les utilisateurs lors du décuvage tout en garantissant le passage de la vendange ou du marc», précise Pascal Espiau, directeur technique de Bucher Vaslin et membre du groupe de travail chargé de l’élaboration de la norme. Cependant si cette norme ne s’applique qu’aux pompes fabriquées depuis juillet dernier, toutes les autres doivent tout de même posséder des dispositifs de sécurité efficaces en application de la directive machine.


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