menu burger
Lire la vigne en epaper Magazine
Accueil / Gens du vin / La vista d'Alain Juppé pour amener les vins à Bordeaux malgré eux : "je dois dire que les gens du vin n’ont pas trépigné"
La vista d'Alain Juppé pour amener les vins à Bordeaux malgré eux : "je dois dire que les gens du vin n’ont pas trépigné"
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Droit dans ses bottes
La vista d'Alain Juppé pour amener les vins à Bordeaux malgré eux : "je dois dire que les gens du vin n’ont pas trépigné"

Nul n’étant prophète en son pays, l’ancien maire bordelais Alain Juppé se souvient que ses projets de Fête du vin et de Cité du vin ont dû s’imposer malgré les premières réticences de la filière. S’il tire un bilan positif de ses constructions, il garde le regret de la fin de Vinexpo Bordeaux.
Par Alexandre Abellan Le 31 janvier 2026
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
La vista d'Alain Juppé pour amener les vins à Bordeaux malgré eux :
« Curieusement, il ne se passait rien dans la ville autour du vin » rappelle Alain Juppé, ce 30 janvier à la Cité du Vin. - crédit photo : Alexandre Abellan
L

âchant les vannes et les piques ce vendredi 30 lors d’un entretien fêtant les 10 ans de la Cité du Vin qu’il a porté comme maire de Bordeaux, Alain Juppé tranche avec sa réputation de froide retenue : « les Bordelais ont mis un glaçon dans leur verre » lançait l’humoriste Laurent Gerra lors d’une représentation à la patinoire de Meriadeck : « bon, j'ai applaudi, j'ai applaudi » grince, crispé, Alain Juppé. Qui se décontracte et se réchauffe à l’évocation de ses souvenirs plus ou moins avouables* et surtout de ses projets pour mettre le vin au cœur de la ville de Bordeaux pendant ses 24 ans de mandat (de 1995 à 2019, avec une année à Québec en 2004 à la suite de sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris).

« Comment voulez-vous faire autrement, quand vous êtes maire de Bordeaux, que de ne pas immédiatement vous intéresser au vin ? » lance Alain Juppé, qui se rappelle avoir « tout de suite mesuré la chance qu'a Bordeaux de porter le nom de son vignoble éponyme, ou l'inverse, ce qui lui vaut un rayonnement international. C'est l’une des villes les plus connues au monde » comme il a pu l’expérimenter lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères (1993-1995 dans le gouvernement Édouard Balladur et 2011-2012 dans le gouvernement de François Fillon). Autre découverte pour Alain Juppé : « je me suis rendu compte assez vite que curieusement, il ne se passait rien dans la ville autour du vin » à part « un petit musée du vin (très bien tenu) » et « des fêtes dans les châteaux ».

À Bordeaux, on ne picole pas, on déguste

D’où l’idée de créer Bordeaux Fête le Vin en 1998 : « je dois dire que les gens du vin n’ont pas trépigné, ils n’ont pas sauté de joie. Il y en a un qui m'a dit : "mais les Bordelais ne viendront jamais sur les quais pour boire un verre de vin". J'ai persévéré. Finalement, les viticulteurs ont joué le jeu à fond, ils sont venus sur les quais. Et très rapidement, la foule est venue aussi » se rappelle, non sans fierté, Alain Juppé, pointant que « ce qu'il y avait de très réussi dans cette fête du vin, c'était le contact entre les visiteurs et les viticulteurs, qui échangeaient et qui ne se contentaient pas de boire un coup. Je dis toujours qu’à Bordeaux, on ne picole pas, on déguste. »

Rebelote avec l’idée de créer une Cité des Civilisations du Vin dans le quartier des Bassins à flot : « comme pour la fête du vin, ça n’a pas été l'enthousiasme spontané. Les grands crus me disaient qu’on n'a pas besoin de ça pour faire notre pub. Et puis les petits viticulteurs nous disaient que l’on tire déjà le diable par la queue, donc on aimerait que vous consacriez cet argent à d’autre choses. Bon, mais ça n'a pas duré, et si ça a marché, c'est parce qu'il y a eu une équipe formidable » salue l’ancien premier ministre.

Et Vinexpo est parti

Alain Juppé garde cependant un regret : la fin du salon professionnel Vinexpo Bordeaux, dont la dernière édition organisée par la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Bordeaux a eu lieu en 2019 avant de se délocaliser à Paris (avec l’évènement préexistant Wine Paris). « On critiquait les conditions d'accueil de Vinexpo [dans le parc des expositions de Bordeaux Lac]. On me disait, "mais c'est mal climatisé. Les étrangers qui viennent là sont habitués à des à des parcs d’expositions luxueux où tout fonctionne." On a complètement rénové le parc des expositions, on l'a climatisé, et cetera. Et Vinexpo est parti. »

Regrettant ce choix, Alain Juppé dit le comprendre d’autant mieux que « ce n'est pas moi qui décidais, ce n'est pas moi qui payais. Les organisateurs avaient des arguments [pour] contrebalancer la concurrence de ce salon qui a lieu en Allemagne [ProWein, à Düsseldorf] il faut Paris » pour attirer le visitorat international. Quand Alain Juppé plaidait pour la proximité avec le vignoble et les châteaux accueillant des soirées et moments de prestige : « je n'ai pas convaincu et Vinexpo est parti. Bon, c'est un peu dommage, c'est comme ça. »

Les femmes pensent que le rosé c'est une sorte de grenadine

S’il esquisse en creux un regret sur le manque de continuité à la tête de la mairie de Bordeaux (voir encadré), Alain Juppé indique avoir désormais « tourné la page de ma présence à Bordeaux » (habitant Paris) et ne pas avoir d’analyse de la crise viticole actuelle. Tout au plus relève-t-il les difficultés des exportateurs face aux incessants volte-face diplomatiques du président américain Donald Trump et la capacité d’adaptation du vin : « comme les gouts évoluent, il faut que le produit évolue. Et moi, je fais confiance à cette profession qui a toujours su faire preuve d'adaptabilité, de sens de l'innovation, de sens du commerce », même s’il regrette une chose : « il y a eu cette espèce d'épidémie, parce que c'était une maladie, du rosé chez les femmes […] parce que les femmes pensent que le rosé ce n’est pas de l'alcool, c'est une sorte de grenadine, c'est très rafraîchissant. Donc on a eu la mode du rosé et Bordeaux s'est aussi mis à faire du rosé. » Un trait accueilli entre rires et reproches par les 250 auditeurs présents ce soir.

Questionné par un spectateur sur le message à passer aux jeunes pour qu’ils boivent du vin, Alain Juppé répond par la modération et le plaisir en leur conseillant d’« essayer de comprendre ce qu'il y a derrière ou dans un verre de vin. C'est une histoire, c'est une mémoire. Ce sont des hommes et des femmes qui se sont consacrés à élaborer ce qui n'est pas un jus de fruit ou je ne sais quelle boisson un peu médiocre. C'est véritablement porteur d'une identité. Ça fait partie de ce qu'est la France aujourd'hui, de ce qu'elle a été tout au long de son histoire. Quand vous buvez du vin, pensez un peu à tout ça et surtout c'est bon. » L’ancien maire revendiquant « un vrai plaisir à boire du vin. Je ne sais pas si j'ai raison, avec l’âge je réduis un peu ma consommation. Mais il y a des moments où ça me manque. Alors, le premier verre de vin quand je n'en ai pas bu depuis trois jours, le bien-être qu'il diffuse dans tout le corps, j'adore ça. »

 

* : Questionné sur son premier verre de vin par le journaliste Jérôme Baudouin, rédacteur en chef de la Revue du Vin de France, Alain Juppé se souvient que « quand j'étais gamin, vers 13-14 ans, et que j'attrapais un gros rhume ou une grippe, j'avais droit à un petit verre de vin pour me redonner de l'énergie. Ça fait du sang, paraît-il. C'était ma première expérience du vin de Bordeaux, très modérée. » Relancé sur sa première ivresse, Alain Juppé se souvient d’un voyage en Europe de l’Est à ses 17 ans, l’amenant en plein hiver sur la Moscova : « en Russie, il y a une manière de se réchauffer qui est incontournable, c'est la vodka. J'avoue humblement que j'ai porté des toasts au camarade Khrouchtchev, parce que c'était lui qui était au pouvoir à ce moment-là, immédiatement après au général de Gaulle, à l'amitié entre l'Union soviétique et la France. Je n'avais jamais bu une goutte de vodka de ma vie et donc, au milieu du repas, j'ai filé sous la table en coma éthylique. Et je me suis réveillé le lendemain dans la baignoire de l'hôtel. C'était la première et la seule fois, je le précise. »

Devoir de réserve et État de droit

Ayant préparé des antisèches pour l’entrevue*, Alain Juppé avait aussi un joker quand il a été questionné sur la mairie actuelle de Bordeaux, tenue depuis 2020 par Pierre Hurmic, son historique premier opposant écologiste. « Quand il a été élu, je lui ai dit que j'ai du mal à vous féliciter parce que vous m'avez quand même emmerdé une fois par mois pendant 24 ans » glisse-t-il, restant pour le reste sur sa réserve de membre du Conseil constitutionnel ayant fait serment de neutralité et d’impartialité. « Je ne plonge pas dans l’arène politique, ni locale ni nationale. Je précise quand même que je n’en pense pas moins » lance Alain Juppé, sous les rires de l’auditorium Jefferson.

Assumant un départ précipité de la mairie de Bordeaux pour accepter la proposition de rejoindre le Conseil constitutionnel, Alain Juppé indique qu’il ne voulait pas se représenter aux élections municipales de 2020 : « je ne voulais pas faire le mandat de trop. Jacques Chamban Delmas a été un super maire de Bordeaux, il a fait des choses magnifiques dans cette ville. 48 ans de mandat, 10 ans de trop. Il était fatigué, il était malade. La ville s'était elle-même baptisée "La Belle Endormie" et elle avait réellement décliné. Je ne voulais pas me retrouver dans la même situation et j'avais donc décidé de décrocher. » Mais sa succession, assurée par le défunt Nicolas Florian, n’a pas été validée dans les suffrages. « Le résultat n’était pas complétement conforme à mes vœux » élude Alain Juppé, qui reste droit dans ses bottes face aux reproches et regrets bordelais : « je ne pense pas vous avoir trahi, je suis allé jusqu’au bout des engagements que j'avais pris et je pensais que la ville était prête à poursuivre sur cette lancée. Vous en avez décidé autrement. Je dis au passage une petite vacherie quand même. Ce que j'aime beaucoup, ce sont mes concitoyens, mes électeurs qui râlent, et à qui je dis, vous étiez où là le jour des élections ? "Ah, on était au Ferret ce jour-là". »

Au-delà des saillies, Alain Juppé appelle son auditoire à être « attentif à une chose : aujourd’hui notre démocratie est en danger, la démocratie représentative est en crise : on ne vote plus, les grands partis depuis 1958 ne sont pas en grande forme, les principes fondamentaux de la démocratie sont aujourd’hui perdus de vue ». Et de s’en référer à Montesquieu pour rappeler l’esprit des lois et des contrepouvoirs démocratiques : « quiconque a du pouvoir est porté à abuser du pouvoir. Il faut donc que, par la nature des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

* : Alain Juppé lisant ainsi du François Mauriac : « hier soir on a servi du Bourgogne à la maison, d’habitude nous buvons du vin ». Ainsi que du Michel Montaigne : « les désagréments de la vieillesse qui appellent soutien et réparation pourraient avoir avec raison éveillé en moi l'envie de boire, car c'est ainsi le dernier plaisir dans le cours des ans. La chaleur naturelle gagne d'abord les pieds, elle correspond à l'enfance, elle monte jusqu'au milieu du corps où elle produit selon moi les seuls véritables plaisirs que procurent les corps. Les seules voluptés, les autres voluptés ne sont en rien comparables. Et puis sur la fin, comme une vapeur qui monte et s'exhale avec l'âge, elle parvient au gosier où elle fait sa dernière pause. »

 

Vous n'êtes pas encore abonné ?

Accédez à l’intégralité des articles Vitisphere - La Vigne et suivez les actualités réglementaires et commerciales.
Profitez dès maintenant de notre offre : le premier mois pour seulement 1 € !

Je m'abonne pour 1€
Partage Twitter facebook linkedin
Soyez le premier à commenter
Le dépôt de commentaire est réservé aux titulaires d'un compte.
Rejoignez notre communauté en créant votre compte.
Vous avez un compte ? Connectez vous

Pas encore de commentaire à cet article.
vitijob.com, emploi vigne et vin
Gironde - Stage AMANIEUX SAS - Les ChaisBio-La Tonnellerie
Maine-et-Loire - Stage RGV GROUPE
Gironde - CDI DBR LAFITE
Gironde - CDD DBR LAFITE
La lettre de la Filière
Chaque vendredi, recevez gratuitement l'essentiel de l'actualité de la planète vin.
Inscrivez-vous
Votre email professionnel est utilisé par Vitisphere et les sociétés de son groupe NGPA pour vous adresser ses newsletters et les communications de ses partenaires commerciaux. Vous pouvez vous opposer à cette communication pour nos partenaires en cliquant ici . Consultez notre politique de confidentialité pour en savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits. Notre service client est à votre disposition par mail serviceclients@ngpa.fr.
Gens du vin
© Vitisphere 2026 -- Tout droit réservé