haque semaine, les clients qui franchissent la porte des magasins de l’Univers Noz, le leader européen du déstockage, découvrent des nouveautés. Vêtements, vaisselle, accessoires, livres… et aussi du vin, le tout à des prix sacrifiés. Parmi les bonnes affaires mises en avant par l’enseigne en novembre dernier : un rosé d’IGP Méditerranée à 2,99 €, un côtes-du-rhône rouge à 3,49 € et un prosecco rosé à 4,49 €. « À référence équivalente, ces prix sont en moyenne 40 % inférieurs à ceux de la grande distribution classique », assure Charlotte Voltz, manager de l’équipe marketing chargée du vin au sein du groupe.
En 2025, Univers Noz a écoulé pas moins de 10 millions de cols dans ses 350 points de vente en France. Le vin représente 4 % de son chiffre d’affaires et progresse régulièrement depuis 2022. « Notre réseau de points de vente s’étoffe chaque année, et depuis deux ou trois ans, nous commercialisons davantage d’AOP françaises au détriment des vins étrangers », détaille Charlotte Voltz.
Avec la crise, de plus en plus de vignerons se tournent vers ce type d’acteurs. « Nous offrons aux producteurs de se débarrasser rapidement de leurs invendus », complète la responsable. De quoi écouler des excédents, des commandes annulées ou des millésimes trop anciens.
Si les soldeurs restent discrets sur leur prix d’achat, l’un d’entre eux annonce la couleur : « Nos tarifs sont très bas. Ils ne rapportent pas d’argent aux producteurs, mais ils leur permettent de générer de la trésorerie et de purger leurs stocks. »
Chez Univers Noz, tous les vins sont dégustés afin de s’assurer de l’absence de défaut. « L’étiquette et la présentation entrent aussi en jeu, indique Charlotte Voltz. Pour nos clients, il est préférable que le nom de l’appellation apparaisse clairement. » À la réception de l’échantillon, le groupe se donne cinq jours pour répondre au producteur. La confidentialité est garantie. L’enseigne ne communique pas sur les noms de ses fournisseurs. En outre, ces derniers peuvent demander à ne pas être distribués dans certaines zones géographiques.
« Nous achetons tous types de vin, des cuvées d’entrée de gamme comme des vins de châteaux », expose de son côté Jean-François Berthier, directeur des achats d’Approstock, l’un des acteurs historiques du déstockage créé en 1983, au Gorgue (59), et dont les dix-sept magasins à l’enseigne ID Stock sont situés dans le Nord-Pas-de-Calais. Ici, le vin occupe une place particulière. ID Stock possède de vrais rayons vins proposant régulièrement des nouveautés. « Chaque point de vente propose environ 300 références », précise Jean-François Berthier.
En 2025, Approstock a vendu près de 800 000 cols toutes régions confondues, Les prix ? Là aussi, ils sont 30 à 40 % moins chers qu’en grande distribution. « Nous travaillons directement avec les vignerons, explique Jean-François Berthier. Chaque année, je me rends sur plusieurs salons pour présenter notre concept aux exposants. D’autres nous connaissent ou nous contactent directement sur notre site internet. »
Quand une offre l’intéresse, il répond généralement dans la journée. Pour déterminer le prix d’achat, il commence par calculer la moyenne des tarifs les plus bas observés sur les sites de drive de la grande distribution pour l’appellation en question et se positionne en dessous. Puis il tient compte des quantités disponibles, du millésime, du colisage, de la palettisation… « Je peux organiser l’enlèvement le jour même, si le vigneron le souhaite, précise-t-il. Il nous arrive aussi de payer à réception, et même de faire des avances à certains fournisseurs. »
À Bordeaux, Société Achat Discount (SAD) procède un peu différemment. « Nous sommes spécialisés dans les vins du Bordelais, indique ainsi Clément Bagillet, dirigeant de cette entreprise familiale qui commercialise 1 million de bouteilles par an. Basés au cœur de cette région de production, nous nous déplaçons dans les propriétés pour voir les vins. Tout est dégusté avant d'être acheté, c'est une étape importante surtout avec les vieux millésimes. Nous pouvons acheter des lots de 300 flacons comme des lots de 50 ou 100 000 cols»
SAD revend une petite partie des volumes dans ses deux boutiques, Destokeo à Libourne (33) et Desto à Bordeaux (33), et le reste à d’autres soldeurs en France et à l’étranger. « Nous nous attachons à préserver les circuits existants des vignerons », précise Clément Bagillet.
Reste que ce business commence aussi à subir les contrecoups de la baisse de consommation de vin. « Nous le voyons dans nos magasins, constate Jean-François Berthier. Pour donner un coup de pouce aux ventes, nous avons accentué les promotions du type “5 bouteilles achetées + 1 offerte” qui ont bien fonctionné. » Des promos sur des vins déjà soldés ? Il faut vraiment que notre filière aille mal pour en arriver là !
Marion Verwee, responsable des achats chez Stic Wines explique « Nous n’achetons que du vin, soit 6 à 7 millions de cols par an. Contrairement aux déstockeurs généralistes, nous n’avons n’a pas de magasins. Nous revendons les vins à des soldeurs dont nous ne communiquons pas le nom pour respecter la confidentialité de nos fournisseurs. La moitié des volumes s’envole à l’export. Je n’ai jamais été autant sollicitée par les vignerons qu’en 2025. On sent la crise. Je possède un fichier de 25 000 vignerons, mais je reste à l’affût de nouveaux fournisseurs. Je participe à une quinzaine de salons par an, j’envoie des mails, je donne des coups de fil, etc. La Bourgogne, la Provence et le Val de Loire sont de plus en plus recherchés par mes clients. Ils se montrent aussi plus exigeants. Autrefois, seul le prix comptait. Aujourd’hui, ils veulent une étiquette avec des dorures, une bouteille singulière, une capsule en étain car ils ont du choix. »


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