lus de la moitié des sols viticoles (56 %) analysés en côtes de Provence révèlent un manque de matières organiques, et même 35% avec un taux très faible. Depuis son lancement en juin 2023, le projet Terre Apara, mené par le syndicat des Côtes de Provence, vise non seulement à définir l’état de santé global des sols viticoles, mais surtout à engager les viticulteurs de l’appellation dans des itinéraires de gestion durable de ces sols.
En 2025, ce réseau d’observation des parcelles viticoles a réuni « 145 participants, pour 165 analyses de sols et 26 fosses pédologiques », résume Anthoine Mathias, en charge du projet pour le syndicat, avec l’objectif à terme de « former au moins 300 viticulteurs sur ce sujet complexe, dont 90 en accompagnement approfondi avec le projet SolVivar ».
Depuis le début de Terre Appara, les 237 analyses organo-biologiques pratiquées ont néanmoins montré que le niveau de biomasse microbienne est plus satisfaisant, avec 49% des sols à un niveau satisfaisant. Le rapport de cette quantité de biomasse microbienne (BM) sur la quantité de matière organique présente dans le sol, indicateur de l’activité ‘vivante’ du sol, est encore meilleur. « Ce rapport BM/C est de bon niveau pour 77% des sols observés, indiquant un niveau suffisant de micro-organismes dans le sol », explique Anthoine Mathias.
La quantité de matière organique est donc l’élément central à surveiller dans la construction des itinéraires techniques. L’agronome rappelle donc que si ce faible niveau de matière organique est lié à de trop faibles apports, il est également corrélé aux mécanismes de pertes de celle-ci, en particulier sous l’effet de la chaleur. « Elle accélère la minéralisation. Ce taux de minéralisation est important en Provence, plus rapide sur sol nu que sur sol enherbé », pointe-t-il.
L’enherbement n’est en aucun cas une recette miracle si les sols sont trop dégradés. Pour les 35% de sols à fort déficit de matières organiques, « seul un redressement par apport massif de matière organique est efficace, de l’ordre de 80 à 200 tonnes/ha en plusieurs années, sous forme de broyat fumier ou compost ». Un enherbement peut être intégré mais « seulement en hiver ou avec des légumineuses bien maîtrisées ». Un itinéraire mixte entre apport organique et enherbement devient pertinent, « maitrisé avec des légumineuses et une destruction efficace et précoce, tout en complétant par apport de 10 à 30 t/ha de matière organique tous les 3-4 ans », enchaîne Anthoine Mathias. L’agronome n’exclut pas aux vignerons de travailler sur de l’enherbement seul pour le cas « des 20% de sols les plus riches, tout en faisant attention aux conditions hydrologiques pour ne pas pénaliser la vigne dans ses besoins d’eau ».
Le projet se poursuit en 2026 avec la prévision de 320 analyses à réaliser pour continuer à accompagner les viticulteurs dans la maîtrise de la vie de leurs sols.



