’est la photo qui circule et qui ne laisse personne indifférent : une ligne d'une douzaine de jeunes hommes baissant leurs pantalons et montrant leurs derrières devant le siège de la maison M. Chapoutier dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 janvier à Tain l’Hermitage (Drôme). Venus du rond-point voisin de l’A7 qu’ils occupaient en protestation contre l’accord du Mercosur et la réduction des enveloppes de la Politique Agricole Commune (PAC), ces manifestants ont voulu marquer leur mécontentement après des propos du négociant Michel Chapoutier sur la radio Ici Drôme.
Président de M. Chapoutier et de l’Union des Maisons du Vin (UMVIN), la figure du vignoble français y explique en cinq minutes les opportunités commerciales du traité du Mercosur pour les vins français grâce à la levée des barrières douanières et des contraintes non-tarifaires les y rendant plus compétitifs. Répondant à des questions sur l’exemple que peut représenter la filière vitivinicole pour le reste de l’agriculture française, Michel Chapoutier indique que la filière vitivinicole bénéficie d’un environnement concurrentiel défini dans le monde par le travail réglementaire de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). Défend également la stratégie des AOC et du « haut de gamme abordable » comme seules options face au déficit de compétitivité du coût du travail en France, le négociant appelle à ne pas tomber dans l’entrée par le prix sur les marchés de la grande-distribution, ce qui met aujourd’hui en difficulté les acteurs du vin. Pour Michl Chapoutier, les agriculteurs « devraient s’inspirer de l’organisation du vin. Je me mets dans la peau d’un céréalier ou d’un éleveur, il faudrait qu’ils obtiennent le principe d’une organisation internationale disant que ce qui est interdit là, vous vous alignez » ajoute le négociant, concluant que « l’on n’opposera pas des pans de l’agriculture, par exemple le vin avec les céréales ou l’élevage ». Une précision qui n'a pas porté ses fruits, l'incompréhension semblant de mise entre celui qui les a émis et ceux qui les ont reçus.
Nutella et papier toilette
Des extraits de cet interview ont visiblement énervé une douzaine de jeunes manifestants présents sur le rond-point voisin du siège de M. Chapoutier. « Il est important de dire que ça ne ciblait pas la maison Chapoutier, qui est une grande maison qui contribue à porter la viticulture vers le haut, tout le monde en est conscient, mais c’est une action symbolique pour dénoncer sa prise de parole et son non-respect des éleveurs et céréaliers » rapporte Jean-Philippe Banc, le président pour le canton de Tain l’Hermitage des Jeunes Agriculteurs Drôme (JA26, qui avait déclaré la manifestation du rond-point) Syndiqués ou non, a priori davantage céréaliers et éleveurs que viticulteurs « qui se sont abstenus », ces jeunes voulaient « montrer leurs fesses pour une photo symbolique comme ils disaient qu’il leur avait chié dessus et les prenait pour des cons » indique sans fard Jean-Philippe Banc, faisant état d’un photo symbolique avec les fesses à l’air devant un container, d’un panneau badigeonné de Nutella et de papier toilette, d’une remorque de branches devant le portail…
N’ayant pas participé à l’action devant le négoce, mais ayant averti la gendarmerie pour constater qu’elle était symbolique, Jean-Philippe Banc explique le ressentiment de ces jeunes : « Michel Chapoutier a fait une sortie de route en critiquant les éleveurs et céréaliers pour qu’ils se réorganisent sur le modèle du milieu viticole, en ne faisant que de l’AOP et en produisant du haut de gamme. » Pour le jeune viticulteur, « on ne peut pas comparer les vins de Crozes-Hermitage avec les céréales, le lait et la viande. Quand on dit qu’il faut prendre exemple sur le monde viticole, c’est assez hypocrite alors qu’il y a une crise dans tout le monde viticole. Notamment en Côtes-du-Rhône méridionale, où les vins sont à moins de 100 €/hl. »
Pas de plainte
Indiquant avoir tourné la page, Michel Chapoutier ne souhaite pas commenter le sujet alors qu’il a toujours véhiculé la règle d’or de ne pas toucher aux outils de production des élus de la filière vin. Dans son négoce, on parle cependant d’obstruction d’accès, de fumier déposé, de grillage cassé… Et on regrette que des propos séparés, sur l'organisation de la flière avec l'OIV et sur la montée en gamme face aux surcoûts français, aient été mélangés et incompris. Aucune plainte n’est envisagée. Dans la filière vin, on relativise l’action menée, comme elle venait d’agriculteurs et non de viticulteurs, mais on regrette des dégradations. « Il ne faut pas grossir les choses » indique Jean-Philippe Banc, appelant à ne pas alimenter de rumeurs.
« Ce ne sont pas de grosses dégradations. Mais on ne saura jamais s’il s’agit de Nutella ou d’autre chose... » grince un connaisseur de la filière.




