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Débat
Irrigation des vignes : Bordeaux cherche sa voie

L’irrigation reste un sujet délicat en Gironde, où des appellations prestigieuses l’autorisent, contrairement à l’AOC régionale. La défection, cet été, d’un des châteaux de la prestigieuse AOC Pomerol, après avoir arrosé ses vignes, n’arrange rien.
Par Colette Goinère Le 19 janvier 2026
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Irrigation des vignes : Bordeaux cherche sa voie
Jacques Lurton, président de l’ODG Pessac-Léognan explique "«Le goutte-à-goutte n’est pas pertinent car cela crée un enracinement superficiel. Et l’irrigation pérenne pose des problèmes car les ressources en eau sont très contrôlées. Mais le fait est qu’il y a nécessité de compenser le déficit hydrique sur certaines parcelles drainantes et peu profondes.» - crédit photo : Deepix Studio
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a pilule est amère pour Jean-Marie Garde. Le président du syndicat de Pomerol n’a pas digéré la décision prise l’été dernier par le célèbre Château Lafleur de quitter cette prestigieuse appellation. Un départ qui résulte du choix fait par le château d’irriguer, sans autorisation, ses vignes en proie à une forte sécheresse.

«J’en ai été averti par la presse. J’ai été heurté, lâche Jean-Marie Garde. Le principe de l’AOC, c’est de jouer collectif. J’ajoute que notre cahier des charges prévoit des dérogations pour irriguer depuis 2021.» Des dérogations que les vignerons peuvent obtenir à condition que l’ODG en fasse la demande à l’Inao, et que ce dernier accepte. Des viticulteurs de Pomerol en ont-ils demandé ? En quelle année ? Quelles suites le syndicat a-t-il donné à ces demandes ? Autant de questions sur lesquelles Jean-Marie Garde reste évasif. «C’est un sujet sensible, indique-t-il. Il en va de l’image de marque de notre AOC.»

Et de préciser : «Pour certains viticulteurs, mieux vaut envisager la solution de porte-greffes plus résistants, car ils estiment que les ressources en eau ne sont pas extensibles. L’irrigation est un débat ouvert depuis longtemps. Je pense qu’il faut obtenir plus facilement des autorisations pour les jeunes plants. Une réflexion est en cours au sein de notre ODG». Il ajoute que le goutte- à-goutte permanent ne serait pas une bonne solution.

Impérieuse nécessité

Jacques Lurton, président du syndicat de Pessac-Léognan, une appellation qui a inscrit la possibilité d’irriguer dans son cahier des charges, ne dit pas autre chose. «Le goutte-à-goutte n’est pas pertinent car cela crée un enracinement superficiel. Et l’irrigation pérenne pose des problèmes car les ressources en eau sont très contrôlées. Mais le fait est qu’il y a nécessité de compenser le déficit hydrique sur certaines parcelles drainantes et peu profondes.»

Frédéric Roger, directeur du syndicat de l’Entre-Deux-Mers, qui a introduit l’irrigation dans son cahier des charges en 2022, estime qu’elle est incontournable. «En 2022, deux viticulteurs ont utilisé la dérogation, rapporte-t-il. Aucun en2023 et2024. Cette année, un seul opérateur s’est manifesté. Comme il était seul, on n’a pas été plus loin pour soutenir la demande de ce vigneron. Il faut dire que peu de viticulteurs sont équipés pour pomper l’eau et l’acheminer aux vignes. Cependant, avec les problèmes liés à la sécheresse, que ce soient les blocages de maturité ou les difficultés de débourrement, nous devons ouvrir les yeux et accepter l’irrigation, même si cela va à l’encontre de l’image qualitative du vin pour les consommateurs.»

À Cardan, les Vignobles Benito, 21ha dans l’Entre-Deux-Mers, ont bénéficié d’une des deux autorisations accordées en 2022. En août cette année-là, Alban Hils, responsable de production, a dû se rendre à l’évidence : sur 1ha de sauvignon blanc, la maturité n’évoluait plus. «Nous avons demandé une dérogation et utilisé 150hectolitres d’eau de pluie pour arroser cette parcelle, explique-t-il. Pendant deux jours, nous avons apporté 2à 3litres d’eau par pied. Cela a suffi à relancer la maturation du raisin.»

Trop polémique

Le vigneron l’assure : «Je suis favorable à l’irrigation, tout en instaurant des garde-fous sur l’utilisation de l’eau et en s’accompagnant d’outils de mesure du stress hydrique.» Cette année, malgré une nouvelle sécheresse, il n’a pas demandé de dérogation pour irriguer. «La canicule est arrivée au moment où personne n’était disponible sur l’exploitation», indique-t-il. Alban Hils confie que ce n’est pas la seule raison : il était en effet convaincu que la dérogation obtenue en 2022 était exceptionnelle et non reconductible. Signe que l’information circule mal !

En AOC Pessac-Léognan, le Château Les Carmes Haut-Brion a lui aussi déjà obtenu des dérogations pour irriguer. Mais, contrairement aux Vignobles Benito, il décline tout entretien sur le sujet. «C’est trop polémique», se justifie Guillaume Pouthier, directeur de l’exploitation.

Et pour cause : l’irrigation n’est toujours pas autorisée dans l’appellation Bordeaux. Or, tant que l’appellation générique de Gironde n’aura pas ouvert cette possibilité, il sera très compliqué pour les appellations plus restrictives d’y recourir largement. Du côté du syndicat de Bordeaux et Bordeaux Supérieur, c’est le silence radio. Le nouveau président de l’ODG a un emploi du temps «très contraint», qui l’empêche de répondre aux questions de La Vigne. Sûrement, aussi, a-t-il d’autres priorités, par les temps qui courent.

 

«Il faut revenir à des densités de plantations moins élevées»

Jacques Lurton, président de l’ODG Pessac-Léognan insiste « Il y a nécessité d’adapter notre viticulture aux conditions climatiques nouvelles et, du coup, d’arroser dans certains cas. Plutôt que de parler d’irrigation –qui fait croire que l’on s’éloigne de la notion de terroir–, je préfère le terme d’arrosage, qui évoque un apport d’eau ponctuel, temporaire etlocalisé.» «Il faut aussi réfléchir à d’autres moyens : au choix du porte-greffe, à l’abaissement de la densité de plantation –car une vigne à 10 000pieds/ha évapore plus d’eau qu’une vigne à 6 000pieds. Pour cette raison, nous demandons à l’Inao l’autorisation de passer de6 500à 5 500pieds/ha. En juin2026, nous saurons si cette diminution estaccordée.»

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