l y a 3 ans vous portiez plainte pour des prix d’achat de vos médocs à 1 200 € le tonneau : actuellement, les cours sont encore plus bas. Votre procès n’a donc rien changé pour la filière ?
Rémi Lacombe : Non, mon procès n’a pour le moment rien changé pour la filière, tout au moins Bordelaise. Je trouve navrant que les sociétés de négoce, plutôt que de se conformer désormais à la loi (laisser le producteur faire une première proposition de prix couvrant a minima son coût de revient), ont immédiatement cherché un moyen de la contourner ! Leur astuce, quelques jours à peine après la décision, faire signer aux producteurs des formulaires leur demandant de renoncer au fait que la première proposition de prix à perte doit impérativement venir d’eux. Quant aux institutions professionnelles, je n’attendais rien d’elles puisqu’aucune n’est venue ni assister à la première audience à Bordeaux ni me soutenir de quelque manière.
Où en est l’appel de votre victoire en première instance alors que la crise s’aggrave toujours plus, à Bordeaux et dans le Médoc ?
Pour des raisons de confidentialité je n’entrerai pas dans les détails, mais l’appel suit son cours juridique et je l’imagine avoir lieu début 2027. Cependant l’exécution provisoire est acquise de plein droit, les sociétés de négoce m’ont réglé leurs condamnations et le jugement de première instance est en vigueur même si, comme dit plus haut, les sociétés de négoce cherchent encore à éviter que le prix vienne du producteur (au préjudice de mes anciens confrères) afin de continuer à acheter à des prix abusivement bas.
La filière vin parle de mettre en place des prix d’orientation ou des tunnels de prix, est-ce un moyen de sortir les vins AOC de la dévalorisation actuelle ?
Je ne suis pas assez compétent pour avoir un avis sur le "tunnel des prix" et je n’ai pas de solution miracle pour sortir de la dévalorisation actuelle, si ce n’est que la loi soit correctement appliquée et que tout le prix soit construit à partir des coûts du producteur afin de lui assurer un revenu. Il semble que ce soit devenu dramatique pour la filière et c’est très grave.
J’ai toujours prôné une stratégie d’offre construite sur la base classique d’une stratégie de cohabitation par la mise en avant "marque très forte et niche" dont les deux outils majeurs sont l’AOC et le Château mais mes propos n’ont pas eu d’écho. Certes mon procès n’avait pas pour objectif miraculeux de relancer la consommation, mais seulement d’agir sur les prix trop bas. Qui, à ce stade ne font rien vendre de plus et dévalorisent le produit.
Travaillée par l’interprofession du vin de Bordeaux, la révision d’Egalim 4 semble suspendue à un calendrier politique incertain : faut-il renforcer la loi pour vous ?
Si on ne reste pas sur le principe de "toujours demain", je pense qu’il faut commencer par appliquer la loi telle qu’elle est aujourd’hui. Son efficacité est indiscutable. La preuve est le jugement assorti d’une exécution provisoire (immédiate) la deuxième qui en découle est le besoin des sociétés de négoce de faire signer aux producteurs une renonciation à leur droit de faire une vraie première proposition pour tenter de la détourner (ce qui, bien sûr est pire…). Les incertitudes politiques sont de beaux prétextes.
Le vignoble du Médoc est frappé par des arrachages et abandons de vigne : comment voyez-vous cette crise, et les moyens d’en sortir ?
J’ai bien peur que l’arrachage ait de toute manière un rythme inférieur à la chute de la demande. Ce n’est plus mon rôle d’avoir un avis, j’ai souhaité engager une action pour faire appliquer la loi à mon échelle et montrer qu’en se prévalant de leurs droits, les producteurs peuvent peut-être faire changer les choses. Mais pour cela, il faudrait que la loi soit réellement appliquée, ce qui suppose un contrôle de l’Etat (inexistant à l’heure actuelle) et des actions en justice collectives. Il ne se passe ni l’un ni l’autre.




