Rappel réglementaire

Les vins en conversion bio privés de chaptalisation (même bio)

Mercredi 06 octobre 2021 par Alexandre Abellan

« Si un vigneron veut revendiquer la mention en conversion, le seul ingrédient utilisable est le raisin » résume Stéphane Becquet.
« Si un vigneron veut revendiquer la mention en conversion, le seul ingrédient utilisable est le raisin » résume Stéphane Becquet. - crédit photo : TWE
La réglementation européenne interdit tout ajout de sucre et de Moûts Concentrés Rectifiés pour les vins souhaitant revendiquer la mention « produit en conversion vers l’agriculture biologique ».

Mauvaise surprise pour certains vignerons en conversion bio qui hâtent leurs vendanges 2021 face à la pression Botrytis : l’ajout de sucre et de Moûts Concentrés Rectifiés (MCR) est interdit pour les vins souhaitant revendiquer la mention « produit en conversion vers l’agriculture biologique ». Si l’enrichissement à partir de matières premières bio est autorisé pour les domaines ayant passé le cap des trois années de conversion, ceux en plein dedans ne le peuvent pas.

Comme le rappelle un document de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB), « pour être étiqueté "produit en conversion vers l'agriculture biologique", un vin ne doit comporter qu'un  seul ingrédient : le raisin, récolté au moins 12 mois après le début de la conversion. Le sucre, l'alcool muté, les moûts... sont des ingrédients d'origine végétale (pas des additifs). Donc, un vin en contenant ne pourra être étiqueté "Produit en conversion vers l’agriculture biologique". »

"Réglementation générale"

« La disposition vient de la réglementation générale bio (qui n'est pas spécifique au vin, et vise plutôt l'agroalimentaire ici). Je la rappelle chaque année, mais les gens la découvrent comme une majorité chaptalise ce millésime » note Stéphane Becquet, l’animateur conseil du Syndicat des Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine. L’expert note que si le sucre et les Moûts Concentrés Rectifiés (MCR) ne peuvent être ajoutés, d’autres techniques existent (osmose inverse ou évaporation sous vide). Posant problème aux vignerons et caves coopératives souhaitant valoriser leur conversion bio (particulièrement éreintante il est vrai ce millésime avec la pression mildiou), ce dispositif mécontente ceux qui pensaient que l’utilisation d’ingrédients certifiés bio suffirait à permettre la revendication de la conversion.

Une valorisation qui n'est possible que pour les parcelles en deuxième et troisième années de conversion (C2 et C3) rappelle Valérie Pladeau, l'ingénieur conseil en oenologie et démarches qualité de l’Association Interprofessionnelle des Vins Biologiques d'Occitanie (SudVinBio), qui ajoute que l'enrichissement de vin par un vigneron en conversion n'impact que sa possibilité de revendiquer la mention de conversion, mais pas le parcours de conversion de ses vignes. « Cette réglementation européenne pose problème, on le sait et l’administration nous l’a rappelé avec le logo Conversion Agriculture Biologique (CAB) » pointe Olivier Nasles, le président du comité national de l'agriculture bio de l'INAO (Institut National de l’Origine et de la Qualité), qui note que le règlement en question bloque aussi « les Vins Doux Naturels (VDN), comme ils utilisent de l’alcool de mutage ».

MCR d’Espagne

Sujet complexe pour la filière vin, l’enrichissement l’est donc encore plus pour les bio. Président deSudVinBio, Nicolas Richarme souligne ainsi qu’« aujourd’hui en Occitanie, on ne trouve pas de MCR bio en France. Avec un MCR bio d’Espagne, au-delà de 2 % en cuve il est obligation de mettre un logo bio de produit de l’Union Européenne et plus de France. C’est rajouter de l’incompréhension sur l’étiquette… »

 

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fab Le 13 octobre 2021 à 15:53:47
Souvent la conversion n'est pas valorisée, donc le vigneron peu faire le choix de ne pas la revendiquer et de chaptaliser. C'est une fausse impasse.
Benji Le 06 octobre 2021 à 10:10:54
Voilà le résultat de la poussée du lobby politique du bio business qui a force de vouloir convertir massivement le vignoble en marche forcée se heurte au vraies réalités de la production ! Si on veut produire bio toute la chaîne de production doit être bio du portegreffe à la bouteille c’est juste de la logique ! Mais ne vous inquiétez pas ce lobby écolo va arriver à détricoter cette logique plutôt que de reconnaître les impasses techniques phytosanitaires,en main d’œuvre, en bilan carbone catastrophique qui vont détruire la production francaise
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