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Restrictions et taxations

La vente de vins dans le viseur des hygiénistes français

Lundi 07 juin 2021 par Alexandre Abellan

Avec « 42,8 millions de consommateurs présentant des profils de consommation différents » de boissons alcoolisées, l’INSERM note qu’« on dénombre 49 000 morts par an pour un coût social estimé à 118 milliards d’euros ».
Avec « 42,8 millions de consommateurs présentant des profils de consommation différents » de boissons alcoolisées, l’INSERM note qu’« on dénombre 49 000 morts par an pour un coût social estimé à 118 milliards d’euros ».
Trsè alarmiste, un rapport de l’INSERM propose un large panel d’actions pour réduire la consommation nationale de boissons alcoolisées. Avec un ciblage particulier sur le régime fiscal de la filière vitivinicole.

Pour les 30 ans de la loi Évin, le lobby hygiéniste ne pouvait rêver meilleur cadeau. « Le prix de l’alcool, sa disponibilité ou encore les normes relatives à sa consommation, sont associés à des perceptions positives et donc incitent à boire », ce qui milite pour un « durcissement de la loi Évin sur la régulation de la publicité et l’encadrement de la vente d’alcool » pose ce 4 juin le dernier rapport de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). Rendant une étude commanditée par la Direction Générale de la Santé (du ministère de la Santé) et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca, placée auprès du premier ministre), le groupe d’experts de l’INSERM se veut résolument alarmiste*.

Proposant une expertise collective de 3 600 documents issus de la « littérature scientifique disponibles au premier semestre 2020 », les experts sont fermes : « le niveau de consommation d’alcool pour lequel le risque de dommages est minimal est de zéro verre standard par semaine ». Les chercheurs réfutent « de potentiels effets "protecteurs" des faibles niveaux de consommation », de type « french paradox », qui seraient dus à « des problèmes méthodologiques dont les plus critiques sont la définition du groupe témoin et le caractère déclaratif des consommations d’alcool » (argument porté récemment par l’émission Cash Investigation).

Liste à la Prévert

Face à ces constats, les experts appellent les pouvoirs publics à des actions fortes, dans une liste à la Prévert de tous les leviers de restrictions et de taxations envisageables. Si la loi Évin fête cette année ses trente ans d’application, « les experts constatent que, dans sa version actuelle, en plus de n’être pas toujours respectée, elle a été considérablement modifiée et affaiblie sous l’effet du lobbying des producteurs d’alcool » estime l’INSERM. Le rapport préconise ainsi de « renforcer la loi Évin pour interdire la publicité sur internet, dans l’espace public et contrer les effets du marketing par une meilleure visibilité des avertissements sanitaires ». Reprenant des arguments fréquemment mis en avant par les tenants de l’hygiénisme, l’INSERM propose également d’« augmenter le prix (taxation par gramme d’alcool comme pour la taxe soda, ou prix minimum comme en Écosse), le vin est par exemple très peu taxé ». Le rapport ajoutant qu'« au vu de la fiscalité particulière appliquée sur les produits du vin, le système fiscal en vigueur ne maximise pas les potentialités de recettes ».

"Respectons les seuils de consommation"

Président de Vin & Société, Joël Forgeau réagit vertement à cette vieille antienne : « les vignerons sont comme les Français, ils n’aiment pas les taxes, ils préfèrent les terrasses ! Respectons les seuils de consommation à moindre risque établis par Santé Publique France. » Soit deux verres par jour et pas tous les jours, depuis 2019. « C’est ce que font nos concitoyens dans leur grande majorité. L’image du Français qui lève le coude avec excès n’est plus vraie » plaide le vigneron du Muscadet, défendant une politique de prévention par l’éducation (actuellement 9 Français sur 10 boivent moins de dix verres d’alcool par semaine).

Pour peser sur la consommation de boisson alcoolisée, l’INSERM évoque pêle-mêle de « contrôler mieux et automatiquement son accès aux mineurs », de « réduire sa disponibilité (plage horaire de vente et nombre de commerces ou de licences) » et de diffuser des « messages de prévention […] créés à destination des groupes les plus vulnérables [avec les] repères de consommation à risque faible (santé publique France : pas plus de 2 verres/j et pas tous les jours), le zéro alcool, particulièrement pendant la grossesse et la période pré-conceptionnelle, la plus grande vulnérabilité biologique des femmes vis-à-vis de l’alcool… » Doivent également être favorisées « les campagnes d’arrêt de la consommation, à l’image de l’opération "Dry January" (mois sans alcool), dont les bénéfices (et le faible coût) ont été démontrés ».

Plan d'action

Après le revers du plan cancer ce début d’année, le lobby hygiéniste n’a pas manqué de saluer le rapport de l’INSERM. « Les experts confirment l’impact fortement négatif de la consommation d’alcool sur la santé et la mortalité, et […] confirment que le risques existent même pour de faibles consommations et qu’aucun effet protecteur ne peut être retrouvé par les données scientifiques, signant ainsi la mort des communications des alcooliers sur la base de ce qui apparait définitivement comme des fakes news » indique un communiqué de l’association Addictions France. L’ex-ANPAA plaide pour la mise en œuvre des solutions évoquées, qu’il s’agisse de « la fiscalité (notamment en s’inspirant du prix minimum instauré en Ecosse), une meilleure régulation de l’offre d’alcool (points de vente, nombre de licence IV, durée d’ouverture, contrôle de la vente aux mineurs), et une vigilance sur le marketing du secteur économique ». Voyant leurs propositions reprises, les tenants de la dénormalisation de la consommation de vins semblent déjà rêver à de nouvelles avancées.

 

* : « La consommation d’alcool est un facteur de risque majeur pour la santé […] impliquée directement ou indirectement dans la survenue d’une soixantaine de maladies » indique l’INSERM, qui ajoute que « l’alcool était la 7ème cause de perte d’années de vie en bonne santé dans le monde en 2016, et aussi la première cause d’hospitalisation en France. La mortalité attribuable à l’alcool, plus élevée en France qu’ailleurs en Europe, est de 11 % des décès pour les hommes et 4% pour les femmes chez les 15 ans et plus, soit 41 000 décès (30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes derniers chiffres datant de 2015). »

 

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av Le 07 juin 2021 à 20:40:54
Bon ben voilà. Interdisons l'alcool Évitons les débats ou taxes, ca sera à rien puisque l alcool est responsable Interdisons aussi la voiture Interdisons aussi tous les produits gras, sucres. Interdisons la cigarette aussi.. . Des médecins conseillent de boire du vin... nous auraient ils mentis? On ne doit plus faire confiance aux médecins alors. Je suis un criminel alors à promouvoir des domaines à l étranger.:-)
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