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Vallée du Rhône

Le vignoble face aux résiliations et hausses des prix de l'assurance climatique

Lundi 22 février 2021 par Alexandre Abellan

'Groupama se dit assurance mutualiste, je pense qu'ils l'ont un peu oublié' témoigne Gautier Alauzen.
'Groupama se dit assurance mutualiste, je pense qu'ils l'ont un peu oublié' témoigne Gautier Alauzen. - crédit photo : DR
Des domaines viticoles ont vu leurs contrats résiliés en pleines vendanges par l’assureur Groupama, poussant le syndicat des vignerons des Côtes du Rhône à réfléchir à un outil mutualisé au niveau de son AOC.

« Tout va bien quand on paie, mais l’assureur ne veut plus de nous quand il y a de la casse » grince Gautier Alauzen, copropriétaire de 120 hectares de vignes sur la commune de Laudun (Gard), apportant 90 % de sa récolte à maison Sinnae (ex-cave de Laudun Chusclan). La colère du viticulteur est encore vive quand il évoque la lettre de Groupama qu’il a reçue pour le « mettre dehors » lors des vendanges 2020. Une problématique déjà rencontré à Cognac en 2019 (avec l’assureur La Rurale), et dans l’Aude en 2020 (également avec Groupama).

En octobre dernier, l’une des deux EARL de Gautier Alauzen a vu son contrat d’assurance récolte multirisque résilié après une vingtaine d’années, pour cause d’un trop important nombre de sinistres climatiques. Une résiliation brutale qui n’est pas un cas isolé indique le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône, qui recense une dizaine d’adhérents ayant remonté des arrêts de contrats par Groupama.

Groupama se défend

Ne souhaitant pas communiquer de chiffres, la direction agricole de Groupama défend sa stratégie commerciale (voir encadré pour la réponse complète). « Nous constatons que le contexte climatique évolue fortement » indique le premier groupe assureur agricole, soulignant que « depuis 2016, l’assurance multirisque climatique enregistre une fréquence et une ampleur des aléas climatiques [qui témoignent] des effets du dérèglement climatique, dont les conséquences devraient encore s’amplifier dans les années à venir. Dans ce contexte évolutif, nous avons été contraints de revoir localement certaines de nos positions, afin de limiter l’impact de ces pertes sur le niveau des primes payés par les viticulteurs. Ce sont des décisions difficiles, mais qui permettent de préserver le principe de mutualisation qui fonde la pérennité du système assurantiel. »

"J’ai plus cotisé qu’ils ne m’ont indemnisé"

« Avec mes cotisations de 100 €/ha, j’ai plus cotisé en 20 ans qu’ils ne m’ont indemnisé » rétorque Gautier Alauzen, qui indique n’avoir jamais reçu réparation de préjudice avant 2018 (gel de printemps et sécheresse causant une perte de 30 % de la récolte) et 2020 (gel réduisant de moitié sa vendange). « Groupama vire ceux qui ne sont assurés que pour les aléas climatiques » ajoute le vigneron, rapportant avoir reçu l’appel d’un conseiller lui indiquant que ses matériels et bâtiments étaient assurés à l’avenir chez Groupama, il serait possible de rétablir son assurance climatique résiliée.

« C’est tiré par les cheveux et abusif » critique Gautier Alauzen, qui note que son autre EARL n’a pas vu son assurance résiliée (comme elle possède des matériels et bâtiments assurés chez Groupama). « Alors que les pouvoirs publics trouvent que le vignoble n’est pas assez assuré, il est anormal que les assureurs nous éjectent dès qu’il y a un aléa » soupire le vigneron. Qui conserve au final le contrat maintenu chez Groupama et remplace celui résilié par une adhésion à Pacifica. « J’espère ne pas être éjecté cette fois… Avec la hausse des aléas, on n’est jamais sûr » souffle le vigneron.

« Il n’y a pas de résiliation à l’ordre de jour [pour Pacifica] » indique Michel Geeraert, le directeur marché agriculture de l’assureur Pacifica (groupe Crédit Agricole). Face à la stratégie de sa concurrence, l’assureur estime que « le dumping tarifaire pour gagner des parts de marché est intenable dans la durée. Les résiliations en sont la conséquence directe. ». Face à la hausse des sinistres viticoles, Pacifica annonce pour sa part des hausses de 6 % en moyenne du coût des assurances récoltes multirisques selon les cas. « La hausse de nos tarifs ces dernières années traduit l’augmentation soutenue des risques. Les viticulteurs le comprennent bien, preuve en est, nous n’avons pas eu de demande de résiliation depuis le début d’année » ajoute Michel Geeraert (cliquer ici pour en savoir plus).

Solution collective

Entre les arrêts brutaux de certains contrat et les hausses globales des prix, le Syndicat Général des Vignerons des Côtes du Rhône s’inquiète ouvertement de la pérennité du modèle des assurances récoltes. « Le système ne fonctionne pas aussi bien qu’il le devrait. Nous allons travailler avec les assureurs pour relancer le projet d’une assurance collective » indique Denis Guthmuller, le président de l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG). Allant ouvrir une réflexion collective pour garantir la protection contre les coups durs de ses adhérents, Denis Guthmuller a de premiers retours prometteurs : « tout le monde semble prêt à discuter. Il faut trouver un système qui fonctionne, qui soit opérationnel et fonctionnel pour tout le monde alors que les aléas climatiques se diversifient (gel, grêle… et coup de chaleur comme en 2018). »

« Dès que des groupements se créent, nous étudions avec bienveillance leur demande, mais ce qui nous importe c’est de nous inscrire dans la durée » indique Michel Geeraert face à cette volonté collective. L’assureur estimant que « le regroupement des capitaux assurés à un même endroit ne permet pas de mutualiser les risques. La dynamique collective est une bonne chose, mais ce n’est pas ça qui va rendre un prix plus attractif que celui obtenu de manière individuelle. »

Discussions ministérielles

Alors que le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, rouvre les débats sur l’assurance multirisque, les assureurs proposent également leurs solutions. C’est le cas de Pacifica, comme le précise Jean-Michel Geeraert : « nous réfléchissons à la mise en place d’un dispositif permettant de couvrir les risques extrêmes qui pourrait prendre la forme d’un contrat d’assurance ou d’une rénovation du fonds des calamités agricoles. Une sorte de filet de sécurité accessible au plus grand nombre. » Même échos pour Groupama, qui soutient « des propositions d’évolution de la gestion des risques, notamment au travers de la création d’un pool de coréassurance, à l’instar de ce qui a été fait en Espagne ».

Pour les vignerons rhodaniens, peu importe l’outil tant qu’il permet de protéger l’activité viticole. « Mis à par le Volume Complémentaire Individuel (VCI) pour certaines AOC et couleurs, l’assurance récolte est le seul moyen qui permette d’assurer une partie de notre vigne. Ne plus l’avoir, c’est très compliqué » conclut Denis Guthmuller.

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