Déséquilibre saisissant

-1 milliard € avec les taxes américaines ? Seulement +10 millions € d’aide au stockage des vins !

Mercredi 13 janvier 2021 par Alexandre Abellan

Changement de ton : s’ils avaient semblé prendre la mesure du besoin de soutien de la filière vin ce 7 janvier, les ministres ne proposent au final qu’une aide jugée insuffisante par la filière.
Changement de ton : s’ils avaient semblé prendre la mesure du besoin de soutien de la filière vin ce 7 janvier, les ministres ne proposent au final qu’une aide jugée insuffisante par la filière. - crédit photo : Bercy (réunion du 7 janvier 2021)
La déception se dispute au découragement dans le vignoble français : contrairement aux premières pistes évoquées, le gouvernement ne leur ouvrira pas le fonds de solidarité nationale suite aux mesures de rétorsion dans le conflit aéronautique transatlantique.

Entre incompréhension et humiliation, les représentants des vins et spiritueux français ne cachent pas leur écœurement à la suite de la réunion de ce 13 janvier avec les ministres Bruno Le Maire pour l'Économie, Julien Denormandie pour l’Agriculture, Alain Griset pour les PME et Franck Riester pour le Commerce extérieur. Moins d’une semaine après leur première réunion sur les mesures de soutien envisageables après les nouvelles taxes Airbus imposées sur le marché américain (voir encadré), les réponses présentées révoltent les élus du vignoble et du négoce (représentés par l’Association Générale de la Production Viticole et de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France).

Exemple avec Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, et Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants. Pour le premier cette visioconférence est « un rendez-vous manqué ». Pour le second elle se résume à « une douche froide ». Une seule annonce positive est relevée : l’ajout par l’État de 10 millions euros au dispositif d’aide au stockage privé*. Avec un budget de 50 millions €, l’outil de sortie temporaire des marchés de volumes de vins excédentaires ne pourra subventionner qu'une partie des volumes soumis à la téléprocédure (dont la date de clôture vient d’être reportée du lundi 11 au lundi 18 janvier). « Aujourd'hui plus de 50 millions € d'aide au stockage sont demandés. Il est hors de question de mettre un stabilisateur » précise Jérôme Despey, qui note que les ministres ne sont pas fermés à abonder de nouveau cette enveloppe. Si cette éventuelle rallonge permettra d’absorber tous les volumes sans nécessiter de nouvelle négociation (et de risquer un taux de réfaction), cet outil ne répond qu’à la marge à une perte de chiffre d’affaires estimée à 1 milliard d’euros (par la FEVS).

"C’est inacceptable !"

« Le gouvernement n’apporte pas de réponse au contexte des taxes américaines, ni même au contexte économique covid ! C’est inacceptable, c’est ignorer ce que pèse le vin dans les territoires ! » tempête Jean-Marie Fabre, qui a entendu lors de la réunion ministérielle se fermer toutes les portes ouvertes la semaine précédente après des mois de réflexions avec des parlementaires et autres cabinets ministériels. « On revient au niveau de l'an passé, quand on nous disait que les demandes de fonds de compensation devaient se discuter avec la Commission Européenne » soupire Jérôme Despey,

Bercy indiquerait ainsi qu’il faut encore travailler l’idée d’un accès d’opérateur viticoles au fonds de solidarité (inscrit à la liste S1 bis) sur la seule baisse de leurs chiffres d’affaires mensuels (comme les restaurateurs et autres entreprises de la liste S1). Mais cette modification n'a pas été entérinée, maintennat le critère supplémentaire d’une baisse de 80 % de l’activité de mars à mai 2020 (pendant le premier confinement). Un temps évoqué, il ne serait également plus question d’un allongement des durées de remboursement du Prêt Garanti par l’État (PGE, dont le début des remboursements pourrait être différé d’un an). « Les ministres nous conseillent de faire appel à d'autres outils bancaires, comme des prêts de consolidation. Leur réponse n'est que de faire de la dette » réplique Jérôme Despey, qui propose des leviers d'aides au remboursement (exonérations de charges, allongement des délais, subventions...).

Appel à des actions économiques et diplomatiques

Face à ces portes claquées au nez de la filière vin, Jean-Marie Fabre appelle la France et l’Union Européenne à prendre leurs responsabilités pour stopper et réparer les préjudices subis depuis plus d’un an pour un conflit aéronautique extérieur à la filière. « On ne peut pas sacrifier le vignoble français sur l’autel de la compétitivité d’Airbus ! » tonne le vigneron, appelant à des actions économiques et diplomatiques. A noter que les ministres indiquent avoir envoyé « une lettre au vitriol » à la Commission Européenne pour demander des mesures de compensation, ce que Bruxelles récuse (cliquer ici pour en savoir plus).

« Une fois de plus, on laisse le secteur des vins et spiritueux français au bord de la route... Et pour un conflit qui ne lui appartient pas ! Les portes ne sont pas fermées, nous continuerons à travailler » conclut Jérôme Despey, restant mobilisé malgré cette forte déception.

 

* : La Commission Européenne indique d’ailleurs à Vitisphere signer cette fin janvier les actes délégués ouvrant des mesures de soutien à la filière vin. Ce qui permettra rétroactivement au dispositif d’aide au stockage de bénéficier d’un cadre légal européen, jusque-là absent.

 

 

 

Nouvelles taxes

Depuis ce 12 janvier, tous les vins tranquilles sont concernés, quels que soient le degré alcoolique ou le format (en bouteille, en vrac, en BIB…), des vins mousseux (pression inférieure à 3 bars et gaz carbonique supérieur à 3,92 g/l) et certaines eaux-de-vie de vin français (contenant de moins de 4 litres pour une valeur au dédouanement supérieur à 22,8 dollars la bouteille de 70 cL à 40°).



 

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